LE BARON, LA BARONNE
LA BARONNE, avec autorité.
Thrasybule, restez!
LE BARON Hein ! Vous dites ?
LA BARONNE Restez |
LE BARON
Yolontiers, mais j'ai affaire! Mes amis m'attendent.
LA BARONNE Est-ce que je ne vous attends pas aussi, moi? et depuis deux ans ?
LE BARON Diable! (D'un air aimable.) Vous avez à me parler? LA BARONNE Et vous même, monsieur, n’avez-vous rien à me dire ?
LE BARON
Moi ? (11 cherche.) Non ! (Se reprenant vivement.) Ah | par-
don ! Votre santé a-t-elle toujours été florissante ?
LA BARONNE, très-sèchement.
Non!
LE BARON, interdit.
Ah ! (11 se gratte la tête. Moment de silence.) Il fait aujourd'hui une belle température.
ÿ LA BARONNE Vous ne me paraissez pas à votre aise.
LE BARON, vivement.
En effet, je ne me sens pas bien. (Fausse sortie.)
LA BARONNE, avec explosion.
Et voilà tout ce que vous avez à me demander après une aussi longue séparation ?
LE BARON, balbutiant,
Au contraire, Cunégonde, j'ai mille choses à vous... mais vous savez, au premier moment... la surprise. enfin cela ne me revient pas.
LA BARONNE, avec amertume.
Ah ! Thrasybule, vous êtes bien changé!
LA
LE BARON
J'ai peut-être un peu bruni... Le soleil de la Palestine… |
LA BARONNE
Pas un mot d'affection! Pas un regard de tendresse ! Non, non, vous n’êtes plus le même !
LE BARON
Il est certain qu’autrefois. mais je ne suis plus de la première jeunesse.
LA BARONNE -
Et suis-je changée, moi 2... Mon cœur n’est-il pas toujours le même ?
LE BARON Je ne dis pas...
LA BARONNE, à part.
Oh! ce n’est que trop certain, il en aime une autre! (Haut.) Thrasybule, vous me trahissez!
LE BARON, avec dignité.
Cunégonde !
LA BARONNE Pourquoi êtes-vous parti malgré moi? Pourquoi voulez-vous retourner encore en Palestine ? Répondez ! LE BARON Mais pour aller me battre !
LA BARONNE A d’autres !
LE BARON
Pour me couvrir de gloire, pour cueillir des lauriers et es déposer à vos petits pieds; car enfin les souffrances que j’ai endurées, les fatigues, les privations, c'est pour vous que j'ai bravé tout cela.
LA BARONNE Pour moi ? :
LE BARON Je pensais que vous seriez fière de moi, et que la gloire que j'aurais su conquérir rejaillirait sur votre chaste et noble front.