SCENE VIL
Les MÊMES, BERTHE*.
BERTHE, sortant de la maison.
Mais, oui, le voilà! arrivez donc, Monsieur, on vous guette depuis une heure.
KALT
Est-il possible?., c'est vous! c'est toi !.. mais oui, ah ! grand Dieu! Berthe !..
CASIMIR, à part.
Que voiS'je!.. me trompé-je !.. c'est elle!...
BERTHE
Certainement que c'est moi!
KALT
Berthe ?.. ma petite Berthe !..
CASIMIR, à part.
La fiancée deKaltî
C'est qu'il n'est pas changé... si^ en mieux et bien portant... si ce n'est pas affreux d'avoir une santé comme celle-là quand vous êtes loin de moi.
KALT
Le chagrin t'a bien profité aussi... ah ! ça comment se fait-il que je te trouve ici à mon arrivée., tu étais donc venue m'atlendre.
BERTHE
Mais oui, depuis sept semaines je loge chez votre grand, mère... elle me parlait de vous, ça nous rapprochait toujours un peu!
KALT
Ah ! s'il n'y avait pas quelqu'un là, comme je t'embrasserais.
BERTHE
Faites comme moi, Monsieur, ne voyez que voire future... ce sera comme s'il n'y avait personne.
KALT
Elle araison.,. (Après l'avoir embrassée.) Vous permettez, capitaine"/
CASIMIR, à part.
Pauvre garçon ! s'il savait que c'est moi!..
KALT
Vous permettez encore, n'est-ce pas?..
BERTHE, à Kalt qui veut encore r embrasser.
Ah! mais, assezi.. assez!., si vous en donnez tant que ça à votre fiancée... il n'en restera plus pour votre femme.
Il y en a encore, il y en aura toujours, ça ne s'use pas, n'est-ce pas, mon capitaine ? (Désignaîit Casimir.) Car c'est mon capitaine... je te le présente... mon capitaine. Je vousprésentemafuture.
CASIMIR
Aussi gracieuse que jolie... tu permets que je lui dise cela ?
* Casimir, Kalt, Bcrtlie.
KALT
Je crois bien, à vous... et mémo, après le mariage, je vous permettrai de l'embrasser.., j'en aurai le droit... mais pas avant... attendu que je ne peux pas m'y opposer.
BERTHE
Ah ça ! j'espère que vous avez votre congé, Monsieur?..
CASIMIR
Le général va le lui donner tout-à-l'heure.
BERTHE
Oh ! oui, bien vite, qu'il se dépèche... il s'agit de notre mariage... c'est très pressé.
KALT
Hein?., vous l'entendez! qu'elle est gentille ! ah ! pourquoi donc faut-il que je ne l'épouse pas aujourd'hui même.
Mais rien ne vous en empêche... tout est prêt.. on n'attendait plus que vous.
KALT
Une pareille surprise... ah ! mais, alors, il faut que le général m'expédie tout de suite.
CASIMIR
Je vais moi-môme chercher ton congre (A part.) je lui dois bien cela. (Il remonte vers la grille.)
KALT*
Vrai!... comme il est aimable, mon capitaine, c'est un meurtre de le quitter.
BERTHE
Comment ! Monsieur !..
KALT
C'est pour t'épouser... il n'y a pas de mai... je gagne au change... mais une idée qui me pousse... si nous allions tous les trois chez M. le baron de Reisbach^ nous l'inviterions à la noce... il verrait Berthe... ça pourrait le décider à me signer ça plus vite... ce n'est pas qu'il soit très sensible à la beauté... mais il le sera pour sûr à l'invitalion.
BERTHE
Au fait, ça se trouvera d'autant mieux (|uej'ai justement à parler au général.
KALT
Bah ! tu as affaire aux généraux ?
BE^\THE
Pas pour mon compte, il s'agit de rendre service à quelqu'un.
KALT
Tiens!., et à qui donc?
BERTHE
Je ne sais pas... mais je me doute que M, le baron de Reisbach connaU ufie personne qui est bien en peine.
KALT
En peine de quoi?
' Berthe, Kalt, Casimir.
BERTHE
D'une dragonne d'épée.
KALT
Une dragonne?
CASIMIR, à part.
Ah! miséricorde!..
BERTHE
C'est bien sûr un officier qui l'aura perdue hier dans la rue... ces messieurs égarent toujours quelque chose.
KALT
Et tu connais la personne qui l'a trouvée ?
BERTHE
Sans doute, puisque c'est moi !
Toi?
BERTHE
Oui, au point du jour.., elle était là... juste audessous de la croisée de ma chambre. {Elle entre un instant chez elle.)
KALT, balbutiant.
Sous... sous... ta croisée... la... la dra... dragonne... allons donc... ça... ça n'est pas possible!..
CASIMIR, à part.
Pauvre garçon !..
BERTHE, sortant de la maison avec la dragonne et la montrant.
C'est positif, puisque la voilà... mais pourquoi donc bégayez-vous, à présent.
CASIMIR, bas à Kalt.
Om, calme-toi, tu vois qu'elle ne sait rien,
KALT, bégayant toujours.
Tu crois que je bégaye... Alors c'est donc la surprise... la joie!..
BERTHE
Bah! vous éiiez peut-être chargé de la retrouver?
KALT
Justement!..
BERTHE
Là !.. comme c'est heureux que ce soit moi précisément qui vous la rende... Ça vous fait double plaisir, n'est-ce pas?
Oui!., je suis... je suis enchanté... (A part.) J'étouffe de rage.
BERTHE
En ce cas dépêchons-nous d'aller la reporter au général.
CASIMIR
Gardez-vous-en bien... il punirait celui qui l'a perdue !
KALT, la prenant.
Je la remellrai à son propriétaire... Il y a une récompense... je tiens à me la faire donner tout de suite... pendant ce temps-là tu préviendras la grand'mèro de mon arrivée.
BERTHE
Elle est toute prévenue!..
KALT
C'est égal^ annonce-lui ça petit-à-petit avec beaucoup de ménagements.
BERTHE
Mais, puisqu'elle lésait.
KALT
Mais, puisque je t'en prie !
BERTHE
C'est bon! c'est bon! j'y vais! (Elle rentre chez elle.)
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