‹ La croix, l'épée et la charrue ou Les trois symboles du peuple canadien [microforme]Chapitre 4 sur 13 · LA CROIX DANS L'ORDRE MORAL · texte numérisé non relu

LA CROIX DANS L'ORDRE MORAL

In hoc signo vinces.

Le monde antique, quoiqu'ayant conservé une parcelle de théologie et quelques lueurs de vérité, a fini par perdre complètement sa voie ;—car l'erreur ne vit qu’en autant qu'elle est mêlée de vrai; seule, ce serait tenèbres complètes, mort certaine.

Aussi, quand la vérité théologique .

cessa absolument d'éclairer le paganisme, celui-ci fut irrévocablèment destiné à périr ; le principe de sa vie s'était envolé.

Il y eut toujours, dans les diverses phases de la vie des peuples, deux principes contraires, deux forces opposées ; l’une les inclinant vers la barbarie ; l’autre les poussant vers la civilisation.

La civilisation est le fruit de la croyance dogmatique d’un peuple, de son affirmation théologique, de ses relations sociales, de ses connaissan-

ces intellectuelles, en un mct de ce qui constitue son éducation, sa vie particulière, sa manière d’être,ses mœurs, | son identité, son caractère. (C’est par- # tant le développement graduel et harmonique de toutes les puissances constitutives de l'individu et des sociétés humaines.

Sans théologie, il ne peut y avoir de sociétés régulièrement organisées, ni même de possibles. C’est alors le règne de la barbarie, la phase négative ; c’est la force brutale de l’antiquilé païenne qui écrase le faible et persécute le juste ; c'est l'empire des passions désordonnées s’assouvissant sans frein et sans règle, sans pudeur et sans honte, sans scrupule et sans remords. Dans cet état de société, la vertu est inconnue, la morale outragée, le droit foulé aux pieds L'Etat !

voilà le dieu ; l’homme ! voilà la victime. Le despotisme est si cruel que le grand Corneille était justifiable

“ De rendre grâces aux dieux de n'être point Romain, ‘ Pour conserver encor quelque chose d’humain.

Il n’y a ni liberté individuelle, ni initiative privée. L'État a absorbé

LA CHARRUE - 15 l'individu à tel point qu'il n’y a plus que deux sociétés ;—celle des tyrans et celle des esclaves ; deux castes, celle des faux prêtres et celle des faux adorateurs ;—deux principes, celui de la force qui écrase et celui de la faiblesse qui souffre. L’abjection va tellement bas, Messieurs, que ceux mêmes qui sont injustement condamnés à la mort cruelle mais inutile, - des amphithéâtres passent en riant remercier leur bourreau.

Ave, Cesar, morituri te salutant !

Le dégoût s'empare de l'âme à la vue d’un pareil abaissement.

Sans doute que l’on rencontre bien, par ci, par là, quelques beaux iraits de vertu privée, quelques âmes supérieures qui jettent une clarté soudaine sur la nuit de ces époques néfastes. Mais, ce ne sont là que des météores qui brillent un instant pour s'éteindre à jamais dans les ombres épaisses qui recouvrent la terre.

Ce monde ancien eut pourtant ses éclairs et comme de célestes visions.

Mais une fois entièrement courbé sous l'esclavage de ses faux dieux,

une fois complètement sorti de ses voies et tout-à-fait hors de sa mission, il semble n'avoir d'autre but que de s'entredétruire, jusqu'à ce qu'une grande unité se soit accomplie sur ses ruines.

