CASIMIR, KALT
KALT
Prendre les arrêts!.. Je vois, capitaine, que vous ne danserez pas à ma noce.
CASIMIR
Tu es donc bien pressé?...
D'épouser ma petite Berthe!.. Ah! Dieu de Dieu ! je l'aime tant ! à preuve qu3 je l'ai quittée...
CASIMIR
Joli témoignage d'amour!
KALT
Je ne pouvais plus y tenir... on la regardait avec des yeux!., on lui disait des douceurs que ça faisait frémir... je n'avais pas le droit de m'en fâcher, voilà ce qui me rendait furieux... il y a des moments où je me serais battu pour un mot, pour un signe... pour rien du tout!
CASIMIR
Diable!., tu es jaloux !
KALT
Non!...
Air : Vaudeville du baiser au porteur.
Non, ce n'est pas d' la jalousie,
Car, je le sens, j' verrais avec sang-froid
Ce qui m' cause cette frénésie
Si javais sur elle quelque droit.
Tout mon malheur, c'est d' n'avoir aucun droit.
Ça vous semble étrange peut-être ?
Mais bien loin a tout d' m'opposer •.
Je permettrais beaucoup si j'étais l' maître
Le maitre de tout refuser.
J' voudrais pouvoir tout refuser.
CASIMIR , remontant à gauche en regardant la maison de Berthe *.
Hâte-toi de te marier... jusque là tu seras un homme très dangereux.
* Casimir, Kalt.
KALT
Ça se fera bientôt... mais quel malheur si vous ne pouvez assister à la cérémonie... vous y auriez eu de l'agrément... tous les amoureux ne sont Piis ombrageux comme moi... et les filles sont très jolies dans notre pays.
CASIMIR
Je le sais bien.
KALT
Bah! déjà?
CASIMIR
Il y a vingt-quatre heures que je suis ici... tiens c'est justement à propos de cela que je tenais à te parler^ j'ai besoin... d'un renseignement.
KALT
Je n'en liens pas... maissiçapeut vous obliger...
CASIMIR
Hier, un de mes camarades, un officier, a rencontré une ravissante jeune fille... là-bas, du côté de la maison do ville.
KALT
C'est le quartier des grisettes.!. naturellement il l'a suivie?
CASIMIR
Il allait l'aborder lorsqu'elle rentra chez elle et lui ferma la porte sur le nez sans s'apercevoir qu'il était là !
KALT
Ou plutôt elle eut l'air de ne s'apercevoir de rien... les filles voient tout, capitaine.
CASIMIR
C'est ce qu'il a pensé, car à peine dans sa chambre la charmanle enfant s'est mise à la fenêtre.
KALT
Alors, il se montre, il met la main sur son cœur., il soupire... les giries de circonstance, enfin.
CASIMIR
Non pas, à l'heure qu'il était on aurait pu le voir, et instruire le général... l'officier en question a mieux fait, après avoir calculé la hauteur de la croisée, il quille son poste d'observation, rentre chez lui, attend que minuit sonne, puis il revient, escalade la fenêtre de la belle et pénètre dans sa chambre qu'éclairait la faible lueur d'une veilleuse de nuit.
KALT
Bigre !.. c'est hardi !.. ça vous ressemble un peu^ ça, capitaine.
CASIMIR
Oui... assez... c'est un camarade qui a tous mes principes.
Donc, le voilà dans la chambre.
CASIMIR
Le bruit d'une légère respiration guide ses pas vers l'alcove... la vacillante clarté lui permet d'aviser le plus joli bras du inonde qui pendait hors
I du lit... la main qui s'offrait à lui, appelait un baiser.
KALT
Et mon scélérat d'officier répond à l'appel?
CASIMIR
En se relevant il heurte un meuble.
KALT
La pauvre fille ouvre les yeux.
CASIMIR
Non, mais ce bruit donne sans doute l'éveil à quelqu'un qui était dans une pièce voisine... un scrupule s'empare de mon camarade... il s'esquive par le même chemin... par la croisée...
KALT
Par la croisée...
CASIMIR
Oui, et il vient nous raconter son aventure.
KALT
A vous?
Et à trois ou quatre autres... nous nous étions réunis pour abréger la nuit... tu comprends qu'il a donné à entendre que le dénouement avait été moins brusque... autrement on se serait moqué de lui.
KALT
Comment il a osé dire?
CASIMIR
Il faut bien éviter le ridicule... bref, pour en finir avec l'aventure, mon camarade, en redescendant avec précaution par la fenêtre, a perdu la
dragonne de son épée.
KALT
Ah! diable !.. si on voit qu'elle lui manque.
CASIMIR
Ce n'est pas là ce qui l'inquiète... elle est déjà remplacée... mais on pourrait la rapporter au général qui nous avait tous consignés cette nuit... tu devines quel terrible orage fondrait sur nous.
KALT
Oui, j'en tremble rien que d'y penser... mais mais ça serait bien fait.
CASIMIR
Cela n'arrivera pas, grâce à toi, je vais le désigner la maison où l'officier s'est introduit.
KALT
Comment! il vous ramontrée^ à vous?
A moi, et aux autres... cette diable de dragonne nous intéresse tous... mais puisque tu es de cette petite ville, nous sommes sauvés!., tu te présenteras dans la maison sous le premier prétexte venu,et tu réclameras la dragonne; tu peux bien me rendre ce service-là, à moi, qui te rends la liberté!
KALT
C'est juste... vous dites que c'est...