‹ La Croatie et la Confēdēration italienneChapitre 92 sur 101 · ld., /. c, c. uxi · texte numérisé non relu

ld., /. c, c. uxi

254 l'inviolabilité des traités.

l'histoire et la raison dominent toutes les considérations relatives aux propriétés internationales. Mais poursuivons.

En relatant Y anéantissement des Avares et l'occupation de leurs propriétés par les Croates, Const. Porphyrogénète nous a montré nonseulement Y acquisition primitive, mais encore la division politique des propriétés croates, lorsqu'un groupe de Serbes se furent mis en possession d une fraction d'entre elles avec le consentement, tacite peut-être, des Croates. Or, comme la propriété primitivement acquise devient le titre unique du véritable propriétaire, nous répéterons ici que la nation croate, en anéantissant les Avares, a conquis toute la Dalmatie, et que, par conséquent, elle est l'unique propriétaire des pays dont il s'agit. L'histoire le prouve surabondamment.

Voici en quels termes Constantin Porphyrogénète expose l'acquisition primitive des territoires croates conquis au sud de l'Europe sur les Avares :

1° « Abares i laque pulcherrimam esse hanc terram (savoir toute la Dalmatie, conquise sur les Romains, comme nous venons de le dire) videntes,sedes illic posuerunt... » Et, revenant aux Croates, il continue:

« Chrobati vero tune 1 habitabant ultra Bagibareias... una vero generatio, nempe quinque fratres... duœque sorores... una cum descendentibusab ipsis in Dalmatiam reniant 2 , ubi Avares incolas invenerunt, belloque per an nos aliquot inter se gesto vicerunt Chrobati,

AlIARUMQUE PARTEM OCCIDERUNT, C.ETEROS PARERE SIBI COEGERL'NT ,

atquë ex illo tempore a Chrobatis possessa ilec regio fuit... »

Bien que ce récit de l'empereur Const. Porphyrogénète soit clair et évident, bien qu'il soit confirmé par les monuments antérieurs à ce monarque, bien que pas un seul écrivain n'ait osé avancer le contraire, l'ignorance ou la malveillance, appuyées sur la fiction, tâchent pourtant de disputer à la nation croate ce que son propre héroïsme, les principes internationaux de l'époque et les faits historiques non interrompus lui garantissent d'une manière inébranlable.

On nous fait cette première question : Qu'est-ce que les Croates ont conquis sur les Avares? Nous répondons avec l'auguste témoin : Tout ce que les Avares possédaient; tout ce qu'ils avaient conquis sur les

I. Quand les Avares chassèrent les Romains de toute la Dalmatie. 5. Savoir la Dalmatie avarienne, c'est-à-dire le pays qui va du Danube jusqu'à l'Albanie.

APPENDICE. 255

Romains , puisqu'il dit : « Abares itaque pulcherrimara esse hanc terram videntes, sedes illic posuerunl. » Or, quelle est cette possession que le témoin appelle « hanc terrain, iluc posuerunt », sinon celle que les Avares ont prise aux Romains et celle dont les Romains jouissaient au sud de l'Europe depuis des siècles? C'est ce que nous avons établi avec les monuments historiques que nous reproduisons ici :

« Pulsis vero Romanis ab Avaribus desolata eorum regio jacuit... Ex eo tempore Avares Dalmatiam umversam occuparunt. » Quant à l'étendue de cette Dahnatie, l'auguste témoin et d'autres écrivains nous l'ont conservé en ces termes :

a Istorum Romarorum termini protendebantur ad flumen Danubium usque ». Et plus explicitement encore, dans un autre endroit pour faire éclater le « illic » et le « inde » selon sa véritable portée :

« Quo tempore Abares armis inde Romatws eiecerant, quos Roma advectos Diocletianus Imperator illic habitare fecerat, unde et Romani dicti sunt, quod Roma venientes sedes posuerunt in illis regionibus, NEMPE CHROBATIA et SERBLÏA... *»

il est donc historiquement évident et irréfutable que les Avares ont occupé la Dalmatie universelle depuis l'Albanie jusqu'au Danube, contrée qui, à l'époque de Const. Porphyrogénète , était circonscrite par la Croatie et Serbie.