Ce que la Grèce ne püût achever par ses lois modèles, Rome le fit par ses sanglantes conquêtes, (C'était à

. Rome que le divin crucifié avait donné rendez-vous au monde. Et le monde s'y trouva concentré et réuni à l'heure marquée. En laissant faire cette grande unité politique, le ciel préparait dès longtemps le règne du | Dieu unique. À chaque peuple il avait assigné une mission, fait une promesse, La menace ne manqua

as, non plus, aux prévaricateurs.

s prophètes ont pleuré sur des ruines à venir, les aruspices ont annoncé des catastrophes , prochaines, Les voix prophétiques sont méprisées ; les entrailles des victimes sont en vain consultées ; la malice des hommes a atteint les hauteurs du Oiel; les tonnerres de la justice divine éclatent! La guerre sévit sur les campagnes en ruines; la peste

décime les cités en deuil; et les

matrones en pleurs gémissent dans les temples, en priant les dieux de

détourner de dessus les peuples, leur

courroux justement irrité,

La vérité allait toujours en s'altérant. L'on peut retracer chaque phase de l’histoire par la connaissance des divers systèmes philosophiques qui y correspondirent. D'affirmatives d'abord, les civilisations successives s'étaient déjà considérablement modifiées à la naissance de la philosophie. Six siècles avant l’ère chrétienne, la Grèce donna le jour à celle-ci ; elle devait s’y perpétuer

pendant douze cents ans. Elle appa-

rut dans le monde avec les lettres, au, contact de l'Egypte et de l'Asie mineure.

Sa maturité se passe à Athènes, elle rencontrera sa décadence à Alexandrie et à Rome, altérée qu'elle sera alors par les erreurs orientales qui s’y seront glissées. Les philosophes se rapprochent trop du soleil dela vérité; ils devancent trop leur siècle ; ils sont ostracisés et mis à mort. C’est le propre de la vérité d’être persécutée ; son ombre même ne peut être tolérée par le paganisme.

“en

18 LA OROIX, L'ÉPÉE ET Thalès de Milet, contemporain de

Crésus et de Solon, vient de fonder

l’école tonienne ou panthéistique, mère

de l’athéisme et du naturalisme mo- |

dernes, mais en revanche, Pythagore

crée l'école ifalique, qui, par sa science

des nombres arrive à la connaissance

de l’âme et à la perfection de Dieu.

—Anaxagore, son disciple, parvint à

la connaissance et à l'affirmation d’un

principe intelligent et créateur du

monde.—C'en était trop pour la my-

thologie d'alors, pour les croyances

polythéistes du temps ; Anaxagore,

en dépit de la Mae éloquence de

a “seal Périclès, est condamné à

exil.

Les faux dieux tremblent ; ils appellent les sophistes à leur secours ; ceux-ci se précipitent en Grèce. Malheur à la morale; l’on continua d’embrouiller tout ; de leurs chicanes se perpétua le chaos.

En vain Socrate veut-il étudier plus attentivement l’homme et ses attributs, sa faiblesse et sa force ; en vain invente-t-il sa psychologie ; en vain voile-t-il sous le nom de démon celui caché de Jéhovah, les sophistes qui

flattaient les passions populaires réussiront à le faire condamner à mort.

Prêcher l'immortalité de l’âme était la ruine du matérialisme ancien ; enseigner la croyance à un Dieu unique était le renversement des idoles.

Platon, fidèle disciple de Socrate, n’a pu sauver la vie à son maître, mais du moins, Ô piété touchante !

il se fait le continuateur de son œuvre ; il l'explique, la commente, la perpétue et à ses charmes naturels, il lui prête encore l'esprit sarcastique d’Aristophane et la beauté noble de Sophocle. 5

La théodicée de Platon se rapproche de la nôtre ; son Dieu est non seulement iniellirence et puissance, mais il est surtout amour. Créateur de la théorie des idées, il a rasé de son vol sublime les hauteurs de cette philosophie qui devait lui conquérir un admirateur, sinon un disciple dans la personne du grand Augustin, le fondateur de la méthaphysique chrétienne.

Platon rend service à l’antiavité ; celle-ci le méconuaît.—Il aide Ge ses

conseils Denis le tyran, et celui-ci le fait vendre comme esclave.

Aristote naît de Platon, mais s'éloigne de son tdéalisme pour aboutir exclusivement à l'expérience.

À la grande scolastique chrésienne sera donné d'épurer tous ces systèmes et de donner aux savants la véritable clef de la vraie science.

