SCÈNE V
Lés Mêmes, DON BALTHAZAR, PANDOLFO, Le Chapelain.
PANDOLFO, a Balthasar.
Vous voyez?..
DON BALTHAZAR
On ne m'avait pas trompé !
DONA JUANA
Ah! mon père!., des gens armés!:, grâce pour lui !.. grâce pour sa vie !..
DON tlALTHAZAIl.
Vous êtes bien audacieuse d'oser me prier pour tout autre que pour vous !
DON* JUANA
Mais, mon père !..
DON LÉON
Mon...
DON BALTnAZAIt.
Silence, tous deux, silence!.. Quel est cet homme? don Léon.
Je me nomme don Léon de Cabrera.
DON BALTHAZAR
Léon de Cabrera !.. le fils de dona Elvire d'Ayamonte ! cet enfant que j’ai repoussé de ma famille, qui ne devait jamais souiller le seuil de mon foyer... Toi! c’est toi, misérable!..
(Il porte la main a son épée; doua Juana s'élance au milieu d’eux et pousse un crt; don Léon reste A la même place; don Batthazar continue â paru) ln-
»cusé !.. Ce liras a été trop faible pour venger
1 une injure qui la a été faite pour lai , sera-t-il plus fort aujourd'hui pour punir celle qu’il me fait lui-mémc !.. Léon de Cabrera!.. Lui ! toujours lui !.. Pour conserver intact l’honneur de ma race , j’ai introduit un bâtard dans une noble maison , et maintenant . comme une punition vivante, ce bâtard vient déshonorer la mienne!.. Alt ! il y a une destinée...
(Il fait signe a Panriolfo et A scs gens de s'éloigner.) PANDOLFO, A part en sortant.
Allons savoir ce que veut encore Altavilla.
DONA JUANA
Mon père! écoutez-moi , je vous en supplie!
DON BALTHAZAn.
Oh ! je comprends, maintenant, le secret de ces larmes , en épousant don Luis ; je comprends ces supplications pour cet homme à qui on voulait ouvrir ma maison... Ce u'était pas pour le parent malheureux et orphelin qu’on me priait... Fille indigne !.. tu demandais à ton pèrede rappeler ton suborneur !..
DON JUANA , sc relevant.
C’en est trop!.. Mon père, n’insultez pas votre fille ; car, après tout, il y a quelquefois des momens où la faiblesse qui sucrom lie peut accuser à son tour l'inflexible vertu qoi l’écrase. (Mouvement de don Batthazar.) Oh ! je ne crains plus rien!., rien!., voyez-vous , à ce degré de désespoir où je suis arrivée , je me sens presque calme... Vous voulez me faire tomber si basque malgré moi je me relève... Don Léon est mon époux... (Nouveau mouvement de don BaKhaiar.) Oui, il l'est devant Dieu ! et peut-être, en oubliant mes devoirs, ai-je accompli les vôtres.... Mon père ! j’ai souillé l’honneur des d'Ayamonte... et pour cela , vous avez le droit de me tuer... maisneme maudissez pas!., cardon Luis d'Ayamonte se lèverait dans son linceul et viendrait vous demander compte de son vœu suprême que vous avez méprisé au péril de son âme.... et. peut-être , y a-t-il au monde quelque chose de plus fatalement sacré que la malédiction d’un père... c'est le dernier anathème d’un mourant ! don BALTHAZAR, avec colère.
Juana!.. (A paru) Mais il le faut!.. (Haut.) Vous êtes tous deux en mon pouvoir, et si je le voulais, je prendrais votre sang... Mais quand on est venu me dire... votrefilleareçu cette nuit un séducteur, cl ce séducteur est encore avec elle, j’ai fait préparer la chapelle du palais, et j'ai répondu : Quel que soit cet homme , elle l'épousera à l'Instant ; ce sera une réparation pour son honneur et peut-être un châtiment pour son crime. Mais ma présence ne santionnera pas celte union qui récompensera la trahison... Je n'ai point assisté au mariage de ma sœur... je n'assisterai point à celui de ma fille. Don Léon de Cabrera! dona Juana d'Ayamonte!.. à l’instant, vous allez être unis !
DON LÉON
Unis!
DON BALTHAZAR
Après le mariage, éloignés de moi tous deux pour jamais!.. Je veux mourir dans l'isolement et la douleur.
don Léon , avec espoir.
i Fuir avec «lie !.. (Avec effroi.) Mais être son