‹ La croisee de berthe: comedie-vaudeville en un acteChapitre 9 sur 20 · CASIMIR, KALT · texte numérisé non relu

CASIMIR, KALT

KALT

Prendre les arrêts!.. Je vois, capitaine, que vous ne danserez pas à ma noce.

CASIMIR

Tu es donc bien pressé?...

D'épouser ma petite Berthe!.. Ah! Dieu de Dieu ! je l'aime tant ! à preuve qu3 je l'ai quittée...

CASIMIR

Joli témoignage d'amour!

KALT

Je ne pouvais plus y tenir... on la regardait avec des yeux!., on lui disait des douceurs que ça faisait frémir... je n'avais pas le droit de m'en fâcher, voilà ce qui me rendait furieux... il y a des moments où je me serais battu pour un mot, pour un signe... pour rien du tout!

CASIMIR

Diable!., tu es jaloux !

KALT

Non!...

Air : Vaudeville du baiser au porteur.

Non, ce n'est pas d' la jalousie,

Car, je le sens, j' verrais avec sang-froid

Ce qui m' cause cette frénésie

Si javais sur elle quelque droit.

Tout mon malheur, c'est d' n'avoir aucun droit.

Ça vous semble étrange peut-être ?

Mais bien loin a tout d' m'opposer •.

Je permettrais beaucoup si j'étais l' maître

Le maitre de tout refuser.

J' voudrais pouvoir tout refuser.

CASIMIR , remontant à gauche en regardant la maison de Berthe *.

Hâte-toi de te marier... jusque là tu seras un homme très dangereux.

* Casimir, Kalt.

KALT

Ça se fera bientôt... mais quel malheur si vous ne pouvez assister à la cérémonie... vous y auriez eu de l'agrément... tous les amoureux ne sont Piis ombrageux comme moi... et les filles sont très jolies dans notre pays.

CASIMIR

Je le sais bien.

KALT

Bah! déjà?

CASIMIR

Il y a vingt-quatre heures que je suis ici... tiens c'est justement à propos de cela que je tenais à te parler^ j'ai besoin... d'un renseignement.

KALT

Je n'en liens pas... maissiçapeut vous obliger...

CASIMIR

Hier, un de mes camarades, un officier, a rencontré une ravissante jeune fille... là-bas, du côté de la maison do ville.

KALT

C'est le quartier des grisettes.!. naturellement il l'a suivie?

CASIMIR

Il allait l'aborder lorsqu'elle rentra chez elle et lui ferma la porte sur le nez sans s'apercevoir qu'il était là !

KALT

Ou plutôt elle eut l'air de ne s'apercevoir de rien... les filles voient tout, capitaine.

CASIMIR

C'est ce qu'il a pensé, car à peine dans sa chambre la charmanle enfant s'est mise à la fenêtre.

KALT

Alors, il se montre, il met la main sur son cœur., il soupire... les giries de circonstance, enfin.

CASIMIR

Non pas, à l'heure qu'il était on aurait pu le voir, et instruire le général... l'officier en question a mieux fait, après avoir calculé la hauteur de la croisée, il quille son poste d'observation, rentre chez lui, attend que minuit sonne, puis il revient, escalade la fenêtre de la belle et pénètre dans sa chambre qu'éclairait la faible lueur d'une veilleuse de nuit.

KALT

Bigre !.. c'est hardi !.. ça vous ressemble un peu^ ça, capitaine.

CASIMIR

Oui... assez... c'est un camarade qui a tous mes principes.

Donc, le voilà dans la chambre.

CASIMIR

Le bruit d'une légère respiration guide ses pas vers l'alcove... la vacillante clarté lui permet d'aviser le plus joli bras du inonde qui pendait hors

I du lit... la main qui s'offrait à lui, appelait un baiser.

KALT

Et mon scélérat d'officier répond à l'appel?

CASIMIR

En se relevant il heurte un meuble.

KALT

La pauvre fille ouvre les yeux.

CASIMIR

Non, mais ce bruit donne sans doute l'éveil à quelqu'un qui était dans une pièce voisine... un scrupule s'empare de mon camarade... il s'esquive par le même chemin... par la croisée...

KALT

Par la croisée...

CASIMIR

Oui, et il vient nous raconter son aventure.

KALT

A vous?

Et à trois ou quatre autres... nous nous étions réunis pour abréger la nuit... tu comprends qu'il a donné à entendre que le dénouement avait été moins brusque... autrement on se serait moqué de lui.

KALT

Comment il a osé dire?

CASIMIR

Il faut bien éviter le ridicule... bref, pour en finir avec l'aventure, mon camarade, en redescendant avec précaution par la fenêtre, a perdu la

dragonne de son épée.

KALT

Ah! diable !.. si on voit qu'elle lui manque.

CASIMIR

Ce n'est pas là ce qui l'inquiète... elle est déjà remplacée... mais on pourrait la rapporter au général qui nous avait tous consignés cette nuit... tu devines quel terrible orage fondrait sur nous.

KALT

Oui, j'en tremble rien que d'y penser... mais mais ça serait bien fait.

CASIMIR

Cela n'arrivera pas, grâce à toi, je vais le désigner la maison où l'officier s'est introduit.

KALT

Comment! il vous ramontrée^ à vous?

A moi, et aux autres... cette diable de dragonne nous intéresse tous... mais puisque tu es de cette petite ville, nous sommes sauvés!., tu te présenteras dans la maison sous le premier prétexte venu,et tu réclameras la dragonne; tu peux bien me rendre ce service-là, à moi, qui te rends la liberté!

KALT

C'est juste... vous dites que c'est...

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