Comme Pythagore, Anaxagore, Socrate et Platon, Aristote, plus spiritualiste que l'école qu'il fonde, découvre et proclame un Dieu, cause première de l'univers, intelligence éternelle qui dépend d'elle-même et se suffit à elle-même. En dépit de ses services immenses rendus à ÂAlexandre de Macédonie, son élève, Aristote tombe en disgrâce et va mourir dans une île ignorée.

Ciceron crée la ge de la philo-

sophie à Rome ; il laisse entrevoir d’autres récompenses que celles décernées au Capitole ; Ciceron périt sous la hache des sicaires,

Sénèque enseigne la vertu dans la Rome corrompue des empereurs

LA OHARRUE. 21

Néron, déjà meurtrier de son frère et de sa mère, se fera l'assassin de son ancien maître. Sénèque devra s'ouvrir les veines du même fer avec lequel la vertueuse Pauline, sa femme, a aussi versé une partie de son sang.

Si maintenant des philosophes vous passez aux orateurs, aux poëtes, aux historiens, aux héros et aux grands guerriers qui ont jeté un si vif éclat sur leur patrie, que verrez-vous. Messieurs ? Quel triste spectacle viendra frapper vos yeux ? Tous, ou presque tous ne sont-ils pas chassés de leurs villes, jetés dans les fers, envoyés en -exil ou mis à mort ?

Le vulgaire ne pardonne jamais au génie ; l'impiété s’offusque toujours de la vertu. La gloire monte trop haut ; elle illumine trop le front de ses élus ; la bassesse abhorre la gloire.

L'on ostracise les hommes de bien, parce qu'ils sont reconnus justes !

Comme Saturne, les nations païennes dévoraient leurs enfants. L’aube de la civilisation chrétienne, l’ordre moral n'apparaissent pas encore à l’horizon des temps ; mais j'en vois pourtant les signes et les symboles par-

tout. J'entends le cygne de Man-

toue suppliant sa muse de s'élever et | de chanter ces temps prédits par la

sibylle et qui doivent nous donner l'enfant promis, lequel ramènera l’âge

d'or dans le monde.

‘“ Magnus ab integro sæclorum nascilur ordo.”

De fait la croix existe, mais ne règne pas encore ! Elle remonte pourtant à l’origine des temps, à celui de la chûte du premier homme, à l’époque de la première promesse, à l’occasion de la première faute, à l’ins- !

tant de la première menace. L'ordre moral est troublé par la révolte de l’homme ; la po en de la croix en répare déjà les outrages. Aussi se montre-t-elle, dans l’ordre physique, sous toutes les formes, façconnée de toutes manières ; l’épée qui protè l’homme est taillée en croix, le soc de la charrue qui déchire la terre est construit en croix; les flèches du paratonnerre qui protègent nos demeures constituent aussi une croix.

L'oiseau qui vole prend cette for me mystérieuse, ainsi que l’homme qui prie. L'arbre qui s'élève vers le

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ciel forme une croix, de même que le navire qui étend ses voiles.

À Rome même, la Statue élevée à la Piété publique, sur le Forum, se tenait debout les bras en croix.—Les Egyptiens plaçaient la croix dans leurs temples et un ancien empereur de Chine, pour prier, joignait ensemble deux morceaux de bois en croix.

Les actes les plus importants de l'Ancien Testament manifestent le symbole de la croix. La croix représentée par le serpent d’airain, sauve Israël en route pour la terre promise ; la croix, de nos jours, enseigne au peuple chrétien le chemin qui conduit à la Jérusalem Céleste.

Quand Jacob, le vainqueur de l’ange de la vie va être vaincu à son tour par celui de la mort, il fait le testament de la promesse ; il laisse sa bénédiction à ses descendants : il croise ses bras pour bénir Ephraïm et Menassès. Trois ans durant une sécheresse désolante a ruiné les peuples.

Eli s'élance dans les hautes solitu:

des du Carmel, et là, le front dans la poussière, il étend les bras en forme

de croix et fait monter de la mer le nuage qui ira rendre à la terre sa fraîcheur et sa fécondité.

