Bulletin monumental, 4887, p
Après une étude .longuement approfondie on est, sans s'en rendre bien compte, porté à tout lui comparer : c'est ce qui est arrivé à M. de Bastard. Le soin avec lequel il a relevé les délicates illustrations de VHortics deliciarum dont M. Robert de Lasteyrie éditait quelques-unes dernièrement dans la Gazette archéologique^ l'avait poussé à comparer la crosse dite de Ragenfroid avec les miniatures du livre d'Herrade de Landsberg, qui date de 1175 environ. Au premier abord, peut-être y a-t-il, en effet, quelques points de ressemblance : mais il faut examiner les détails. Sont-ce les Sirènes de la planche 4 (1885), avec leurs longues manches flottantes, qui ont le même costume que les Vertus de la crosse au vêtement serré? Sont-ce les deux guerriers de la planche 5 qui ont la même armure que Goliath? Mais Tuna le casque conique arrondi, l'autre, le casque bombé : ils ont un haubert à chausses, tandis que Goliath a un haubert juponné. Le bouclier lui-même diffère; celui des compagnons d'Ulysse est à coins arrondis, celui de Goliath à coins carrés. Peut-être dans l'arbre généalogique du Christ (planche 8, année 1884) penseraiton rencontrer, à travers les enlacements, des rinceaux rappelant ceux du nœud de la crosse, mais s'il y bien là la feuille d'ache, elle est plus tourmentée dans le manuscrit que sur le cuivre.
De la môme époque et de la même école est le magnifique retable du Trésor du roi de Hanovre connu sous le nom d'Eilbertus de Cologne ; S. A. R. le duc de Gumberland a bien voulu autoriser l'éminent docteur Neumann à m'en communiquer les photographies, je lui en adresse ici tous mes respectueux remerciements^. Grâce à elles, j'ai pu constater le rapport qui existe entre les émaux rhénans et les miniatures allemandes de la même époque ; les scènes de la vie de la Vierge (scène VII), du rétable, nous montrent en effet les femmes, dans le costume bien caractéristique du xn* siècle, semblable à celui des statues de nos cathédrales, et les guerriers endormis au pied du tombeau du Christ (scène X), ont le casque pointu sans nasal, le bouclier court, le haubert à chausses; notre crosse porte donc des caractères sensiblement plus anciens que ceux de ces deux pièces, l'Eilbertus coloniensis de 1160 et l'Herrade de Lansdberg de 1175, bien contemporaines l'une de l'autre et qui peuvent, par conséquent, servir de type précis dans une discussion entièrement basée sur des rapprochements artistiques.
De la fin de la première moitié du xii" siècle, nous avons les plats de couverture au livre de Mélissende, fille de Baudoin II, roi de Jérusalem, épouse de Foulque V d'Anjou, morte en 1160 : ils furent exécutés en Palestine; du Sommerard dans son album^ et le P. Cahier dans ses Nouveaux mélanges {Ivoires, p. 1) les ont reproduits, quand ils étaient en Angleterre. Nous y retrouvons tous les sujets de notre crosse; la vie de David, dans des médaillons entre lesquels les Vertus combattent les Vices. Comme ce livre fut exécuté à l'étranger et qu'il représente des sujets essentiellement occidentaux.
i. 4884, p. 58, pi. 8, 9, 40. — 4885, p. 47, pi. 4, 5, 6.