‹ La croix d'or comedie en deux actes, melee de chantsChapitre 18 sur 34 · THÉRÈSE, GUILLAUME · texte numérisé non relu

THÉRÈSE, GUILLAUME

THÉRÈSE. Mais laisse donc là ta pipe...

Guillaume.

Guillaume. Si tu me contrarie encore , je nepourrai jamais m'habituer au tabac...

ça me causera toujours des étranglemcns !

THÉRÈSE. Mais qu’as-tu besoin de fumer?

GUILLAUME. Je fume... je fume. .. parce que ;a fait voir qu’on a été un ancien militaire... qu’on a servi.

THÉRÈSE. Je te conseille de te vanter de ta campagne de seize jours.

Guillaume. Près de dix-neuf, mon épouse. J’étais déjà assez taquiné dans le teins , il y a de ça deux ans et demi , de m'être laissé remplacer en 1812... or, quand les Russes sont venus s’emparer des grands chemins , assiéger la forêt de Sénart et menacer de venir pêcher les anguilles de Melun... pour lors mon caractère guerrier s’est remontré. . . le préfet... un gaillard... nous dit : faut que chacun se lève en masse., je me suis levé en masse., je me suis porté en avant de moi-même , comme un vieux troupier... et le préfet s’est porté en arrière , très en arrière de sa personne.

THÉRÈSE. C’est beau !... laisser une femme de vingt-un ans à l’abandon... au risque de me faire veuve.

GUILLAUME. Oh ! ça , il ne s’en est pas fallu de grand’chosc , t’as manqué d’être veuf et les femmes des autres aussi par la même occasion.

THÉRÈSE. Heureusement que le ciel a envoyé à votre secours le brave capitaine Francis.

GUILLAUME. Ce n’est pas le ciel qui l’a envoyé... c’est le major-général... un grand brun... dire que ces coquins de mosquouites allaient nous fusiller sans plus de cérémonie... sans nous demander si cela nous convenait... et ça sous le prétexte que le paysan peut pas défendre sa petite avoir quand il est habillé au naturel... Nous étions là tranquilles comme Baptiste, trèspeu disposés à la chose, quand tout-à-coup

nous entendons : A moi, grenadiers ! et pif, pouf, pan... patatras!... les Russes tombent comme des capucins de cartes... nous avons crié bravo! bravo!... et jesuis revenu triomphant ici avec le brave officier qui m’avait évité le désagrément.

THÉRÈSE. Que je l’ai donc embrassé d'bon cœur , ce M. Francis!... et Christine aussi, elle y a été bon jeu, bon argent.

GUILLAUME. Jecroisbieti ! un officier!...

nous autres anciens militaires.

THÉRÈSE. Est-ce que tu ne trouves pas singulier que le capitaine Francis... qui , Dieu merci , est guéri de ses blessures depuis un bon bout de tenis , ne parle pas de s'en aller ?

GUILLAUME. Tu sais bien qu'il ne veut plus reprendre de service à cause de l'autre qui est à l’ile d’Elbe. . Pauvre Napoléon?... il a mangé son pain blanc le premier.

THÉRÈSE. Mais ça ne l'empêcherait pas d'aller habiter une grande ville... comme Melun, Montereau.

GUILLAUME. Ah ! mon Dieu ! que les femmes!... ( Se reprenant. ) Je veux dire ue ma femuie est ridicule !... Mais t'as onc pas des yeux!... t’es donc pas observateur comme moi. Le capitaine Francis est fanatisé de Christine.

THÉRÈSE. Bah !...

GUILLAUME. Christine est fanatisée du capitaine... ils sont fascinés tons Içs deux de l'amour la plus pure, ils sont dans les nuages, ils voyagent dans le royaume des illusions.

THÉRÈSE. Eh bien ! notre homme , il faut faire ce mariage-là !...

Guillaume , aveu importance. Je m'y en occupe. ( Apercevant Christine qui fient. ) Chut!... la v’ià Christine... la v'ià !...

(Christine entre.)

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