Les Hébreux ont engagé la bataille décisive contre Amalech ; le sort est incertain. Moïse monte au haut de la montagne pour prier le Dieu des armées. Au sommet des montagnes, les bruits terrestres n'arrivent pas ; le Ciel semblé mieux écouter.—Le grand législateur d'Israël s’en fera alors le prêtre, il tend les bras en croix. Il ne représente pas seulement ce signe, cet étendard de là rédemption à venir, dans cette attitude respectueuse ; il devient croix vivante, croix priante, croix instable dont le pied touche le roc, et dont les bras chancelants sont soutenus, aussi longtemps que la victoire est incertaine, par la piété d’Aaron et la constance de Hur.

La croix est donc déjà un symbole, un signe, un mystère, un drapeau, un étendard, en attendant qu'elle devienne le sacrement de notre rédemption.

La malice humaine est à son comble; l’iniquité recouvre la terre ; l'anarchie remplit la cité ; le mal a

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souillé tous les peuples. Le crime défie toute description ; toute âme honnête se détourne à la vue des iniquités publiques et privées qui se commettent de toutes parts ;—toute oreille chaste se dérobe aux concerts d’obcénités que l’on entend partout.

Le Circle, le Théâtre, le Forum sont souillés de sang et d’infamie. La barbarie, la tyrannie, l’écrasement, la haine, la cruauté et la luxure sont partout ; l’honneur, la piété; l’espérance, la vertu nulle part. L'ordre moral est inconnu, l'ordre social renversé, l’ordre matériel détourné de son but. Un sensualisme grossier a corrompu l'individu jusque dans la moëlle des os ; un despotisme cruel écrase l’homme, comme l'artisan broie le métal. L’athéisme social règne, le sanctuaire de la famille est violé ; ses bases sont ébranlées. Elle n’a plus de lien. ; elle a oublié l'honneur ; elle ignore même jusqu'au nom de vertu.

Les nations se sont succédées le»

unes aux autres. Mais, à singularité de l’histoire ! Messieurs‘ nulle grande période, nulle époque remarquable qui ne soit partie d’une ruine quel-

A GORE EDR E NOR EPS ARNTE ETS PE

CR QE MT RENE AL D ME Me =

conque pour aboutir à une grande conquête. Ainsi en fut-il pour les peuples anciens tombant les uns sur les autres: L’Assyrie sur la Grèce, la Grèce sur l'Egypte, l'Egypte sur la Phénicie, la Phénicie sur la Judée.

Puis Rome tombant sur tous jusqu'à ce qu’enfin la croix de Jésus-Christ vienne s'implanter sur tous ces décombres et dominer toutes ces ruines.

De fait, si les empires modernes n'ont été créés qu'en vue du second avènement du Christ, tous les royaumes anticues ne paraissent avoir été fondés qu'en vue de la venue de l'Homme-Dieu. Le grand avènement accompli, leur raison d'être n'existait plus. Ils avaient dû leur élévation aux mêmes causes, leur grandeur aux mêmes vertus, leur punition aux mêmes crimes, leur décadence au même aveuglement, leur destruction si dt à ui même opiniâtre idoâtrie.

C’est l’heure du rachat du monde.

Je la salue déjà aux signes extérieurs qui se manifestent, à la frayeur des tyrans, à la défaite des faux dieux, à la rage de l'enfer, aux miracles qui suivent la résurrection, à la joie des

LA CHARRUX 27

saintes femmes, aux Alleluia des anges.

Déjà je vois que l’on se rallie autour d’un nouvel étendard ; une 8s0ciété nouvelle, empourprée du sang de 12 croix, naît à la vie; voilà donc cet ordre nouveau chanté par les poëtes, attendu par lés anciens, anse par les prophètes, proclamé par e ciel.

Je salue cet étendard que les apôtres dressent devant les nations :

Vexilla Regis prodeunt.

