‹ La croyance générale et constante de l'Église touchant l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge MarieChapitre 167 sur 279 · CCXXXV. — EVORA (Portugal · texte numérisé non relu

CCXXXV. — EVORA (Portugal

François Annes de Cauvalho, Archevêque d’Évora. écrivant à notre Saint-Père le Pape, sous la date du 1* janvier 1850, allu mait que le clergé et le peuple de son diocèse désiraient ardemment la définition dont il est parlé dans l'Encyclique du février 1849 ; que, depuis plusieurs siècles, la dévotion des lidèles de tout le royaume du Portugal envers l’Immacitfée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie était si notoire, qu elle ne pouvait être révoquée en doute; que tous confessaient que la Mère de Dieu a été conçue sans aucune tache, et qu’ils le croyaient comme doctrine de l’Eglise catholique ; que, par conséquent la décision touchant cette

(I ) Mandement du 2 juillet 4845. — Voyez Arc, Gap.

^2) Eptncssini, die 15 oct. 1854 : 1*areri, clc. , vol. IX, npp, II, pag. 48.

prérogative n’offrirait rien de nouveau pour les Eglises du royaume, se trouvant conforme à la doctrine qu’on y enseignait partout et qui était professée par l’université de Coïmbre. Il ajoutait, pour ce qui le concernait personnellement, qu’il avait toujours tenu fermement au sentiment qui exemptait la très-sainte Mère de Dieu de toute tache du péché originel, et qu’il avait constamment enseigné et défendu cette doctrine : d'où l’on peut conclure, comme il le disait luimême, qu’il désirait une décision solennelle en faveur de l’immaculée Conception, et qu'il la recevrait avec joie (1).

CCXXX'VI. — ÉVREUX (francs).

Lettre de M. Olivier, Évêque d’Évreux, à Notre Saint-Père le Pape, sous la date du 16 avril I H 40 : « Très-Saint Père, pour obéir aux ordres de Votre Sainteté, j'ai convoqué les théologiens les plus capables de mon diocèse, je les ai réunis à mon conseil épiscopal, et, après les avoir interrogés et entendus, après avoir longtemps étudié, et médité en présence de Noire-Seigneur Jésus-Christ au très-saint Sacrement de l’Autel, après avoir humblement conjuré l’Esprit-Sainl d’avoir pitié de ma misère et de ma profonde ignorance, voici ma réponse aux questions posées par Votre Héatitude dans la lettre admirable du 2 février dernier :

« l°Je ne crois pas qu’il soit opportun d’agiter dans les temps présents la question de l’ImmaculéeConception : l°parce qu’elle n’est attaquée par aucun catholique, et qu’elle n’a jamais été plus généralement admise que dans notre siècle ; 2° parce que beaucoup de protestants, réconciliés par notre bien-aimé et Saint Pontife avec la Papauté, sont en voTe de retour, et que rien ne serait plus capable de les éloigner que l’obligation qui leur serait faite de cesser de regarder comme une opinion la croyance de l’immaculée Conception.

(1) Iode ridcrc jam est me decisioncm illam soleinncm non lantum exoptare, *ed etiam p mdeuler susceptumm. Eboræ, die \ januarii 1850 : I’auehi, etc., vol. III, pap. 2U8.

« 2° Je ne crois pas les passages de l’Écriture Sainte assez précis, ni le langage de la Tradition assez explicite, assez constant dans tous les siècles, pour que cette opinion, toute certaine qu’elle me parait, puisse être érigée en dogme de foi. Les régies posées par les théologiens semblent s’y opposer. Notre grande force, quand nous discutons avec les hérétiques, est celle de saint Vincent de Lerins : Quod semper, quod ubique , quod ab omnibus traiitum est, etc.

« Par ces motifs, qu’il me semblerait peu convenable et parfaitement inutile de développer h Votre Sainteté, je la conjurerais de s’en tenir aux exemples de ses vénérables Prédécesseurs sur le Siège Apostolique, et de laisser parmi les oppositions {opinions ) cette sainte opinion que Bossuet appelait la plus certaine des vérités [parmi celles qui n'étaient point déjinies par l'Église).

