SCÈNE VII
Les Mêmes, CHRISTINE.
Christine. Partir, toi!.. Non, Guillaume, non , mon frère, tu ne partiras pas ..
TIlÉnÈSE. A la bonne heure, viens à mon secours, ma petite Christine.
Guillaume. T’y peux rien , ma pauvre cadette.
Christine. Tu ne partiras pas, la loi est pour toi.
GUILLAUME. La loi est pour moi?., en
LA CROIX I)’oR. 5
GUILLAUME. Mais je ne le suis pas
devant l’autorité c’est pas encore fait...
Christine. Enfin , tu es toujours orphelin... fils unique... et les orphelins ne partent pas.
THERESE. Il faut aller tout de suite dire cela à M. le maire.
CHRISTINE. Oui, Thérèse... oui... il est si bon, M. le maire, pour tous les conscrits, je suis bien sûre que son fils ne partira pas.
„ GUILLAUME. Mais vous êtes des révoltées.*.. le maire n’y peut rien de rien. . . . Le préfet est arrivé , et avec lui il n’y a pas à badiner, tout lui est bon.
Air de Gtisman d‘ Alfa roche.
U ne faut pa» lui parler «le ic forme.
Tou* le» Français , «jpi'il tous «lit, sont l'pinx ;
Mai», mon prefet, j suis bossu. — Pour la forme,
A l'ennemi tu n'inontirras pas l'dos;
Mais jVai qu'un «il, «lit un pan y' niisi rable.
— Pour bien Tiscv Fsecond te pénerait.
TMKnÈAK.
Ab ! ton préfet je l'donnerais au diable, «oiutcu.
Je n’uii pu trop si le diable en voudrait
Christine. Eli bien! on va trouver
l'officier... on lui dit : Monseigneur , je ne veux pas partir, je n’veux pas m 'faire tuer, c’est mon caprice comme ça. J’ai une femme et une soeur qui ne peuvent pas vivre sans
moi... ni moi sans elles Je respecte
beaucoup sa majesté l'empereur et roi ;
vive l’empereur ! qu’il fasse la guerre
tout seul. Quant à moi, je suis libre et je n’a» pas le droitde quitter une sœur qui ne le veut pas.
Thérèse. Le fait est que si lu lui disais Ç a
GUILLAUME. Si j'avais envie de lui dire ça... je commeneerais par en charger un
autre au risque de lui faire avoir une
ratification de coups de caiiucà ma place...
'ailleurs ça n’est pas dans mes principes...
les Français, même ceux des campagnes, se doivent à la patrie.
Curistine. Ta patrie à toi, c’est Théi èsc , c’est mo , c’est ton auberge.
Guillaume. Quand je serai revenu
mais j’ai p&s fait mon tems chacun fait
son teins.
Christine. Son tems, il est joli et
notre pauvre frère aîné qui est parti pour l’Espagne... il a fait son tems, lui... n’estce pas?.... il est mort au bout de six semaines...
Thérèse. En revanche, François Copin y est toujours depuis sept ans.,., que sa maîtresse , la petite Boulin , a été obligée d’en épouser un autre il y a six ans et
demi... Son tems! avec ton chien d’empereur!.... t
GUILLAUME, lui fermant la ioucAe. Veuxtu bien te taire?
CURISTINE. Non , elle ne se taira pas , ni moi non plus. Si tu pars , il faudra donc vendre l’auberge , et nous en aller... où...
car tu sens bien que deux jeunes filles 11e peuvent pas gouverner seules une maison.
Qnc deviendra cette pauvre Thérèse qui t'aime tant?... et loi, frère!... ils te tueront comme notre pauvre André..... Oh !
d’abord si tu t’en vas , j’en mourrai de chagriu.
Guillaume. Mais, pauvre sœur, est-ce que tu crois que ça me fait pas de peine d’être forcé de vous quitter toutes les deux. .. mais il n’y^a pas moyen de rester !
THÉRÈSE. Si on pouvait lui trouver un remplaçant ; Grégoire , le marchand de paille , en a bien trouve un.
Guillaume. Oui, mais il a du foin dans ses bottes le marchand de paille.
Thérèse. Encore une injustice c’est
une chose que tout le monde devrait en avoir.
Christine. C’est donc bien cher un homme.
Guillaume. Ils renchérissent tous les jours. Ça se vend comme du pain.
Christine. Ah! si j’étais homme!
pourquoi ne suis* je pas homme?
Guillaume. Parce que tu es ma sœur, et qu’étant ma sœur...
Christine. C’est égal... tiens... s’ils veulent m’accepter, je prends L’uniforme... je te dis : Epouse Thérèse, donne-moi ton numci o et je pars à ta place.
Guillaume. Et crois-tu que je te laisserai exposée aux regards jaloux de quatre cent quatre-vingt mille hommes, toi .surtout qui ne veux pas entendre parler de mariage.. .c’est là que tu risquerais d’être... mariée involontairement.
Thérèse. Mais comment donc faire comment donc faire?
Christine. Ah! une idée! cette fois,
une bonne idée.... regardez-moi bien tous les deux.
GUILLAUME. Nous te regardons.
CURIStine . Maintenant parlez-moi franchement.
Guillaume. Nous te parlerons franchement.
Christine. Comment me trouvez-vous?
Thérèse. Gentille à croquer...
Guillaume. Superbe!..., superbe...
Christine. Vous croyez donc que je vaux mon homme?
LE MAGASIN TBKAfftAL.
gu l i l ACME. C'esl-à-dire que tu en vaux ilix-sept.
CHRISTINE. Je m’en rapporte à vous et mon parti est pris... Thérèse, écoulebien.
(Elle lui parle bas h l'oreille.)
THÉRÈSE. Mais pourquoi faire?
CHRISTINE. Va toujours ils doivent
être tous sur la place de la mairie dé-
pêche-toi , dépcchc-toi.
Thérèse. J’y vas... j’y vas.
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