SUZANNE ET LES DAMES
Parlez, illustre et noble dame,
Car tout s'incline à votre voix; Laissez-nous lire dans votre âme, Vos vœux pour nous seront des lois.
HECTOR, entré sur ces dernières paroles.
Un conciliabule secret! J'arrive à propos. (I se cache.) LA BARONNE, se levant de son fauteuil, et d’un air important
Voyez, Suzanne, si personne Ne fait défaut ; Regardez bien, je vous l’ordonne.
LES DAMES Personne ! non, personne!
HECTOR ET SUZANNE, à part.
Ah! ah! le singulier complot!
Ah! ah! n’en rions pas trop haut.
LA BARONNE
Personne ne peut-il entendre Ou bien surprendre Nos projets ?
Non, parlez.
HECTOR, riant.
Dieu! que vais-je apprendre SUZANNE, à part.
Ah! malgré moi, J'en ris ma foi!
LA BARONNE, d’un air éploré,
Douleur cruelle!
Loin d’un époux, La vie a-t-elle
Du prix pour vous?
Je souffre ! je pleure!
Et, seule en ma demeure, J’aspire à l’heure Qui doit le rendre à mon amour.
Attente cruelle!
Mon âme fidèle Sans cesse l'appelle, Hélas ! hélas ! il reste sourd !
LUDGARDE
C’est trop de peines!
Trop d’alarmes !
SUZANNE
Pour vous venger cherchons des armes!
Pour nous venger cherchons des armes!
SUZANNE
Du courage, de l’adresse, I1 vous faut avoir recours À la ruse, à la fiuesse,
Au profit de vos amours.
HECTOR, à part.
Fiez-vous à son langage,
Profitez de la lecon,
La friponne vous ménage Quelque tour de sa façon.