Revenons à l'occupation primitive et incontestable des Croates:

A l'époque où les Avares s'emparèrent des possessions des Romains, les Croates séjournaient dans leur ancienne patrie au nord delà Pannonie « ultra Ragibareias «selon Const. Porphyrogénète. Appelés à combattre les Rarbares par l'empereur fféraclius, ils se rendirent en Dalmatie devenue avare (s'étendant depuis {'Albanie jusqu'au Danube), y soutinrent une guerre cruelle pendant plusieurs années (« belbque per annos aliquos inter se gesto »), remportèrent des victoires sur le3 barbares (« vicerunt Chrobati ») , les anéantirent, imposèrent leurs propres lois aux vaincus et s'emparèrent de toute la Dalmatie avare ( « atque ex illo tempore a Chbobatis possessa ilec regio fuit... »)

Il est donc historiquement incontestable que les Croates, en anéantissant les Avares, se sont emparés de toutes leurs possessions, savoir : de Y Albanie turque (à notre époque) jusqu'au Danube, c'est-à-dire : de

< . Ainsi appelée, quand il écrivit «on oovrage. D« Adm. Imp., cap. xxx.

266 l'inviolabilité des traités.

toute la contrée qui, à l'époque de Const. Porphyrogénète, était appelée « Chrobatia et Serblia. »

2° Afin de le démontrer plus évidemment encore, d'autres témoignages vont compléter le récit du même empereur :

o Chrobati, qui Dalmatle partes incolunt , a Chrobatis aîbis... originem ducunt... et Sclavis contermini sunt, non baptizatis Serblis; qui Chrobati dicuntur lingua Sclavinorum, id est terram multam possidentes; atquehi ipsi Chrobati ad Rom. Imp. fferaclium confug Timt... quo tempore Abares armis inoe Homanos ejecerant : quos Roina advectos Diocletianus... illic habita™ fecerat, unde et Romani dicti sunt, quod Roma venientes sedes posuerunt in illis regionibits, nempe Chrobatia et Serblia. Pulsis vcro iis ab Abaribus in diebus ewsdem Heraclii desolata eorum regio jacuit (savoir la Serbie et Croatie de C. Porphyrogénète) ; quapropter eius jussu [de Heraclius) hdrm Chrobati armis arreptis Abares ex illis locis (Chrobatia et Serb'ia) expulerunt, et in ipsorum terra... sedes collocarunt. »

Quoique le récit de Constantin Porphyrogénète, déjà mentionné (n° 4), démontre évidemment que les Croates, en anéantissant les Avares, se sont emparés de toutes leurs propriétés territoriales, par conséquent de tout le territoire de l'Albanie turque jusqu'au Danube, l'auguste écrivain, ne voulant laisser aucun doute dans son récit, raconte que les Croates se sont emparés primitivement de tout le territoire qu'on appelait alors Chwbatia et Serblia.

3° Et pour être parfaitement explicite, en ce qui touche son expression appliquée au territoire occupé primitivement par les Croates, en l'appelant Chrobatia et serblia; pour que la postérité ne pense que les Serbes aient occupé cette partie de la Dalmatie qu'il appelle Serb/ta, il ajoute aussitôt dans le même récit:

« ... Atque hi ipsi Chrobati ad Romanorum Imper. Heraclium confugerunt ante Serblos, quo tempore abares armis i.nde romanos ejecerant ... nempe Chrobatia et Serblia. »

Il est d'autant plus évident que les Croates, et non les Serbes, s'emparèrent de tout le territoire que l'empereur Constantin Porphyrogénète appelle Chrobatia et Serblia, que les Croates parurent che* l'empereur Héraclius avant les Serbes, et qu'iis prirent sur-le-champ possession de cette contrée qui alors ne put pas être appelée Serblia, puisque les Serbes arrivèrent plus tard au sud de l'Europe. En disant que les

APPENDICE

Croates s'emparèrent de la contrée appelée en son temps Chrobatia et Serblia, l'empereur ne s'est servi de cette expression que pour être plus explicite dans son récit. C'est comme si l'on disait aujourd'hui : les Croates, en anéantissant les Avares, se sont emparés des contrées dites Croatie, Bosnie, Herzégovine, Esclavonie, Dalmatie, Shjrie, etc. 1 .