C'est ce drapeau du Christ qui s’élance à la conquête du monde, à la réforme des empires, à la régénération des sociétés. O vertu de la croix ! O puissance merveilleuse du sang ! L'eau du déluge avait suffi pour laver le péché de l’homme, mais il fallut le sang d’un Dieu pour racheter le crime de son esprit ; car le péché de l’homme se retourne surtout contre lui-même, mais le crime de son esprit s'élève directement contre Dieu.

L'homme aime l'inconnu, l’abîme l’attire, il cherche le mystère. Où

Poe)

en trouvera-t-il un plus grand que celui de la croix ? Aussi s’attache-t-il à ce nouvel emblème. La croix le régénère, l’ennoblit, lui rend sa liberté, le sauve. Symbole d'ignominie chez le païen, elle devient celui de la gloire ; signe de dégradation et d'opprobre chez les sociétés antiques, elle devient celui de la vénération et de l'amour.

O étrange changement ! la croix conquiert les cœurs qui jusque là n'avaient pas connu l'amour ;—elle soumet les intelligences, elle dompte les volontés, elle adoucit les mœurs, elle élève la justice, elle proclame la liberté ; aux tyrans, elle prêche la modération ; aux puissants, la douceur ; aux maîtres, la compassion ; aux esclaves, l’obéissance.

Ceux mêmes qui détestent la croix sont obligés d'admettre sa puissance, de même que ceux qui l’aiment : la haine est parfois un critère plus manifeste que l'amour. Le guerrier place la croix sur sa poitrine, le chevalier sur son cœur, le roi sur sa couronne. (C’est maintenant le cachet de la puissance, la marque distinctive

de la grandeur, l'éclat éblouissant de la gloire.

Elle orne le sommet de nos temples ; elle brille sur nos autels :; elle fait reverdir l'espérance jusque sur nos tombeaux.

Elle vient de sauver l’homme, elle élargit les bases du droit, elle rassérène l’ordre moral. Si la terre lui doit son salut ; les empires, leur tran-

quillité ; les sociétés, leur repos ; les | nations, leur stabilité ; l'Église lui doit | sa force, sa constance, sa résignation, sa persévérance et son zèle.

La civilisation reprend sa marche radieuse dans les sociétés ; elle se réaffirme ; elle reconstitue les bases morales détruites ou oubliées. La barbarie fait place à la croix; les ténèbres, au jour. Par la croix, la faiblesse devient force, le pouvoir

| succombe devant elle. Sortie des ’ profondeurs des catacombes, la croix, portée au dessus des aigles de l’empire, va triomphalement s'asseoir sur le trône des Césars :—C'est de là maintenant, que ses rayons vont briller sur l'univers. La force brutale est vaincue, l’ordre moral renaît, Ja

famille, cette grande assise des nations, est reconstituée.

Et comme pour se moquer de la force, le Dieu de la croix, s'appuiesur la faiblesse.—Sa religion avait commencé dans le sang, elle se raffermit par le martyre ; elle est continuée dans les larmes,

Quelquefois j'entends l’impie se moquer de la souffrance.

Ah !le malheureux :

Mais il ne sait donc pas à travers les orages

Ce qu’un souffle inspiré peut briser de nuages :

Mais il ne-sait donc pas qu’à l'ombre du saint lieu Sa force est infinie.

Et qu’un cri de douleur monte plus vite à Dieu Que l'élan du génie.

Ce cri de douleur suffit au ciel !

C’est à l'humilité et à la faiblesse que sera confié le glorieux privilège de porter l’étendard de la nouvelle civilisation chez ceux qui ne la connaissent pas encore. ÂAinsi, c’est de la main de Clotilde que les braves guerriers Francs reçoivent la croix, ‘ tandis que Théodelinde la fera cvanaître aux farouches Lombards.

Ceux-ci l’enseigneront à leur tour aux autres barbares en route pour

D rm

écraser le colosse romain. (C'est un

ancien petit esclave de la Gaule en Irlande qui retournera y planter la croix et faire connaître le christianisme dans cette île.—Les disciples de Benoît apprendront la foi nouvelle

aux peuples de la Suède, de la Nor-

vège et de la Crermanie, (Gtrégoire-le- Grand, étendu douze ans sur son lit de douleur, comme sur le bûcher de son martyre, conserve toujours l'énergie et la volonté de Pierre : c’est lui qui envoie Augustin porter la civilisation nouvelle aux Angles de la Grande Bretagne :

Vexilla Regis prodeunt.

