Antiquités slaves, t. V, pag. 681 et seqq
l'inviolabilité des traités
mini protendebantur ad Rumen Danubium usque » ), et était appelée généralement « Dalmatie universelle » (« ex eo tempore Avares Dalmatiam umversam occuparunt »), c'est-à-dire dalmatienne, illyrienne et pannonienne. 1
7° Toute la Bosnie était partie intégrante de YËtat croate « illyivopannonien » et non pas serbe , comme on voudrait le faire croire au préjudice du droit le plus sacré de propriété territoriale croate, et au mépris de Yhistoire et de la justice internationale. Const. Porphyrogénète le reconnaît lui-même implicitement.
Nous avons observé plus haut qu'il envisage les possessions assignées aux Serbes, en Dalmatie, par l'empereur Héraclius, comme « ditionis tmperatoris Romanorum; » qu'il en trace parfaitement , dans tous leurs détails, les frontières, lest;i(/<w, etc., et qu'il considère les Serbes comme de simples sujets romains. Cependant, quoique cet empereur-historien connût la Bosnie (on le verra plus loin), en énumérant les contrées assignées aux Serbes par Héraclius, il ne mentionne nullement la Bosnie (xopwv Boaova) comme une province à eux cédée, bien qu'il eût pu le faire, afin de la revendiquer elle aussi, en sa qualité d'empereur romain, au nom de l'empire grec. Or, puisqu'il ne l'a pas fait, et puisque les Croates, selon ses nombreux témoignages, se sont emparés de toute la Dalmatie, on doit en conclure que la Bosnie, n'étant pas serbe, a dû être exclusivement croate, attendu qu'il spécifie même l'occupation primitive, en mentionnant VIllyrie et la Pannonie comme étant occupées par les Croates.
Le récit de Const. Porphyrogénète, relatif à l'assignation des contrées serbes, est ainsi conçu :
1. Le savant Shafarik ne sachant concilier l'assignation de la Croatie illuro-pannonienne de Const. Porphyrogénète aux Serbes, arec l'histoire et la vérité, balance lui-même entre le vrai et le faux. Il déclare, dans un endroit, que les Serbes ont reçu le territoire situé entre le Yerbas Bosna et Drina {Antiquités slaves, t. V, p. 643;, et ailleurs (/. c, p. 650) qu'ils obtinrent seulement le territoire situé entre Bosna et Drina; de sorte qu'il se réfute ainsi lui-même. Const. Porphyrogénète se tait sur la Bosnie qu'il sépare expressément de la Serbie; Shafarik n'en compte pas moins la Bosnie parmi les contrées serbes (/. c, p. 649); il reconnaît pourtant qu'elle formait un pays indépendant au temps de Const. Forphyr.. Comme il n'y a pas d'écrivain antérieur qui dise le contraire, et puisque le privilège cité dn duc des Croates Trpimir et tout le récit de Const. Torpbyrog. prouvent notre thèse, il est évident que les fictions historiques se détruisent d'elles-mêmes. Ce n'est que la Serbie de nos jours, prise par les Serbes , avec le temps et les armes à la main, sur les Bulgares ou Romains, qui fait leur propriété territoriale incontestable.
APPENDICE
« Cumque ea quae nunc Servia dicitur ( puisque avant l'arrivée des Serbes c'était a Chrobatia »), et Pagania, quaeque Zachlumorum terra vocatur, item Terbunia et Canalitarum regio, quœ imperatoris Romanorum ditionis erant... regiones illas Serviis habitandas imperator dédit, cui etiam subjecti erant... »
Donc ni plus ni moins de territoire ne fut assigné aux Serbes, comme le prouve le témoignage de Y empereur romain; car la Bosnie aurait formé leur principale possession territoriale,
8° De plus, le même historien mentionne expressément que les contrées cédées aux Serbes étaient dépeuplées et désertes : a Quas propter Avarum excursiones, déserta essent. » — Or, vouloir prétendre que la Bosnie, qui touchait à la Save, etpar laquelle la première invasion, non-seulement des Avares contre les Romains, mais aussi des Croates contre les Avares , pouvait s'effectuer, et dont les barbares euxmêmes admiraient la beauté naturelle (« Avares itaque pulcherrimam hanc esse terram videntes 1 »), est restée dépeuplée et dévastée, ce serait d'autant plus absurde, que Const. Porphyrogénète dit positivement que Ylllyrie était occupée par les Croates.