«J'ai d’autant plus de confiance, Très-Saint Père, à exposer ce sentiment, que je professe avec plus de conviction la certitude de celte proposition : Marie a élc conçue sans péché.

« Par avance, je déclare me soumettre au jugement du Saint-Siège Apostolique et de la majorité des Evêques (I). »

Nous ferons remarquer ici que, s’en rapporter au jugement du Siège Apostolique, c'est par là-même s’en rapporter au jugement de la majorité des Évêques ; ou, en d’autres termes: Ou ne peut être soumis au jugement solennel du chef de l'Eglise sans être par là même d’accord, je ne dis pas avec la majorité des Évêques, mais avec tous les Évêques, qui sont en communion avec la Sainte Eglise Komainc, la Mère et la Maîtresse de toutes les Eglises. Quand le Pape juge, décrète ou délinil une question dogmatique du haut de la Chaire de Bfcrre, le Prince des Apôtres, il a pour lui tous les Evêques orthodoxes; il ne peut rencontrer d’opposition que de la part de ceux qui ne respectent pas plus les majorités que l'autorité du Chef suprême de l’Eglise, du Vicaire de Jésus-Christ, parlant au nom de Jésus-Christ.

(i) Hvrcui, le 16 avril 1840. Celle lellrc, qui csl écrite en français, se trouve rapportée clan* les Parem, etc., vol. I, pag. 100.

Du reste, nous nous félicitons de pouvoir rapporter, pour ce qui concerne l'Eglise d'Évreux, quelques renseignements qui nous ont été fournis par l’abbé Delanoc, doyen du chapitre de la cathédrale de celte ville et Vicaire Capitulaire du diocèse. Voici ce qu'il nous écrivait sous la date du i 7 lévrier 1855 : « Il serait bien malheureux que le diocèse d’Evreux ne figurât pas parmi ceux qui. ont toujours été le plus dévoués à la Très-Sainte Vierge sa Patronne et se sont le plus réjouis de ses privilèges. Eu 1264, Raoul de Grosparmi.que le Souverain Ponlile Urbain IV avait, deux ans auparavant, créé Cardinal et transféré du Siège d’Evreux à celui d’Albano en Italie, fondait dans l’Eglise d’Evreux, qu’il venait de quitter, deux chapellenies en l’honneur de Y Immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge. Celte pieuse croyance existait donc à. Êvreux il y a 6C0 ans. et nul doute qu’elle n’y existât auparavant. La fêle de la Conception y a toujours été très-solennelle jusqu’en 1791... Lorsque l’ancienne liturgie fut réformée en 1738, on conserva l’octave de celte fêle, quoiqu’elle fut supprimée dans le Bréviaire de Paris que l’on adoptait. Le jour de cette fête, on exposait le Très-Saint Sacrement à l’autel de la Sainte Vierge par suite de la fondation d’un ancien chanoine de la cathédrale. Cet usage constamment respecté, et supprimé par feu M. Olivier, a été rétabli à la fête dernière par le Chapitre. En 1839, feu M. du Chatelier, Évêque d’Évreux, de vénérable mémoire, joignit ses instances à celles de M. l’Archevêque de Rouen (le Cardinal de Croy) son métropolitain, pour obtenir du Souverain Pontife l’autorisation d’insérer dans les Oraisons et la Prélace de cette fête le mot lmmaculata ; ce qui a été observé dans tout le diocèse depuis cette époque.

« La croyance à ce glorieux privilège de Marie me parait avoir toujours été celle des fidèles aussi bien que celle du clergé du diocèse; je l’ai toujours entendu prêcher, je l’ai prêchée moi même, non comme une nouveauté, mais comme ce que l’on croyait partout ; j’ai soixante et dix ans passés, et dès mon jeune âge j’ai reçu cet enseignement, en apprenant

le catéchisme; jamais je n'ai entendu élever le moindre doute à ce sujet... Puisse Sa Sainteté être informée des sentiments qui animent le diocèse d’Évreux, et du bonheur qu’ont éprouvé les prêtres et les fidèles en apprenant que ce qui a été cru, depuis les temps les plus reculés, au sujet de l'immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge, est une vérité dont il n’est plus permis de douter (11. »