Ainsi la civilisation catholique poursuivait, à travers les âges et au milieu des nations, sa marche bienfaisante.

Attaquée d’abord par la tyrannie, elle s’en rendit maîtresse ; combattue par les schismatiques et les hérésiarques, elle les vainquit ; persécutée par les impies, raillée par les pseudo-philosophes, reniée parfois par ses propres enfants, elle n’en continuait pas moins ses glorieuses évolutions vers l'Ouest.

Les empires passaient ; celui de Rome s'était divisé, à la mort de

Théodose, en 895, en empire Romain ou d'Occident, et en celui d'Orient ou de Bas-Empire. Le premier finit en 476 avec Augustule et ne fut restauré

u’en 800 avec Charlemagne, pour se

iviser en 888, à l’époque du démembrement de la puissance (Carlovingienne, et passer successivement aux mains des souverains de France, d'Allemagne et d'Italie. Il s’effondra vers 911 avec Louis IV, le dernier des descendants de Charlemagne, pour être rétabli de nouveau en 962, sous le nom de saint-empire Romain de la nation Allemande, par Othon le Grand.

Le despotisme musulman renversa l'Empire Grec en 1453 ; Bonaparte brisa celui d’Othon le Grand au commencement de ce siècle. Ainsi tout passait, tout s’effondrait, tout disparaissait dans les tourmentes politiques, au milieu des guerres désastreuses.

Une seule chose restait debout sur toutes ces ruines :—le christianisme.

—Un seul étendard planait victorieux au dessus de toutes ces défaites :— l’'étendard de la croix,

Mais, du fond de l'Allemagne part un cri de guerre |

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Écoutez, écoutez 1... Une voix s'élance et rugit, Comme un vent orageux, comme un RAR

C'est celle de Luther ; elle tonne, Tout s’agite ou s'allume, L'Allemagne déborde et sème le chaos, | Comme un vase enflammé qui laisse fuir à flots Sa bouillonnante écume. | Luther dévaste tout...

Son bras, pour couronner cette œuvre de l'enfer - Son bras est plus hardi, son langage plus fier ; Ce grand démolisseur qui sait si bien son rôle, R Frappe avec la parole fi " Et prèche avec le fer,

| L'erreur semble prévaloir en Europe ! À l'Occident, par de là les mers, de nombreuses tribus, plongées dans l’idolâtrie, courbées sous le joug de Satan, aitendent encore leur délivrance ;:—l'heure en est venue. Ce que l'Eglise perdra d’un côté, elle le reprendra de l’autre ; la croix traverse

, les mers avec Colomb ; c’est en son . nom que Cartier et ses compagnons

s'emparèrent du Canada.—Leur pre- . mier acte fut d'y planter une croix :

Vexilla regis prodeunt.

L'enfer s’agite, de sombres visions .

tourmentent Donnacona,—car le ciel prend possession de ce pays.—Alors

Eclatent dans les airs mille clameurs joyeuses Des voix chantant en chœur sur nos rives heu- [reuses, Comme un long hosanna, Et l'on vit voltiger des spectres diaphanes, Et l'écho sur les monts, dans les bois, les savanes Répèête : Agouhanna ! :

Ainsi la croix, aidée de l’Epée, va :

civiliser notre continent ; le rôle de ceite dernière vous sera développé dans la deuxième partie. |

IT

L'ÉPÉE DANS L'ORDRE SOCIAL Vives in gladio el fratri luo servies.

Sans doute, vous avez compris, qu'en parlant de la croix, comme je viens de le faire, je n'ai pas voulu entendre par là, la forme ou la matière périssable dont elle se compose.

