T. XIX, 4Î
Ce n'est, il est vrai, qu'en plein xii* siècle que les Verttis et les Vices font leur apparition sur les sculptures de nos cathédrales : elles sont représentées dans le costume des femmes du xii* siècle, comme à Civray*, ce qui au fond est pour les artistes de cette époque la véritable manière de comprendre Tillustration de la Psychomachie de Prudence, ou bien, comme à Sens où les attributs jouent le rôle principal. Mais c'est bien plutôt dans les manuscrits qu'il nous faudrait chercher des points de comparaison. Si c'est un moine artiste qui a fait la crosse dite de Ragenfroid, c'étaient aussi des religieux qui dessinaient les miniatures, laissant aux maîtres imagiers le soin de décorer les monuments en puisant dans les manuscrits qui en furent les précurseurs artistiques, les chefs-d'œuvre qu'ils firent naître sous leur ciseau. J'aurais voulu pour ma thèse citer un manuscrit îDustré de la Psychomachie de Prudence, du commencement du xu* siècle : celui qui s'en rapproche le plus comme date est le manuscrit du xn* siècle de TAcadémie des Beaux- Arts de Lyon 2; il ne peut malheureusement nous fournir aucun renseignement : l'artiste qui l'illustra copia certainement un manuscrit du ix* siècle; le costume de la Patience est en effet celui des chefs francs du ix** siècle, il en a les bambergues, le halsperg, la cotte, le casque côtelé, le bouclier rond^; les vêtements de la Médecine accompagnée des Sciences y sont ceux des femmes de Charles le Chauve que Willemin a gravés.
Tant qu'il a fallu se contenter pour connaître le monument qui nous intéresse, de la gravure de Willemin, on a dû forcément laisser de côté certains détails, auxquels il était impossible de s'attacher. Mais la photographie n'interprète pas, elle reproduit et nous devons ici détailler les costumes. Pour V Idolâtrie, la coiffure est celle du xi* siècle, il ne faut que la comparer à celle de Blanche, femme de Robert*; elle a simplement le bliau, le costume 'dès femmes du xi* siècle, tel qu'il est indiqué par Louandre^ et pas encore la gippe des statues du xii* siècle des portails de Saint-Spire de Corbeil et de la cathédrale de Chartres.
On pourrait ici nous objecter que le coffret de la cathédrale de Troyes est décoré du même sujet et qu'il est cependant du xni* siècle. Gaussen l'a reproduit® et Lebrun Dalbanne, auquel nous devons le texte qui accompagne la gravure, semble être allé au devant de l'objection. Lui aussi, n'a gardé d'omettre le rapprochement à faire entre le coffret et la crosse, dite de Ragenfroid, qu'il pense être du x* siècle, disant que le coffret fut fait certainement siu* le même patron qui devait se transmettre de génération en génération. Mais comme pour le dessin de Willemin de la crosse dite de Ragenfroid, Yinterprétaiion de Gaussen me faisait hésiter; M. de Saint-Maurice a bien voulu décalquer pour moi, sur le coffret lui-même, la coiffure des Vertus : elles n'ont plus