Nous ajouterons : Le Itiiuel réimprimé en 1835, parl'ordre de Charles-Louis de Salmon du Chatelier, Évêque d Évreux, nous offre une autre preuve authentique de la croyance decette Église touchant l'immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Ce Rituel contient, à l’article des annonces que les curés doivent faire au Prône, la formule suivante concernant la fêle de la Conception : « Le 8 du présent mois ( de décembre), se célébrera la fête de la Conception de la Très- Sainte Vierge. Nous devons en ce jour admirer la grâce spéciale que Dieu a laite à Marie en la préservant de la tache du péché originel. 11 était en effet de l'honneur du Fils de Dieu que la Mère dont il devait naitre fût plus sainte qu’aucune des créatures, et qu elle n eût point de part a leur corruption (2). »

Cette formule ne date pas de 1833 ; on la trouve dans le Rituel imprimé en 1741, par l’ordre de Pierre- Jules-César de Rochechouart, Evêque d’Evreux (3).

CCXXXVll. — FABRIANO et MATELICA (états pontificaux).

Réponse de François Faldi, Evêque de Fabriano et de Matelica, à l'Encyclique du 2 février 1849 : « Très-Saint Père, conformément aux intentions de Votre Sainteté, contenues dans vos lettres écrites de Gaëte sous la date du 2 février de l’année courante, l’Évêque de Fabriano et de Matelica a prescrit des prières publiques ; le peuple et surtout le clergé ont

(1) Évreux, le 17 février 1S55.

(2i Rilael du Diocèse d'Évreux, etc. ; Dijon, 1853, paç 163.

(3) Rituel du Diocèse d’Kvreux, etc. ; Parit. 1741, part. II, pag. 138-

répondu avec autant de piété que d’empressement h cette prescription ; car ce peuple est animé d’une dévotion tendre et affectueuse envers la Mère de Dieu. 11 se réjouit toujours de ce qui peut contribuer à la plus grande gloire de la Vierge Marie ; et le même Évêque, interprète des désirs du clergé et du peuple, demande avec instance que Votre Sainteté décrète, par un jugement solennel, que la Bienheureuse Vierge Marie a été réellement conçue sans tache. 11 s’abstient de parler des raisons intrinsèques qui peuvent motiver ce jugement; car ces raisons ont été exposées et développées par des hommes aussi distingués par leur science que par leur piété. Il croit lui-même à l'immaculée Conception de la Bienheureuse Marie, comme si elle était de foi. et il est persuadé qu’il ne manque à cette croyance que le jugement solennel de Votre Sainteté ; car la Chaire de Pierre et l’Eglise universelle ont parlé assez clairement, quoique d'une manière implicite ; elles ont parlé même d’une manière expresse. Déjà depuis longtemps l’Église universelle célèbre la fête de la Conception de la Mère de Dieu, avec l’approbation de la Chaire de Pierre... Que Votre Sainteté, qui peut compter sur la lumière infaillible de l'Espril-Sainl, fasse donc entendre sa voix; l'Evêque suppliant ose vous soumettre en toute humilité son propre sentiment, savoir que uon-seulement on peut, mais qu’on doit entin décréter solennellement cette Immaculée Conception , quoiqu’elle ait déjà été reconnue et approuvée, mais sans solennité, par l’Eglise universelle ; car il n’est plus aucun peuple catholique, plus aucun fidèle, qui ne croie, qui ne chante, qui ne célèbre l’immaculée Conception (i). »

D’ailleurs, M. Faldi, faisant partie de la réunion des Évè-

(t j Beatitudo Vestra igitor, lumine infallibili Spiritus Sancti sccura, dccemat: huimliinieque Episcopus orator audet subjicere proprnim sensum, vidclicel, quod non solum posait sed debeal tandem talcmniur decerni ilia Immaculata Conceptio jam probata et ata tu ta, quamvia usque adhuc sine soleninitate, ab universa Ecclesia ; cum nullus amplius populus callioliena, nullus ci fideltbua existât qui non crcdat’, non canat, non celebret Conccplionem Iramaculatam Pansai, etc., aol lit, pag. 372.

«nés assemblés à Lorette en 1830, a souscrit la lettre par laquelle ces Prélats exprimaient au Saint-Père le vif désir que Sa Sainteté définit comme doctrine catholique de la sainte Eglise, que la Conception de la Bienheureuse Vierge Marie a été entièrement exempte de toute tache du péché originel (I).

