CCLV. — FRÉJUS et TOULON (fkahce
Alexis-Casimir-Joseph Wicart, Évêque de Fréjus et de Toulon, répondant h l'Encyclique du 2 février 1849, attestait que tous les fidèles et tous les prêtres de son diocèse désiraient ardemment que l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie fût au plus tôt décrétée solennellement par le Siège Apostolique. « Qu’il paraisse donc, ajoutait-il, qu’il paraisse ce jour où la doctrine à laquelle je tiens par le fond de mes entrailles soit proclamée comme dogme catholique; jour glorieux pour la Mère Immaculée, jour agréable à Dieu et heureux pour l’Église. Que Votre Sainteté parle, et que la gloire de la Bienheureuse Vierge Marie, qui a toujours été dans la lumière, brille d’un nouvel éclat (2). »
Le même Prélat écrivait au Pape, en 1847 : «Très-Saint Père, depuis quatorze ans, en vertu d’un Induit du Souverain
(1) Cupit itoque Capilulum velicmcnler, idque inslanlissimc precatur a SamtilatcVcstia, ut solemni Apostolicæ Scdis judicio tandem sancialur ac tanqiiam fidei domina credendittn prnponalur insignissimum illud privilcprium, quo immunis ab originali labo prædicatur millier ilia inter alias omnes benedicta. Ex Aula Capitu/i Basilic* Vatican w, VI Idus dccembris 1850: Parer J, etc,, vol. 111, pag, 336. — Voyei Latraji.
(2) Forojulii, die 18 augusti 1849 : Paaeri, etc., vol. 11, pag. 12.
Pontife Grégoire XVI, de sainte mémoire, dans tout le diocèse de Fréjus, au grand applaudissement et à la grande édification du clergé et des pieux fidèles, la Bienheureuse et très-miséricordieuse Vierge Marie est saluée comme Immaculée dans la Préface de la Messe, et invoquée comme conçue sans tache dans les Litanies de Lorette. Or ce que nous professons par nos prières et nos chants solennels, nons désirons, Très-Saint Père, qu'il soit enfin défini comme dogme de foi. Aussi, autant que je le puis dans ma faiblesse, je prie humblemen l de tout mon esprit et de tout mon cœur le Tout-Puissant d’abord, puis Votre Sainteté, afin que quand il le plaira au Saint-Esprit et à Votre Sagesse, il soit déclaré, par un jugement infaillible h l'univers entier, pour la gloire de la Vierge Marie, pour l'accroissement de la piété parmi le peuple chrétien et l’exaltation de l’Église catholique, que celte même Vierge, qui est élevée au-dessus de toute créature, a été exempte de toute tache dans sa Conception, et qu’alorsmême elle a été remplie de grâce et de Sainteté; parce qu’elle était destinée à être Mère de Dieu et qu’elle devait briser la tète de l’ancien serpentai). »
Enfin, en 18~>4, l’Évêque de Fréjus a renouvelé sa demande, en exprimant le désir le plus ardent qu'on décernât au plus tôt ce nouvel honneur â Marie, afin que tous les chrétiens pussent l'invoquer, avec une foi inébranlable et infaillible, comme pleine de grâce, et exemple de toute tache du péché, même dès le premier instant de sa Conception (2>.
En 1781, le clergé du diocèse de Fréjus professait publiquement sa croyance touchant l’immaculée Conception de la Vierge Marie. Le Bréviaire imprimé à cette époque, par l'ordre d’Emmanuel-François De Bausset Roquefort, avec le
(1) Sanctitatem Vestram supplex deprecor ut... infullibili judicio déclare (ur ipsam super omnem creaturara dévalant Virginem Mariant, in ipso suo orlu ab omni fuisse immuncm macula, singulariquc jam inde fuisse rcfert-im gratin et sanclilate, que Deo deslinabatur inater, cl anliqui serpent» contrilura eral caput. In Visitât ione ad limitui Apostolorum, 3 octobris 1847 : Pamf.hi, etc., vol IX, pag. 98.
;îj Tnloni ‘2-1 oet 1854 : P.mui, olc.,*ol. IX, Àppentl. Il, pag. 50.
consentement du Chapitre, contient l’Oraison suivante ! « Dieu, qui, pour l’honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avez préservé la Bienheureuse et Immaculée Vierge Marie, sa Mère, de toute tache du péché , nous vous prions de nous purilier par votre grâce de toute iniquité, nous qui célébrons sa très-pure Conception (1). »
GCLVI. — FR1S1NGUK (bavièbb).
L’Église de Frisiugue, qui fait aujourd'hui partie du diocèse de Munich (2), célébrait solennellement, dès le quinzième siècle, comme fête d’obligation le jour de la Conception de la Très-Sainte Vierge. Sixte de Tannberg, Évêque de Frisingue, tint en 1480, un synode qui prescrivit, conformément au décret du Concile de Bâle, qu'on célébrât solennellement la fête de la Conception de la Bienheureuse et Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, ordonnant k tous les recteurs des Eglises paroissiales, à leurs Vicaires et autres prêtres exerçant le ministère sacré, de l’annoncer au peuple (5).