4° Constantin PorphryrogénèU, en énumérant les contrées que l'empereur Héraclius a données en possession aux Serbes mécontents de la nouvelle patrie qui leur avait été assignée en Thessalie, déclare nettement que les Avares s'emparèrent aussi de ces contrées, après en avoir chassé les Romains. Puisqu'il reconnaît dans son exposé général que les Croates se sont emparés de toutes les possessions avares, il s'ensuit qu'ils s'emparèrent aussi des contrées assignées aux Serbes. Ce témoignage est conçu en ces termes :

« ... Ab Heraclio imperatore petierunt (les Serbes) aliam sibi terram ad inhabitandum assignare vcllet. Cumque ea quae nunc Servia dicitur et Pagania... propter Abarum excursiones desertœ essent, expulsis INDE romanis... regiones illas Serviis habitandas imperator dédit... »

Les Croates, en anéantissant les Avares, s'emparèrent de droit de toutes les possessions que ces barbares avaient prises eux-mêmes sur les

1. A l'appui de la thèse faussement entamée pour revendiquer, en faveur des Serbes, ud mode d'acquisition primitive, juste et honnête, sur les possessions croates primitivement non peuplée*, et qui leur furent assignées par l'empereur Héraclius, on allègue que les Serbes combattirent, eux aussi, la barbarie avare.

Mais on oublie que Const. Porphyr. a positivement déclaré que les Croates réfugiés auprès de l'empereur Héraclius avant les Serbes, luttèrent seuls contre les Avares pendant plusieurs années. Du reste, les Serbes n'arrivèrent au sud de l'Europe qu'après* la fin de cette guerre.

On oublie égalemeut que les Serbes, émigrant au sud de l'Europe, reçurent, d'abord, des territoires, non en Dalmatie, mais dans le Thema Thessalonique. Certes, s'il y avait eu encore des combats entre les Croates et les Avares, Héraclius aurait envoyé ses nouveaux sujets an secours des Croates pour se débarrasser de ses plus formidables ennemis Aussi doit-on raisonnablement admettre que les Serbes, considérant les liens de fraternité qui les unissaient aux Croates, auraient spontanément secouru leurs frères qu'ils sut' rirent au sud de l'Europe. Donc, en ce cas même, ils n'ont en rien contribué à l'anéantissement des barbares. Mais il est prouvé que les Croates ont réellement terminé la guerre avare avec leurs propres forces et sans le concours des Serbes. Gonst. Porpbyr. lui-même dit expressément que les Serbes reçurent en Dalmatie des contrées dépeuplées à cause des excursions que les Avares y faisaient autrefois; donc ils ne trouvèrent pas de barbares dans leur nouvelle patrie. Et comme les possessions serbes sur le territoire croate étaient limitrophes avec toutes les autres possessions des Croates, il s'ensuit historiquement et logiquement qu'ils n'eurent jamais i combattre les Avares dans leur voisinage, on les Serbes ne trouvaient que les Croates et, vers l - sud-est, les Bulgares pour voisins.

l'inviolabilité des traités.

Romains. Et comme les Croates ne peuplèrent que les côtes de la Dalmalie méridionale, peut-être les Croates consentirent-ils tacitement à leur possession par les Serbes, avec lesquels ils avaient des relations continuellement amicales, par suite de leur propre voisinage dans leur ancienne patrie; au nord de l'Europe.

Considérant tout le récit de Constantin Porphyrogénète, relativement à l'occupation de la Dalmatie avare par les Croates, et considérant le fait que les Croates ont entrepris l'anéantissement des Avares en vertu du consentement de l'empereur Héraclius, il est évident que les contrées assignées aux Serbes n'étaient point « imperatoris Romanorum ditionis»; mais, il faut bien cependant pardonner à Constantin Porphyrogénète cette inconséquence historique, parce qu'il était luimême empereur romain, a Cicero pro domo sua ! »

Après avoir démontré que les contrées soumises aujourd'hui illégalement à la Turquie, suivant le récit général de Constantin Porphyrogénète, relativement à la primitive acquisition, naturelle et exclusive des Croates, sont incontestablement leur propriété territoriale, et que, pendant tout le moyen âge, pas un témoin ne déclare le contraire, la nation croate pourrait parfaitement se passer d'autres preuves pour constater et soutenir ses droits établis sur le mode et les titres de la primitive acquisition, valable sous tous les rapports, et repousser quiconque prétendrait jouir de ce6 possessions qui lui appartiennent de la manière la plus positive.

