‹ La Crosse dite de RagenfroidChapitre 5 sur 11 · Viollet-le-Duc, Orfèvrerie, p · texte numérisé non relu

Viollet-le-Duc, Orfèvrerie, p

qui avaient leur atelier plus ou moins inaportant : c'est probablement de Saint-Denis que sortit le devant d'autel dont Suger fit plus tard le retable qu'un peintre de l'école de van Eyck a reproduit dans un de ses tableaux* : l'existence de l'atelier de l'abbaye de Saint-Alban, en Angleterre, est bien établie par les noms de Willelmus, de Walterus, de Richard l'Orfèvre, dont les Additamenta de Mathieu Paris à sa Chronique mentionnent les comptes au xiii'' siècle^.

Pendant tout le MDyen-Age, c'est dans les monastères que l'art trouve asile : les preuves de ce fait sont nombreuses, nous n'avons pas seulement les comptes, nous avons aussi maints textes, maints obituaires^. En France, les abbés de Grandmont et de Conques; en Allemagne, saint Bernward, évêque d'Hildesheim, qui travaille de ses mains et forme des élèves*; en Russie, les métropolites Macaire et André Roublef^; au mont Athos, les religieux qui gardent pieusement le Manuel de Peinture que nous ont rapporté Didron et notre regretté ami Paul Durand, conservèrent la tradition de l'art et lui permirent de survivre aux invasions, aux luttes politiques, aux attaques de tous genres auxquelles certainement, sans la protection de l'Eglise, sans le calme des cloîtres, il n'eût pu résister.

Ce ne sont pas les détails qui manquent sur les rapports artistiques des différentes abbayes, même des pays les plus éloignés : ils montrent combien fut étroite, bien que le lien nous échappe souvent , parce qu'il n'en est pas resté de traces écrites, la parenté qui existe entre différentes pièces artistiques, qui ont nombre de points communs, bien que fabriquées fort loin l'une de l'autre. L'abbé Texier, dans son Manuel dépigraphie limousine^ ^ aux pièces justificatives, nous montre les voyages faits par les moines de Grandmont en Auvergne, à l'abbaye de Siegbourg, en Allemagne, nous précisant ainsi l'influence que ces déplacements durent avoir sur le développement de l'émaillerie dans le Limousin.

Lorsque, dans la Gazette des Beaux-ArtSy je traitais la question des Origines de la majolique française'^ ^ nous avons vu les mêmes procédés employés presque en même temps dans les monastères du même ordre les plus éloignés, en Normandie et en Poitou, et M. A. de Barthélémy, dans sa Notice sur les carreaux historiés et vernissés^, signalait dernièrement le même fait. C'est que l'esprit de confraternité qui règne dans tout ordre monastique faisait adopter dans beaucoup de ses maisons les mêmes procédés d'art, et c'est ainsi que, tout en se rattachant à l'école du Nord, la crosse dite de Ragenfroid peut parfaitement être l'œuvre d'un atelier conventuel assez éloigné de Cologne ou Verdun. Nous allons essayer, par des rapprochements artistiques, d'émettre une hypothèse sur son lieu d'origine.

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