Par cette idée, par ce mot, j'ai symbolisé toute la théorie, toutes les doctrines du christianisme, toute la philosophie catholique, tous les bienfaits de notre civilisation, toutes les gloires, toutes ‘les souffrances et tous les deuils de la vérité, —l’Eglise enfin :

l'Église avec ses larmes, ses combats, ses martyrs, ses espérances, ses bienfaits ; avec ses joies, ses revers, ses triomphes, ses victoires.

Mais l'Église seule, persécutée, sanglante, dont le berceau était un infâme gibet, dont la puissance n’était que ses larmes, les disciples que des ignorants, le fondateur qu'un soi-disant criminel auquel on avait préféré un

insigne voleur, dans sa propre patrie,

— l'Église, dis-je, comme ensemble de

doctrines nouvelles, mystiques, im-

palpables, spirituelles, célestes, n'au-

rait pas toujours été comprise par des

hommes grossiers, incultes, sensuels, barbares et esclaves,

À cette Eglise donc il fallait des auxiliaires, des appuis, des moyens humains pour conquérir les cœurs.

Et cette Eglise de paix, qui prêchait une parole de douceur, une doctrine d'humilité, une espérance d’amour, * dut appeler à son aïde le secours de l'épée !

L'épée chrétienne dans l’ordre social, signifie donc pouvoir judicieux, force civilisatrice, action bienfaisante, puissance légitime qui fait respecter la vérité, qui raffermit l’État, qui consolide le trône, agrandit la nation, maintient la famille et protège l'autel.

L'épée, symbole de l'autorité, re-

présente la croix dans sa conformation physique, comme dans sa signification morale.

Oui, chose digne de remarque, en effet, c'est que l'épée qui représente

la jus qui n nocer pour

parfa:

Or, a cot entièr l'hom:

coulé nu jt peuple justice qui e:

des pe les se teurs de l'a n frappe sang.

révolte va être embelli orné de

LA OHARRUÉ

la justice, qui exprime la possession, qui maintient l’ordre, qui venge l’innocent, qui fait respecter le droit a pour modèle régulier, pour archétype parfait, la croix elle-même.

Or, sur la croix, le sang d'un Dieu a coulé en telle abondance qu'il a entièrement lavé les iniquités de l'homme. Par l'épée, le sang a aussi coulé à flots jusqu’à ce qu'il ait obtenu justice et compassion pour les peuples. Si la gloire ennoblit, si la justice élève les empires, c’est l'épée qui est l'instrument du châtiment des peuples, pour les ramener, vers les sentiers de la croix, vers les hauteurs du Calvaire, vers les sommets de l'amour. L'épée,—c'est le fer qui frappe, qui corrige, et qui répand le sang. Or, le sang versé pour une cause juste et sainte possède une vertu puissante, un cachet spécial, une force particulière.

L’épée se retrouve partout.

Quand l’homme par son audacieuse révolte a perdu son empire, quand il va être à jamais chassé de cet Eden, embelli par la main de Jéhovah, orné de toutes les splendeurs d’une

création divine, de quoi l’ange exécuteur de la sentence incommutable contre le prévaricateur est-il armé, sinon d’une épée flamboyante? Il se place ensuite à la porte du Paradis terrestre pour en fermer les avenues à Adam et à sa malheureuse postérité.

Depuis lors l'épée fut l’arme des nations les plus civilisées.—Les anciens Perses, les héros grecs devant Troie, les Spartistes, les Athéniens, les Romains, les Gaulois, les Groths et les Espagnols s’en servirent dans leurs sanglants combats.

Chez les Romains, on plantait l’épée devant les Préteurs, comme attribut de leur puissance ; les Préfets du

3 Prétoire la portaient comme marque de leur dignité. Chez eux, comme de nos jours, ceux qui se rendaient à l'ennemi, se dépouillaient de leur épée pour la remettre au vainqueur.

La France gouvernementale qui a perdu le sentiment de la croix, semble plus n'avoir la force de tenir l'épée ; elle ne sait plus manier que l’instrument Go crocheteur : elle tremble devant le Prussien ; ses armées plient

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