‹ La croisee de berthe: comedie-vaudeville en un acteChapitre 2 sur 20 · CLAIRE, BERTHE · texte numérisé non relu

CLAIRE, BERTHE

BERTHE, à Claire sortant de la maison.

J'en suis sûre, cousine, c'est bien la musique militaire que j'ai entendue, en bas, dans la vallée... mieux que cela, j'ai reconnu la marche de nos chasseurs du Tyrol.

CLAIRE

Comment Berthe ! de si loin ?

BERTHE

Dame!., on a l'oreille fine quand c'est avec le cœur qu'on écoute,., et puis, je ne suis pas distraite comme toi... ce matin surtout, tu ne fais que rêvasser... moi je n'ai qu'une idée qui m'occupe : le retour de mon fiancé.

Air : Qu'il est flatteur d'épouser celle.

Depuis trois ans, que pour la guerre Monsieur Joseph Kalt est parti.

Tous les jours en m' levant j'espère Et me dis; C'est pour aujourd'hui.

N' calculant ni 1' temps ni l'espace Bien souvent je m'abuse ainsi ; Et dans chaqu' régiment qui passe Je crois toujours voir mon mari.

C'est même pour le voir plus tôt qu'au lieu de rester chez nous, à cinq milles d'ici, où il me croit encore, je suis venue loger avec sa grand'mère...

CLAIRE

Et tous les jours tu en es pour une fausse joie.

BERTHE

Mon Dieu, oui ; dès que le tambour bat... crac, mon cœur saute... et puis rien... c'est chagrinant... mais ça fait plaisir tout de même... Sans ces petits chagrins-là... on périrait de tristesse.

CLAIRE

De la tristesse, toi?., tu chantes du matin au soir.

BERTHE

Les chansons qu'il m'a apprises.

CLAIRE

Tu danses à toutes les fêtes.

BERTHE

Toujours à son intention... il n'aime pas qu'on engendre la mélancolie... c'est un si joyeux garçon !.. Tiens, c'est comme la parure... si j'y pense, c'est encore à cause de Joseph Kalt... En partant il m'a recommandé d'être toujours aussi gaie et encore plus gentille, s'il est possible, à son retour... Je veux qu'il s'aperçoive tout de suite que je me suis occupée de lui. {Elle arrange son bonnet, son fichu.)

CLAIRE

Eh bien! je t'y prends aussi à être coquette... tu n'as plus rien à me reprocher.

BERTHE

Oui, mais je le suis pour faire plaisir à quelqu'un, tandis que ta coquetterie ne sert qu'à dé'^ soler tout le monde... Ce pauvre Frick d'abord, qui t'aime tant et que tu ajournes sans cesse... Je ne te ressemble pas... Kalt peut arriver quand

il voudra... niais le plus vite possible... il y a assez longlcmps que je suis à marier... dix-neuf ans^ ma chère!., il est temps que ça finisse... etpuis^ songe donc dans quelles circonstances Kalt est parti !

CLAinE.

Je m'en souviens... il était à la veille de t'épouser.

BEUTHE.

Oui, mais mon père qui vivait alors s'avise de nous trouver trop jeunes pourentreren ménage... comme si le bonheur pouvait jamais venir trop tôt, il exige avant de lui accorder définitivement ma main que j'aie atteint ma majorité... Ce pauvre Kalt, lui, si pressé, si jaloux... il n'a pas pu se faire à l'idée de passer encore trois ans à me dire tous les jours : Bonsoir, mam'selle,.. il m'aimait tant que pour ne plus me voir, il s'est engagé volontaire dans un régiment qui passait...

CLAIRE

A la condition qu'on lui rendrait la liberté à l'époque convenue.

BERTHE

Le congé de Kalt ne peut pas faire un pli... c'est une chose due et depuis longtemps.

Air ; Du partage de la richesse.

Avec CCS trois ans, qu'hélas mon cœur déplore ; Il a fait lU-bas sept semaines de plus ; Or, tu le vois bien, cousine, c'est encore Pour notre bonheur près de deux mois d' perdus. D'acquitter r passé sa tendresse est jalouse... Il n'aim' pas lesdctt's, pour moi c'est avéré... Donc ; son intérêt veut qu' bien vite il mépouse De peur d'augmenter l'arriéré.

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