‹ La croisade des damesChapitre 15 sur 38 · LE BARON, LA BARONNE · texte numérisé non relu

LE BARON, LA BARONNE

LA BARONNE, avec autorité.

Thrasybule, restez!

LE BARON Hein ! Vous dites ?

LA BARONNE Restez |

LE BARON

Yolontiers, mais j'ai affaire! Mes amis m'attendent.

LA BARONNE Est-ce que je ne vous attends pas aussi, moi? et depuis deux ans ?

LE BARON Diable! (D'un air aimable.) Vous avez à me parler? LA BARONNE Et vous même, monsieur, n’avez-vous rien à me dire ?

LE BARON

Moi ? (11 cherche.) Non ! (Se reprenant vivement.) Ah | par-

don ! Votre santé a-t-elle toujours été florissante ?

LA BARONNE, très-sèchement.

Non!

LE BARON, interdit.

Ah ! (11 se gratte la tête. Moment de silence.) Il fait aujourd'hui une belle température.

ÿ LA BARONNE Vous ne me paraissez pas à votre aise.

LE BARON, vivement.

En effet, je ne me sens pas bien. (Fausse sortie.)

LA BARONNE, avec explosion.

Et voilà tout ce que vous avez à me demander après une aussi longue séparation ?

LE BARON, balbutiant,

Au contraire, Cunégonde, j'ai mille choses à vous... mais vous savez, au premier moment... la surprise. enfin cela ne me revient pas.

LA BARONNE, avec amertume.

Ah ! Thrasybule, vous êtes bien changé!

LA

LE BARON

J'ai peut-être un peu bruni... Le soleil de la Palestine… |

LA BARONNE

Pas un mot d'affection! Pas un regard de tendresse ! Non, non, vous n’êtes plus le même !

LE BARON

Il est certain qu’autrefois. mais je ne suis plus de la première jeunesse.

LA BARONNE -

Et suis-je changée, moi 2... Mon cœur n’est-il pas toujours le même ?

LE BARON Je ne dis pas...

LA BARONNE, à part.

Oh! ce n’est que trop certain, il en aime une autre! (Haut.) Thrasybule, vous me trahissez!

LE BARON, avec dignité.

Cunégonde !

LA BARONNE Pourquoi êtes-vous parti malgré moi? Pourquoi voulez-vous retourner encore en Palestine ? Répondez ! LE BARON Mais pour aller me battre !

LA BARONNE A d’autres !

LE BARON

Pour me couvrir de gloire, pour cueillir des lauriers et es déposer à vos petits pieds; car enfin les souffrances que j’ai endurées, les fatigues, les privations, c'est pour vous que j'ai bravé tout cela.

LA BARONNE Pour moi ? :

LE BARON Je pensais que vous seriez fière de moi, et que la gloire que j'aurais su conquérir rejaillirait sur votre chaste et noble front.

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