9° Non-seulement l'auguste historien ne dit pas que la Bosnie fut assignée aux Serbes , mais il la sépare positivement de la Serbie; et tout prouve qu'elle n'était point partie intégrante de l'État serbe primitif.
A l'époque où l'empereur Const. Porphyrogénète racontait la délivrance des Serbes par les Croates, ceux-ci avaient totalement détruit les Bulgares dans une seule bataille; aussi énumère-t-il les villes peuplées qui se trouvaient en Serbie, et, comme les Croates illyriens avaient pris part à cette guerre décisive, se borne-t-il à dire quelques mots sur deux villes de la Bosnie en la distinguant de la Serbie. Voici le texte grec qui la concerne :
« Ei; to /.optov Boocova : to KaTspa, to Aïovoc. » (Dans le pays de Bosona il y a deux villes : Katera et Desnik î ). »
Ces mots suffisent néanmoins pour que la Bosnie ne soit jamais confondue avec la Serbie de Const. Porphyrogénète.
1. Cf. n'étaient point assurément les tristes territoires dalmaliens méridionaux qui auraient pu gagner l'admiration d'un peuple venant d'au delà du Danube (du Bana hongrois de nos jours).
i. De Adm. Imp., c. xx\n, p. 102-3.
40" Ce que Const. Porphyrogénète n'a dit que dans un sens général, Cinnamus, écrivain byzantin du xn e siècle, — le premier qui, après lui, ait fait mention de la Bosnie, confirme ses assertions d'une manière V tout explicite:
« ... Ad pliud inde flumen deflexit, Drinatn nomine, quod... Bossenam a Servia disterminat. Bossena autem iiaud sue est Abcdizi panï Serbie imperio, sed gens est, qu© et suos mores et suum agnoscit principem '. •
L'indépendance complète de la Bosnie relativement à la Serbie, se trouve déterminée par ce témoignage, en même temps que les limites respectives de ces deux pays qui sont séparés par la Drina.
Au surplus, il y a dans ce récit une autre circonstance très-remarquable. Cinnamus ne mentionne jamais dans son ouvrage ni le nom, ni la nation croate; or, il dit bien que les habitants de la Bosnie forment un peuple qui a ses mœurs et un prince qui lui sont propres, mais il ne dit pas qu'il ait un langage propre et distinct. Il faut convenir qu'il a entendu par ce peuple la nation croate de l'Illyrie de Const. Porphyr., car les mœurs (coutumes) de ces deux nations sont différentes, même à l'heure qu'il est, bien que la langue soit presque la même. Cet argument, il est vrai, n'aurait pas de valeur si Cinnamus avait fait une mention quelconque des Croates, puisqu'il ne distingue pas les habitants de la Bosnie des Ctvates proprement dits; on pourrait croire alors que le peuple de Bosnie n'est ni croate, ni serbe. Or, il n'y a dans ces pays-là aucun autre peuple que les Serbes et les Croates ; il est donc évident que le peuple bosniaque de Cinnamus est le peuple croate de Const. Porphyr. occupant Vlllyrie et obéissant à son propre prince. Enfin , Cinnamus nous apprend que les Croates de la Bosnie luttaient à celte époque (l iiii) contre les Byzantins et les Serbes, leurs sujets, avec le concours de la nation magyare à laquelle la nation croate était déjà unie à cette époque. Donc, le premier monument historique de la Bosnie prouve qu'une tout autre direction politique était imprimée en ce moment-là aux Serbes et eux Croates.
14° Mais, outre ces témoignages importants, nous avons un monument historique d'une portée encore plus grande et qui est antérieur à Const. Porphyrogénète lui-même; c'est le privilège du duc des