Arts sompiuaires, T. I, pi
6. Gaussen, Portefeuille archéologique de Champagne, émaux, pi. 47.
le bandeau des Vertus de la crosse du xii* siècle, mais une véritable couronne, comme celle de vicomte, surmontée de trois perles.
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Chacune d'elles a un bouclier différent : La Charité^ le bouclier du commencement du XI* siècle; la Mansuétude, un de la fin, tandis que la Sobriété a celui du x*. Ce sont là de menus détails ; ils montrent toutefois que, si tous ces modèles ont un original commun, il s'est trouvé modifié quelque peu par les coutumes du temps ou rignoranoe des mœurs passées : il est bien certain que si Ton retrouvait aujourd'hui le manuscrit de Prudence du ix* siècle, d'après lequel on doit penser que fut fait celui de Lyon, on aurait, en le comparant avec ce dernier, les mômes petites nuances de détails, que nous ne pouvons apprécier maintenant faute de connaître l'orîginaP.
Or aucune des Vertus de la crosse, dite de Ragenfroid, ne présente de ces dissemblances, toutes ont bien le môme costume, se rapprochant de celui du xi* siècle, tel que tous les maîtres le décrivent : nous avons donc Meu de croire que cette uniformité ne doit pas être négligée dans l'étude archéologique que nous faisons.
Il y a longtemps que, dans un article sur les émaux, Longpérier avait remarqué que l'armure de Goliath se rapprochait de celle des guerriers de la tapisserie de Bayeux^. Mais n'ayant aucune solution à offrir où cette donnée put être de quelque poids, il n'y attachait d'autre importance que celle d'aider à dater la crosse de Ragenfroid. La manière dont sont traitées les armes de Goliath indique, au contraire, une parenté très étroite avec îa tapisserie de Bayeux : l'artiste qui a exécuté la crosse devait, ainsi que ceux qui ont brodé la tapisserie de Bayeux, vivre au milieu des guerriers normands : aucun détail de l'armement n'y est en effet oublié; pas plus le heaume avec son cercle ciselé et son nasal, la brogne avec le capuchon, la guiche du bouclier, que les heuses, la courte lance, l'espie avec le gonfanon. Le bouclier, il est vrai, n'est peutêtre pas de la forme absolument exacte des boucliers de la tapisserie; il devrait avoir les coins arrondis, il les a carrés : sur la tapisserie de Bayeux, il y en a de toutes espèces, mais un seul y parmi tant d'autres ronds, carrés, en amandes, peut f^e comparer avec celui de Goliath. Il se rapproche de ceux que nous voyous sur les sceaux du xn* siècle^ mais il est proportionnellement beaucoup plus grand, il couvre presque tout GoUath, rappelant ainsi l'armement du xi* siècle, tandis que ceux des guerriers qui dorment au pied du sépulcre, quand les saintes femmes viennent apporter des parfums au tombeau de Jésus-Christ, sur le retable d'Eilbertus ont précisénienL le bouclier plus court des sceaux du xn" siècle. L'armement de Gohath indiquerait donc
\ . Tous les manuscrits et les miniatures de Prudence, antérieurs au xiii*' siècle, ont un original commun, lequel servit inconsciemment de modèle à tous les artistes qui
recopièrent la Psychomachie.
t. Cabinet de l'amateur, Paris, 184ï, 1. 1, p 3. Demay, Le costume d^aprU les sceau^c.
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une date à fixer entre la tapisserie de Bayeux et le livre de Mélissende, c'est-à-dire qu'on pourrait comme époques extrêmes placer son exécution entre 1090 et 1140.
Dans une des dernières lettres que je viens d'échanger avec M. Carrand, à propos de l'enroulement qui se trouve dans le triangle des encadrements du nœud de la crosse*, ce dernier me fait remarquer que la fleur, dont je lui parle , se retrouve dans la volute, variée, modifiée et qu'elle a certainement été inspirée par les iris, les glaieuls et autres plantes de la môme famille. L'iris n'est-il pas la véritable fleur des Normands, celle qu'on retrouve sur tous les monuments sculptés, sur les pavages, et qu'ils portent même avec eux dansleiu^s conquêtes, jusque dans l'Italie méridionale^? Les animaux chimériques ciselés sur le haut de la volute qui termine la crosse semblent copiés sur ceux de la bordure de la tapisserie de Bayeux.
Il n'est pas jusqu'au nom de Willehnus qui ne soit normand. Ce n'est point que j'adopte le système d'Auguste Franks, qui, pour donner à cette crosse ime origine rhénane se basait uniquement sur l'orthographe de WillelmuSy commençant par un W, tandis que, pensait-il, un Français eût écrit Guillelmus ; nous ne manquons pas de preuves contraires ; sur la tapisserie de Bayeux, nous lisons Willelmus et dans maintes chartes du xn* siècle, nous trouvons Willelmus dans les provinces du centre de la France '.
Qu'un travail normand ait en effet les caractères des pièces du Nord, il n'y a rien d'étonnant. M. de Ponton d'Amécourt ♦ rappelle que les habitants du diocèse de Bayeux se nommaient les Saxones Baiocassini^ que les côtes de la Manche s'appelaient litttis Saxonicum et qu'au x* siècle les habitants de Bayeux se servaient encore de la langue danoise : il y avait des rapports fréquents entre la Normandie et l'embouchure du Rhin et de la Meuse, et l'art des habitants de ce dernier pays eut dès lors toutes les facilités pour influer sur les goûts et les travaux des habitants du littus Saxonicum.
Voilà les éclaircissements que j'ai cru pauvoir apporter à une question qui a passionné les archéologues. Paraltront-ils probants, je l'espère ; j'aurai eu, du moins, la bonne fortune de faire admirer aux érudits un monument bien célèbre, et en même temps bien peu connu.
F. DE MÉLY.
4. Mély, Origvne de la majolique française^ Gaz. des B.'A, t. XXXI, 91 par., p. 239. Pavé provenant de Tabbaye de Longues.
2. H. Baladin, dans la Gazette des Beaux-Arts, 4884, décembre, p. 524, donne le dessin d*un chapiteau de Santa Maria Maggiore de Barletta, composé de rinceaux et de palmettes, qui est dans le même ordre d'idées que
le nœud de notre crosse, et Ton sait combien Fart normand eut dMnfluence sur Tart du Moyen-Âge dans la Fouille.
3. Plusieurs chartes du xi« et du xii« siècle, dans le manuscrit latin 40I0S delà Bibliothèque nationale (Cartutaire de V abbaye deJosaphat), sont signées par Willelmus,
4. Procès-verbaux de la Société archéologique d'Eureet-Loir, t. VU, 4886, p. 254.
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