‹ La croix de Malte drame en trois actesChapitre 42 sur 52 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DONA JUANA , DON LÉON , sortant de derrière

la tapisserie.

DONA JUANA

Léon ! ab ! que j’ai souffert !.. ne pas te voir, et ne pouvoir pleurer!..

DON LÉON

Juana! ma Jnana!.. (a part.) Suis-je condamné à lui faire éprouver de nouvelles tortnres.

DONA JUANA

Je pensais bien que tu viendrais à ce pavillon... aussi mes yeux, mon attention , tout eu moi se dirigeait vers cette partie du jardin... et je voyais déjà qu'on me regardait de tous côtés; oui, tôt ou tard la vérité sera connue... la vérité implacable... Et, pour comble d’effroi, cet homme affreux qui a juré de me poursuivre...

cet homme que je soupçonne d'avoir fait assassiner don Luis ri’Ayantonto... il est à Naples...

DON LÉON, à part.

Je le sais... et je n'ai pu me montrer à cet infâme!.. DONA JUANA.

U est ici, dans ce palais...

DON LÉON

Dans le palais!..

DONA JUANA

Oui... ici... dans celte foule... sous tin domino,.. il a osé tne parler,,, et j'ai reconnu sa

voix... sa voix!., nnc malédiction éternelle sur ma destinée!.. H a voulu prendre ma main dans sa main encore souillée de sang...

DON LÉON

Lui !.. il a osé... Juana !..

DONA JUANA

Comme si son amour n’était pas assez sacrilège. même sans être celui d'un assassin! comprends-tu, Léon ?.. un chevalier de Malte !.. un homme voué à Dieu!., oser lever les yeux sur une femme... oser l'aimer... oser le lui dire...

don LÉON.

Mais cette passion , infâme dans le misérable qui t’en perséculc , ne serait-elle pas excusable, Juana, dans le cœur tle celui de ses frères qui l'aurait connue trop tard... qui n’aurait pas eu assez de forces pour reuonccr à toi...

DONA JUANA

Que dis-tu, Léon !.. mais tu ne songes donc pas que iafemmequiaéconté nn de res coupables amours, n'a dans son avenir que honte irréparable , que remords et désespoir sans fin... le chevalier de Malle qui se sent une passion au rœur doit l'étouffer et la vainrre... s'il ne le peut , il doit mourir. don i.éon, A part.

C’est vrai.

DONA JUANA

Et je n'aurai jamais que dn mépris pour res séductions impies.

don Léon , à part.

Comment voulez-vous que je parle , à présent, mon Dieu !..

Mais pourquoi penser encore à cet homme...

n’avons-nous pas assez de tounneus. assez d'inqniétndes?.. Léon , si mon père est inexorable, plutôt le crime que la honte... je me tuerais, Léon. DON LÉON.

Te tuer!., ah! tn ne m’aimes pas!..

DONA JUANA

Je ne l'aime pas... moi !..

DON LÉON

Eh bien ! il faut vitre pour moi! il faut fuir!

DONA JUANA

Fuir

DON LÉON

Juana !.. cette existence qui te pèse et te flétrit, elle in'est intolérable, à moi!.. Le jour, n’oser avouer ma présence il Naples... la nuit , trembler sans cesse qu'on tic nous surprenne... n'oser dire que je t'aime, que je suis aimé de toi !.. sentir mon rœur sans cesse dévoré par l'inquiétude et la jalousie, sans garantie du passé, sans espoir dans l'avenir... ce supplice est au-dessus de nos forces... il faut fuir ce pays maudit ; il faut fuir si loin , que noms ayons, du moins, assez d'espace pour respirer librement , assez de calme pour pouvoir demander grâce à Dieu. DONA JUANA.

Fuir, dis-tu !..

DON LÉON

A l'instant même!.. Le jour commence à poindre, n’attendons pas qu’il se lève... J'ai tout prévu, tout préparé... des chevaux nous attendent... Viens, viens.

DONA JUANA

1 Mats mon père!,. Mais tu ne comprends

donc pas cjn« in me demandes d’abandonner' mon père?.. non Léon.

Préfères-tu le déshonorer ? Il vaut mieux qu'il te regrette que de te maudire !

nos* je* s A.

Me maudira-t-il moins, si je pars !

DON LÉON

Tu ne l’entendras pas, du moins.

DOS* JUANA

Je l’entendrai dans ma conscience... Je ne fuirai pas, c’est impossible !

DOS LÉON

Eh bien ! alors, adieu Juana !.. c’est trop long-temps lutter contre une destinée inexorable... Tout me manque, à présent, pour ce combat, et force et patience ; si tu veux mourir à présent, je ne t’en empêche plus... je ne te suivrai pas, moi, car je te précéderai. Adieu, Juana. don* jdan*.

Léon!..

C’est pour jamais !

DOS* Jl’ANA.

Pour jamais!.. Eli bien! non, je vivrai, s'il le faut, pour que tu vives!.. Non ! je le sens !.. je ne peux me séparer de loi, même pour mourir... Misère, exil et déshonneur, nous partagerons tout ensemble!.. Léon!., tu le veux... eh bien ! eh bien ! partons !

DON LÉON

Partons!..

(Il s’élancent vers le fond , la porte s’ouvre t don

Batthazar d'Ayamonte parait ; a ses côtés est Pan-

dolfo ; des domestiques armés, sont en dehors

dans le jardin.)

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