‹ La Crosse dite de RagenfroidChapitre 8 sur 11 · Les arts au Moyen-Age · texte numérisé non relu

Les arts au Moyen-Age

il fut fait sur un patron nécessairement de la première moitié du xn* siècle ; nous y trouvons déjà une certaine modification des costumes de notre crosse, bien qu'ils s'en rapprochent beaucoup plus que l'Eilbertus et VHortus deliciai'um : ni Goliath, ni Largitudo n'ont de nasal à leur casque, VHumilitas, au contraire, porte le costume des femmes du nf siècle, tel que nous l'avons sur notre crosse.

Labarte, avons-nous dit, l'attribuait au xi"* siècle ; il n'a pas malheureusement développé les motifs de son appréciation, ni suffisamment indiqué à quelle portion du xi* siècle il le rattachait; l'abbé Texier, au contraire, indiquait la comparaison qu'il avait faite entre le David de notre crosse et le David du Trésor de Conques de la fin du xi' ou du commencement du xn* siècle. Dans des questions commes celles que nous traitons , il est nécessaire de naviguer dans une période d'un demi-siècle : le genre et le style ne varient pas nécessairement avec le millésime; ce sont donc deux dates extrêmes qu'il faut indiquer comme époque hypothétique ; nous tentons de le faire aujourd'hui. Nous venons d'essayer de démontrer que notre crosse était antérieure d'abord à l'Herrade de Lansdberg, à l'Eilbertus, enfin aux plaques de reliure de Mélissende dont la date peut être fixée entre 1140 et 1150. Nous voudrions indiquer maintenant la date extrême que nous pensons pouvoir fixer comme limite antérieure de fabrication.

On est toujours tenté de vieillir un monument. On ne se préoccupe pas assez de la lenteur avec laquelle les procédés se modifiaient alors. Cependant, si la forme de la crosse par elle-même ne peut fournir une date absolument précise, elle indique une époque : il faut remarquer que la plupart des crosses authentiques du xi* siècle, que nous connaissons, affectent la forme éminemment simple de celle dite de Ragenfroid : celle de Siegebourg attribuée à saint Annon, évêque de Cologne (1056-1075) S celle trouvée dans l'église Toussaint d'Angers 2, celle de saint Godehardj évêque d'Hildesheim (1082-1038)^ ainsi que la petite crosse de plomb du tombeau de Guillaume II, abbé de Fécamp, au xi* siècle, sont toutes terminées par ce petit serpent à oreilles et affectent la même simplicité.

Au commencement du xii* siècle, nous en trouvons encore de cette forme simple : celle d'UÏger, par exemple, évoque d'Angers (1125-1149), dont Gaignières nous a conservé le dessin*, celles, au contraire, du plein milieu du xii* siècle, de l'église Toussaint d'Angers ^ celle reproduite dans les Annales archéologiques^ y ont l'intérieur plus chargé, plus rempli. Mais, comme je le disais tout à l'heure, nous ne pouvons avec cela seul fixer notre opinion : les sujets de la crosse et la manière dont ils sont traités vont nous aider dans notre tâche.

1 . p. Cahier, Nonmanix mélanges d'archéolaçU, Ivoires, p. i6.

t. Bulletins des comités historiques, 4849, d« 8, p. 491.

3. Barraud et Aug. Martin, ap. Mélanges d^ archéologie, t. IV, p. 486, pi. 47.

4. GaignèreA, Tombeaux et épUaphes^ Anjou, fig. 470, et reproduit dans Viollet-le-Duc, Dicl. du mob., t. II,

pi. XLVI.

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