CCLVU. — FULDE (Allemagne).
51. Koktt, Évêque de Fulde, répondit, le 14 décembre 1849, k l’Encyclique du 2 février de la même année. Les lidèles de ce diocèse, comme il le rapporte dans sa lettre, instruits par le catéchisme, libro catechismi, qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie a été exempte de la tache du péché originel, avaient la même croyance que l’Évêque touchant l’immaculée Conception de laâlèredeDicu ; ils ne la connaissaient pas autrement que comme conçue sans péché, ils n'élevaient leurs mains et leurs prières vers elle qu'en la considérant comme Immaculée, et ils n’auraient pas cru la louer et la vénérer dignement, si, en implorantson secours, ils ne
(1) Voyet Toulon. — (*2) Vuyes Munich.
(3) Slaluimua cl irrelragabiliter observari volumus dicm Conception» Beatis- »imæ el internerai» ûei Genitric» Virginia Mariai in choro et foro solemniler célébrai'! Concilia Gtr manim, tom . V, pag. 323.
s’étaient rappelés sa Conception sans tache. Ils pensaient et croyaient sur ce point comme si la question avait déjà été décidée par l'Église. Le clergé avait la même croyance que le peuple (idèle touchant l’immaculée Conception de la Sainte Vierge, et il désirait que cette croyance fût déclarée et définie comme dogme de la foi catholique.
Cependant , quelques prêtres aussi distingués par leur science que par leur piété envers l’Église et l’immaculée Conception, au sujet de laquelle ils partageaient la croyance générale, étant d'ailleurs disposés a recevoir et h embrasser respectueusement tout ce qui serait décidé par le Siège Apostolique, n’étaient pas d'avis, à raisonde la difficultédes temps, qu'il y eût alors aucune définition dogmatique. Mais l’Évêque de Fulde, ayant exposé les raisons qu’ils mettaient en avant, déclarait aussitôt qu'il ne pouvait souscrire h l'opinion de ces Ecclésiastiques. « Car, disait-il, plus le nombre de nos ennemis est grand, plus ils montrent d'insolence en persécutant Notre Seigneur Jésus-Christ dans son Eglise, plus le bras séculier s’est raccourci, plus les rois sont devenus impuissants a défendre l'Église, plus aussi il est nécessaire que, dans les combats qu'elle a à soutenir contre les puissances des ténèbres, celte même Église réclame le secours et la protection de celle qui a brisé la tête du serpent; qu’elle glorifie, vénère et invoque celle qui a obtenu de son Fils de triompher de toutes les hérésies dans le monde. »
Aussi M. Koëtt terminait-il sa lettre en priant Sa Sainteté de faire connaître le dépôt de la foi touchant l'immaculée Conception de la Mère de Dieu par un jugement de son autorité Apostolique; ajoutant qu’il attendait en toute humilité une définition pour toute l'Eglise, qu’il la recevrait avec la plus grande piété, et qu’il la regarderait comme une règle de la foi, sous quelque forme qu elle soit sortie de la bouche du Pontife infaillible (1).
;l) F.dlagitani deciaionem omni Ecclesiæ, qua par rat, humilitale eipecto ; irao. qualis hier eventura ail, .élimina piclate eam acceptabo, qualisque de ore Sumrni PoiUificie inftllibilis proccssura ail, regnlam fidei ampleclor Fuldm, 14 dtcmbrit 1849: Puât ni, etc., vol. II, pag. 438
CCLVI1I. — GAETE (royaume de naples).
Louis Fahisio, Archevêque de Gaëte, répondant a l’Encyclique de Sa Sainteté, datée de cette ville le 2 février 1849, commence ainsi sa lettre :
« Béni soit Dieu, et le Pèrede Notre-Seigneur Jésus-Christ,
« le Père des miséricordes, et le Dieu de toute consolation,
« qui nous console dans toutes nos tribulations. »
Après avoir ensuite exprimé toute la joie que l’Encyclique lui avait procurée, à lui, à sou clergé et k tous les fidèles de son diocèse, après avoir indiqué sommairement les principaux litres de la croyance générale touchant l’immaculée Conception de la Vierge Marie, il exprimait le vœu que cette insigne prérogative fût enfin définie comme dogme de la foi catholique. « Les choses étant ainsi, continuait-il, adhérant aux très-pieux désirs des fidèles du Christ, et acquiesçant au jugement et au sentiment de l’Église catholique, corroboré par les Oracles du Saint-Siège, je n’hésite point, Très-Saint Père, à vous faire connaître quel est mon sentiment, et quel est depuis longtemps le vœu de mon cœur: ce vœu, c’est que le Siège Apostolique décrète enfin par un jugement solennel que la Très-Sainte Mère de Dieu, l’immaculée Vierge Marie, a été conçue sans la tache origiuelle. Aussi, prosterné trèshumblement à vos pieds, vous exposant, tant en mon nom qu’au nom de tout le clergé et du peuple confié k mes soins, la croyance commune et l’attente générale, je prie et conjure avec instance Votre Sainteté de vouloir bien, étant éclairée par l'Esprit-Saint, répondre le plus tôt possible aux vœux très-ardents de tous les fidèles, aux sollicitations des Evêques, et h la piété très-fervente de l’Église universelle envers I Immaculée Mère de Dieu , et de mettre, par un décret dogmatique, au nombre des vérités incontestables de la foi. ce qui a été jusqu’ici l’objet de la piété des fidèles (I). »
(1) IKilum Gaicta.*, Kal. raaii 1849 : Pareii, elc., vol. I, p»g„ 244.