CCXXXVI11. — FAENZA (états pontificaux).

Jean-Benoit Des Comtes F oi.icai.di , Évêque de Iaenza,

<2 février 18 W: « Très-Saint Père, il est certain que, dans mon diocèse, le clergé et le peuple sont animés d’une grande dévotion envers l’immaculée Conception de la \ierge Marie; et leur joie n’a pas été moins grande, lorsqu ils ont appris que le Siège Apostolique se proposait de définir cette prérogative par un décret. Mais si le clergé et le peuple désirent vivement cette définition, que Votre Sainteté soit assurée que je la désire moi-même très-ardemment. Déjà, dans ce diocèse, aux applaudissements de tous, on ajoute aux Litanies de Lorette cette invocation, Reine conçue sans lâche ; le clergé récite l’Office et la Messe de la Conception de la Très-Sainte Vierge, comme cela se pratique à Rome ; et cela en vertu des décrets de la sacrée Congrégation des Biles, approuvés par votre prédécesseur Grégoire XVI et par Votre Sainteté. Voilà ce que j’avais à répondre à vos très-vénérées Lettres Encycliques, en vous priant avec instance, tant en mon nom qu'au nom de mon clergé et de mon peuple, de vouloir bien décréter par un jugement irréfragable de Votre Sainteté, que la Mère de Dieu a été conçue sans tache, elle qui est le fondement de toute notre confiance. Dieu ayant mis en elle la plénitude de tout bien; de sorte que. si l’espérance, si la grâce, si le salut est en nous, nous sachions que nous en sommes redevables à Marie (2). »

(1) Voyei Ferho.

(2) Sic cnunliatis veneratissimis Encydi» Utleria ingénue rcspondemlum mihi pmi, et insimul cleri pojmlique moi nomine eniiiu» ailprecandum, ut SauctiUs

CCXXXTX. — FANO (états pontificaux).

Louis Des Comtes de Carsinooi, Evêque de Fano, répondit en 1849 !a l'Encyclique du 2 février de la même année, que, d’après les renseignements qu’il avait recueillis lui-même, il ne craignait pas d'affirmer que les chanoines, les vicaires forains, les curés et autres prêtres, tant séculiers que réguliers, ainsi que les fidèles confiés h leurs soins, n’avaient rien de plus à cœur que de voir définir comme dogme de foi l’immaculée Conception de la Vierge Marie, et qu’ils demandaient très-instamment h Sa Sainteté de satisfaire leurs vœux et leurs désirs, bien persuadés que celte définition ne pourrait que contribuer à la plus grande gloire de la Vierge, Mère de Dieu. Ce Prélat ne pensait pas autrement; il déclarait que le sentiment qui professait l'immaculée Conception était si général, si répandu dans presque tous les pays du monde, et si solidement établi, qu’il croyait qu’on pouvait le définir comme dogme de l’Eglise, ajoutant en même temps qu'il s'en rapportait au jugement du Siège Apostolique (1).

L’Évêque de Fano souscrivit aussi la lettre par laquelle plusieurs Prélats, réunis à Lorelte en 1850, priaient le Souverain Pontife de décréter l'immaculée Conception de la Mère de Dieu comme doctrine catholique de la sainte Eglise (2).

Déjà, en 1848, ce Prélat avait exprimé le désir que l’immaculée Conception fût définie par un décret dogmatique du Siège Apostolique (3).

Tua irrefragabili judicio dignetur dccemere absque macula Conceplam Dci Ge— nilncem, quæ omnis nostræ est fiducie fundameutum. Favenlix, Kaltnd. mai» 4849 : I’areri, etc. , vol. I, pag. 949.

(1) Fani, die 40 iebruarü 1849 : Pareiu, etc., vol. II, pag. 341.

(9) Voyez Fermo.

(3) Hoc optarem, hoc toto corde discuperem, ut ipsam catæ Marie Conceptionem Immaculatam fuisse certum jam omnibus fiat, ac decreto dogmatico pro uni- ▼ersa Ecclesia conslituatur. Fani, dit 10 februarii 1848 : Pareri, etc. , vol. IX, p»g 117.

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