THEATRAL
Thérèse. Certainement, ça doitêtrepa»sible.
Gautier. Un congé en bonne forme.
GUILLAUME. Un congé à moi-même?
Gautier. Oui , à toi-même.
Guillaume. Qu’est-ce que ça peut vouloir dire?
Gautier. Ça veut dire qu’il t’est survenu un remplaçant...
Christine. Un remplaçant!
tiiérèse. Oh ! le brave homme
GUILLAUME. A moi !
Gautier. Et c'est dommage ; la poudre à canou t'aurait fait pousser les moustaches...
Guillaume. C'est pas encore décidé tout
de même.
GAUTIER. Passons au second point de la
chose où est mademoiselle la belle
Christine ?
GUILLAUME. Celle-ci, sergent!
Gautier, à part. Excusez... plus que ça de physique... (Haut.) Le bouillon de la caserne n’a jamais eu des yeux aussi grands que ceux-là... histoire de rire et d'étre galant, belle Christine. Le militaire est léger, mais plein de convenance. Je n'ai plus qu'une parole à ajouter... le particulier m’a dit que vous aviet un bijou à me remettre.
CHRISTINE. Un bijou...
Gautier . Une certaine petite croix !
CHRISTINE. Comment! c’est pour moi qu’il part !...
Gautier. Et vous pouvez vous flatter d’avoir opéré une conversion... vous avez fait un homme , quoi!...
Guillaume. Pourquoi qu'il se montre pas, ce cadet-là...
cnRlSTiNE. Oui , pourquoi n’est-il pas venu franchement lui-même...
GAUTIER. Le jeune guerrier a ses motifs pour qu’on ne se doute pas dans le canton du coup de tête qu’il s’èst plu à commettre.
thérèse. Comment , il est du canton?
i Christine. Et il refuse de se faire con-
(PHttre.
GAUTIER. C’est son ordre du jour !
GUILLAUME. Eh bien ! sergent... nne poignée de main... j’en veux pas de ce remplaçant , j’irai pas sacrifier ma sœur à un inconnu... qu’on ne connaît pas encore.
(Il va pour déchirer le conge.)
Christine , l’arrêtant. Et si j'en veux , moi.
Thérèse. Oui , si elle en veut.
GAUTIER. Les volontés sont libres.
J Christine. C’est beau ce qu'il fût là. .a
S artir... sur une parole de moi... sansconition, sans se montrer... c'est un dévouement... vois-tu... rien que ça... je seus que je serais capable de l’aimer.
THÉRÈSE, au sergent . Il n’est ni bossu ui bancal.
GAUTIER. C’te farce... est-ce que la grande armée se recrute d’individus torturé* par la nature.
Thérèse. Est-ce un bon enfant?
Gautier. Beaucoup... j’en réponds.
Guillaume. Eh bien! le gouvernement y perdra encore.
CHRISTINE , qui pendant ce tems-ià a détaché sa croix. 11 a bien fait de ne pas se mon lier, peut-être qu'on l'aurait trop regretté.
Gautier. Eli ! c’est dans les possibles CHRISTINE. Une délicatesse de plus dont je lui sais gré... monsieur le sergent...
Voici... dites— lui bien que j’ai juré sur ma croix d’or. . . de l’attendre deux ans. . . de lui être fidèle... oh ! fidèle! ... qu’il me rapporte ma croix et Christine est à lui. ..
GAUTIER. Il va avoir ces paroies-là mot à mot.
GUILLAUME. Je me résigne , je n’serai pas général,
c.finiSTiNE. Eli bien! petite helle-somr , moi aussi je suis fiancée.,, mon gage est dans les mains d’un soldat de la garde.
(Uii roulement.}
GAirrn.il. VIA le signal du départ.
Air de Pilati .
Plan ra ta plan , {bis)
C’est l'tamhour qui nous appelle; Séparons-nous , adieu ma belle ,
C'est la marche du régiment.
II avancera par sa valeur,
Dign' de la France et de Christine,
Il rapport'ra sur sa poitrine La croix d'or et la croix d'honnenr !
{Les conscrits paraissent an fond et montent le petit tertre , un en floral à leur tête ; Francis est parmi eux, mais cache par un camarade t il ne peut être vu des personnages en scène.)
CHOEUR
Plan ra ta plan , etc .
( Trois heures sonnent au clocher du village.
Christine. Trois heures!... ah ! que jamais cette heure-là ne sonne sans que je pense à lui !
Gautier. En route!... en route!...
CHOEUR
Plan ra ta plan , etc.
{La musique continue. Guillaume serre la main de Gautier , qui fait un salut militaire aux deux ; femmes . Le détachement qui s’était arrêté au bas de la colline se remet en marche Tableau • La toile baisse.)
fia DU FUMIER ACT».
LE M AGASfN TRÉATRAL.