Déjà, h l’exemple des autres Prélats du royaume de Naples, M. Parisio avait fait la même demande, par une lettre du 12 novembre 1848. Celte lettre n’était pas moins pressante que celle que nous venons de citer (1).
CCL1X. — GALLIPOLI (royaume de naples).
Léonard Moccia , Évêque de Gallipoli , écrivait au Pape , en 1849 :
« Très-Saint Père, il se fait dans les Kcoles, dans l’Église de Dieu répandue par toute la terre, dans les coeurs des pieux fidèles, des voeux de jour en jour plus fervents et des prières incessantes, pour obtenir de Notrc-Seigneur Jésus- Christ qu’il fasse descendre sur Vous, qui êtes son Vicaire, qui liez ou déliez ce qui sera lié ou délié dans le ciel, une clarté lumineuse de ses mystères, afin que Vous puissiez définir, comme il n'appartient qu’a Vous de le faire, « que la Vierge, Mère de Dieu, celle qui a concouru à notre Rédemption, a été conçue sans tache. » De toutes parts la voix des fidèles s’élève et s’écrie : Vous êtes toute belle, Marie, et il n’y a point de tache en vous. C’est le sentiment de tous les Docteurs ; mais ce n’est point à eux b le définir par les insinuantes paroles de la sagesse humaine. Vous seul, Très-Saint Père, en manifestant votre inspiration, vous ajouterez à la louange et b la gloire du Seigneur Jésus-Christ sur la terre, si vous inscrivez la Conception Immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie parmi les vérités de la foi, et faites briller au front de la très-douce Mère du chaste Amour et de la sainte Espérance celte perle éblouissante. Les fidèles soupirent après ce moment. Toutes les louanges des siècles passés n’équivaudront point h cette parole sortant de Votre bouche : Marie a été conçue sans péché originel ; anathème à qui avance le contraire ! L’espoir de voir cette définition accompagne la prière que j’ose adresser à Votre Béatitude (2). »
(i) Galet», die 12 nov. 1848 : Pirem, etc., toI. IX, pag. 213.
'2) Hoc «uepirant Christ i fidèles; cunctœ senilorum laudes de B. M. V. tnino-
Nous avons une seconde lettre du même Prélat, dont la date n'est postérieure k celle de la première que de quelques mois. Après avoir rappelé les divers titres de Marie, consignés dans les livres saints et les écrits des Docteurs de l'Eglise, il s'exprimait en ces termes: «Pourquoi vous le dirai-je, Très-Saint Père, à vous qui êtes comme un ange de Dieu ? Je le dirai néanmoins : l’âme de la Vierge Mère de Dieu, dès le premier instant de sa création et de son union avec son corps, a été préservée et exempte de la tache du péché originel, par l’efiet d'un privilège et d’une grâce spéciale de Dieu, en vue des mérites de Jésus-Christ son Fils, le Rédempteur du genre humain. C’est la doctrine d'Alexandre Vil. Je loue et remercie Dieu de cette même Conception Immaculée de la Vierge. C'est la pratique de Sixte IV. Telle a toujours été ma croyance ; et c’est sous ce titre que j’invoquerai le nom de la Très-Sainte Vierge Mère de Dieu. Tons les membres qui composent cette Eglise, qui, h l'exemple de leurs aïeux les plus reculés, ont célébré jusqu’ici la fête de l’immaculée Conception avec toute la pompe possible, qui ont jeûné, la veille, au pain et à l’eau, pasteur, clergé et peuple, tous d'un même cœur et d'une même âme, nous répandons nos prières devant Dieu en présence de Votre Béatitude, pour que, en vertu de la parole de la foi, de la parole infaillible du Vicaire de son Fils, nous puissions enfin glorifier de tout l’élan de nos cœurs, la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, l'honneur du peuple chrétien, l’avocate des pécheurs, Marie toute belle, en qui ne se trouve nulle tache originelle (1 1. »
res procul dubio erunt, quam verba ista Tuo orc prolata : Maria sine eulpi originali concept» fuit ; et qui contra, anatlicma ait. Nrapoli, VIII kal. apritit 1X49 ; Pareri, etc., vol. I,pag. 24.
(i) Ü runes corde uno et anima una, Paslor cum Clero et populo vota noatra alque preces Domino ofTerimus coram BeatiludineTua. ut jam demum verbe fulei jntallibili Vicarii Filii sui gloriam Jérusalem, lælitiam Israël, honorilicentiam populi christiani, advocatam peccitorum, totam pulcliram Mariam, in qua macula originalis non est, toto cordis atïedu adorare posai mus. Gallipoli, IX Kaltwlat junü 1849 . Parmi, etc , vol. I, pag. 217