LE DOMESTIQUE
Monseigneur, un courrier extraordinaire , expédié de Naples par le vice-roi , attend votre seigneurie dans son cabinet.
DON BALTllAZAR.
Un courrier tlu vice-roi?.. Peut-être ma nomination de gouverneur à Naples!.. A bientôt, tna tille , à bientôt ! (Il sort.)
SCKNK VII.
DONA JUANA; puis ALTA VILLA.
DONA JUANA
Oh ! oui ! c’est à Léon que mon père veut me donner... C’est le repentir de sa conduite avec la mère qui lui impose celte dette envers le fils ! Ah! plus d’inquiétudes, plus de tournions!..
(On frappe S la petite porte masquée.) On frappe à la porte par où Léon a été introduit ce matin... Ce ne peut être que lui... il revient sitôt, quelle imprudence ! mais je suis trop heureuse pour lui en vouloir... Je puis bien lui dire à présent ce que je lui aurais écrit tout à l'heure. (Elle va ouvrir; paraît Attavilla en brillant costume de chevalier de Malte; doua J uaua recule épouvantée.) Ciel ! encore ret homme!
AI.TAVILI.A , la saluant profondément Pardonnez, Senora, si c'est donOllaviod'AItavilla qui se présente, et non un autre... Mais enfin , depuis assez long-temps je cherche cette occasion... Ce matin, en guettant le: moment où je pourrais vous parler sans témoins... j’ai •<
découvert cette entrée secrète en voyant un autre en profiter... Elle était restée ouverte par hasard... A présent, il est bien juste que ce soit mon tour.
DONA JUANA
Seigneur, ce n’est pas à moi, sans doute, que s’adresse votre visite?
ALTAVILL*.
Si fait... c'est à vous; seulement ccn'est point par moi qu'elle devait être faite... Vous voyez que j'en ai appris assez pour avoir le droit d’étre écouté.
DONA JUANA
Et que pouvez-vous avoir à me dire, qui motive votre présence dans la maison de mon père ?
AI.TAVILI.A.
J'y suis venu pour vous rendre un service...
Érotitfz-nmi:ll est deux gentilshommes qui vous suivent partout comme si votre ombre était divisée , l'un est admis à vous parler, l'autre pas même à vous entrevoir. L’un franchit en secret votre porte, et l’autre y reste ouvertement... Celui qui reste à votre porte, c'est moi; quant à l'autre, c’est...
Oh ! de grâce , Seigneur...
ALTAV1I.LA.
Je vois qu'il u'estpas besoin de dire son nom ; nous le savons tous deux. Ces deux gentilshommes vous aiment.
PONA JUANA.
Quoi ! vous osez?.. Avez-vous donc oublié la croixquc vous portez?
ALTAVILLA
Non, Senora; mais comme en mettant la croix de Malte sur mon berceau , on ne m'a pas descnsorcellé de toutes les passions humaines, j'ai dû chercher à reprendre un peu dans mon existence des droits qui ne tue laissassent pas trop me repentir d’avoir eu l'idée malheureuse de venir au monde après mon frère aîné. Amoureux souvent , je dois l’avouer en toute humilité, cette fois , je me contente d’étre jaloux , mais vous ne trouverez pas mauvais que je me rattrape un peu sur la manière.
DONA JUANA
Ah! c’est inlâme !.. Un chevalier de Malte!..
ALTAVILLA
Je vous répète, Senora, que ce chevalier de Malle s’est conservé le seul droit d'étre jaloux, et qu'il en usera largement... Dès ce jour, il veille sur vous comme l’avare surson trésor, ctil s’est promis la satisfaction de se défaire, n'importe à quel prix ou par quel moyen, de quiconque sera bien accueilli de vous, époux, fiancé ou amant; fut-il le plus cher de ses amis... C'est un serment qu’il s'est juré à lui-inême, et ceux-là il les tient toujours, car il les fait en connaissance de cause. Senora , si votre jeune adorateur réussit , il est mort!.. Que voulez-vous?., ce sera une petite consolation , et on n'est pas en ce monde pour se tout refuser... Si vous n’etes point à moi, du moins je vous garantis que vous ne serez à personne... Vous prévenir du danger qui menace une existence qui vous est si chère, c’est, je iTois , vous rendre un service ; et voilà pourquoi je suis venu , espéraat que vous ne me forcerez