Cependant la vérité éternelle a voulu que la réalité historique fût plus explicitement constatée encore par certaines autres particularités, que par les généralités susalléguées.

5° L'écrivain couronné, poursuivant son récit relatif à l'occupation primitive des possessions croates, y consacra les développements qui suivent :

« At a Chrobatis qui in Dalmaliam venerunt, pars quaedam secessit, et Illyricum atque Pannoniam occupavit... »

Passant du général au particulier, Constantin Porphyrogénète nous apprend ici qu'une partie des Croates, après avoir anéanti les Avares en Dalmatie o sensu stricto », les a poursuivis jusque vers le Nord de la Dalmatie, c'est-à-dire vers Yillyrie, et même la Pannonie. Malheureusement l'empereur ne nous a transmis aucun autre souvenir des Croates illyriens eipannoniens 1 si ce n'est pour constater qu'ils avaient,

APPENDICE. Î59

eux aussi, leur souverain, qui, au commencement de l'occupation, était en relations amicales avec le prince suprême des Croates dalmatiens 1 .

Quant aux Croates pannoniens, nous venons de voir dans le chap.i"" de cet Appendice, quelle était l'étendue de leur territoire. En ce qui concerne les Illyriens, tous les écrivains déclarent qu'ils ont occupé cette partie de la Dalmatie romaine, que l'on nomme aujourd'hui Bosnie, entre les fleuves Bosna et Drina. Et comme le fleuve Illirios des écrivains grecs a été le fleuve principal de cette contrée, elle en a tiré la dénomination d'illyrie, convertie plus tard en celle de Bosnie par les Croates qui, selon leur coutume, ont donné do nouveaux noms aux fleuves de leur nouvelle patrie. C'est ainsi qu'ils ont conservé le nom du fleuve Sana {en Croatie turque), etc., et, selon leur autre coutume d'appeler les habitants et les contrées du nom des fleuves qui les traversent (par exemple du fleuve Save, Drave, Kulpa, les habitants et les contrées sont appelées a Posavci, Podravci, Pokupci, etc., Podravje, Posavje, etc. ; ») Ylllyrkum occupé a reçu la dénomination de « Bosna*) ses habitants celle de « Bosnjaci »; mais la nationalité conserva toujours celle de aHrvati » (Croates).

Comme le territoire situé entre la Save, la Drave et le Danube est partie intégrante et incontestable de l'État des Croates patinoniens et illyrietis, ainsi que le savant historien P.-J. Shafarik l'a positivement établi*, la dénomination de « Slavonie » est une absurdité produite à l'étranger, puisque ce nom général est tout aussi applicable à la Russie, à la Bohème, etc., dont les populations sont, elles aussi, d'origine *lave.

6° VIllyricum de Const. Porphyrogénète n'était qu'une partie de la Dalmatie romaine, devenue avare (« Istorum Romanorum termini pro- / tendebantur ad flumen Danubium usque »). Il l'a reconnu explicitement dans un autre endroit, où il mentionne l'étendue des propriétés croates primitives en Dalmatie : a Chrobati, qui Dalmatiœ partes wcolunt, a Chrobatis Albis originem ducunt. » Or, puisqu'il dit expressément a Dalmatiœ partes » en parlant au pluriel, et non « partem »; il est évident que Ylllyricum, et même une partie de Pannonie savieme (inférieure), possédés par les Croates, étaient des parties intégrantes de la Dalmatie romaine, laquelle s'étendait jusqu'au Danube ( « ... ter-

1. « Habebantqne etiam ipsi prineipem suprcmum, qui ad Qtrobatiœ tantum prineipem amicitùe ergo legationem mitlebat. Const. Porphyr., /. c, cap. xxxi.

Page 1