CASIMIR, BERTHE, LE BARON
BERTHE, sortant de la maison et suivant Kalt des yeux.
Comment il n'était pas encore parti!..
KALT, en sortant.
Mais si, mais si... je m'en vais.
BERTHE
Comme il est devenu musard.
LE BARON, venant de la grille*. Ah! vous voilà de retour, capitaine?
CASIMIR
Oui, général, je venais réclamer votre promesse.
LE BARON
Quelle promesse!..
BERTHE, s avançant.
Ah ! général... je sais ce que c'est... ça me concerne personnellement.
LE BARON
Vous?
BERTHE
Pardon... il s'agit de mon fiancé^ car je suis la fiancée de Kalt, pour vous servir et lui aussi... voilà sept semaines qu'il attend son congé pour être heureux... et il n'a plus le temps d'attendre... ni moi non plus.
LE BARON
Ah! très bien, mon enfant, c'est qu'il y a une petite difficulté.
CASIMIR
Une difficulté, mon oncle, il ne peut y en avoir.
BERTHE
Certainement, il a fait son temps et il a pris un drapeau, il me semble que c'est bien gentil et qu'on ne peut rien demander de plus à un jeune homme qui n'a pas de goût pour le métier de la guerre et qui en a tant pour le mariage.
Son mariage, il n'y faut plus compter pour lo moment... Kalt reste soldat.
CASIMIR
Mais vous avez promis.
LE BARON
Plus que je ne pouvais tenir... je viens de recevoir l'ordre du feld-maréchal de veiller à ce que les régiments soient au grand complet et de ne délivrer aucun congé, aucune permission sous quelque prétexte que ce soit. (Casimir remonte.)
BERTHE
Mais c'esl abusif... les jeunes filles ne peuvent pas tolérer ça... elles vous cèdent leurs amoureux, mais c'est à condition qu'on les leur rendra,
* Casimir, le Baron, Berlhe.
Air: de Fanehon.
A vous tout l'avantage
Vous avez en partage Et les plus beaux et les mieux faits
Souvent les plus solides Sont mutilés par les boulets,
Avant d'être invalides
Quéqu'fois rendez-nous les.
Justement voilà une occasion... puisque Joseph Kalt a droit à sa liberté.
CASIMIR*
Oui, rassurez-vous... le général oublie que cet ordre ne peut pas concerner votre futur, la promesse qui lui a été faite est antérieure.
LE BARON
Non, Monsieur, c'est ce matin que j'ai promis... l'ordre est signé d'hier.
CASIMIR
Mais je me suis engagé envers Kalt.
LE BARON
Le feld-maréchal vous dégage.
CASIMIR
Le feld-maréchal a le droit de m'envoyer à la mort devant l'ennemi, mais non de me déshonorer aux yeux de mes soldats.
LE BARON
Ce sont des phrases... dans le service on ne les admet pas, on obéit.
BERTHE, après un silence.
Mais tout est prêt pour la noce.
LE BARON
La noce attendra. {Il remonte la scène, Berthe le suit tout en parlant.)
BERTHE
Voilà trois ans et sept semaines que j'attends moi... sept semaines que le gouvernement me doit... je lui en fais grâce, mais là, vrai, général, je n'ai pas le moyen d'y mettre un jour de plus. CASIMIR, au baron*.
Songez que ce pauvre garçon va m' accuser de manquer à ma parole d'honneur !
LE BARON
S'il murmure, on l'enverra à la salle de police.
CASIMIR
Vous lui donnez le droit de m'insulter.
LE BARON
Qu'il s'en avise, je le fais fusiller.
BERTHE
Fusiller!., et c'est comme ça que vous tenez les régiments au complet !
LE BARON
On le remplacerait.
BERTHE
Eh bien ! voilà justement ce que je demande,
f * Le Baron, Bertlie, Casimir.
* Berthe, le Baron, Casimir.|
prenez-en un autre et laissez-moi celui-là ! chacun son tour... lui, c'est le sien de se marier.
CASIMIR
Au fait, général, elle a raison... que Kalt se fasse remplacer, vous ne contrevenez pas aux ordres du feld-maréchal... vous pouvez toujours présenter le même nombre d'hommes.
Oh ! vous êtes forcé d'accepter cet arrangement-là.
LE BARON
Oui-dà !.. eh bien! soit... trouvez un remphiçant, grand, beau, brave, apte au service... mais trouvez-le d'ici à une heure , car le régiment va se remettre en route. (// remonte.)
BERTHE
Comment! rien qu'une heure pour trouver un homme grand, beau et brave, c'est difficile ; avec caque le pays n'en fournil pas beaucoup...
CASIMIR
On en trouve partout quand on peut y mettre le prix... il y a 600 florins en billets du trésor dans ce portefeuille, oflrez-lesà celui qui voudra remplacer votre futur. (// lui donne le portefeiullej
BERTHE
Bah !.. les hommes, ça se vend donc ?
CASIMIR
Plus ou moins, la différenco n'est que dans la somme.
LE BARON, redescendant* .
Ah! ça, que faites-vous, capitaine ?
CASIMIR
Je veux à tout prix tenir la parole d'honneur que j'ai donnée... Kalt sera remplacé aujourd'hui, dussé-je y sacrifier ma fortune !
Brave jeune homme, aime-t-il les gens qi.'.i se marient!
LE BARON
A votre aise... eh bien! la belle, si vnu.> trouvez un remplaçant tel que je vous le demande, envoyez-le sur-le-champ, chez le capitaine recruteur, auquel je vais donner mes ordres... si \otre homme est accepté, ce sera une affaire faile... (A Casimir.) Suivez-moi , il s'agit de lire à voire compagnie, l'ordre du feld-maréchal avant son arrivée et il est attendu d'un moment à l'aulre. CASIMIR, à Berthe.
Si dans une heure vous n'avez pas réussi, je réussirai, moi, je vous le promets.
Air : Aux chofjr.'ns de l'aùscncc.
Mais venez, le temps presse ; C'est trop t;;rdcr ici.
CASIMIR
Je tiendrai ma promesse.
* Le Ba;cu, Casimir, Berlhc