CCLXXI. — GRAVINA et MON’TKPELOSO {royaime de nah.es
Cassiodore Margarita, Évêque de Gravina et de Montepeloso, écrivait au Pape en 1848 :
« Très-Saint Père, en considération de la protection puissante de la Très-Sainte Marie Mère de Dieu, en faveur de ce royaume, et de la dette de reconnaissance contractée par nous envers cette divine Protectrice pour les grâces divines et les nombreux bienfaits que son intercession nous a procurés jusqu'à ce jour, nous supplions Votre Sainteté de vouloir bien accueillir notre prière en proclamant, par une décision dogmatique, l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie dès le premier moment de son existence, afin que la dévotion envers la Mère de Dieu s’accroisse de jour en jour, et que, de son côté, elle ne discontinue pas d’intercéder pour nous auprès du Seigneur Dieu. Nous avons l’espoir que Voire Béatitude exaucera cette prière que nous lui adressons (2). »
Nous avons du même Evêque de Gravina une autre Lettre en réponse à l’Encyclique du 2 février 1849; elle est dans le même esprit que celle que nous venons de citer (3).
(1) Goyaz, lOilc agosto de 1849: Ptnrm, etc., rot. IV, paît. 291.
(2) ilalum UraïinaB, Kal. nov. 18-48 : Pjrebi, etc., *ol. IX, pag. 163.
(3 Datum Gravinje die 20 martii 1849 : l'aurai, etc., vol. 1, ptg 25. *
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CCLXX1I. — GRENADE (espagke).
Louis Folguebas de-Sion, Archevêque de Grenade, répondaul h l’Encyclique du 2 février 1849, est entré dans les détails les plus intéressants sur les monuments, les institutions et les pratiques de son diocèse, touchant la croyance de l'immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Il partageait lui-même la croyance du clergé et des fidèles. « Je pense, disait-il, que la Bienheureuse Vierge Marie, prévenue par la grâce divine, a été pure et entièrement exempte du péché originel, même dans le premier instant oit son âme a été créée et unie à son corps ; et je désire que cette prérogative soit définie par Votre Sainteté comme article de foi. Je pense, dis-je, que la Bienheureuse Vierge a été conçue sans |téché, et j’ai juré solennellement de défendre cette vérité, persuadé que je suis qu’elle est contenue dans la parole de Dieu, soit écrite, soit transmise par la Tradition. Telle est, depuis bien des siècles, la doctrine de mes prédécesseurs. » Il professait cette croyance en récitant l’office de la Conception approuvé par Sixte IV, et imprimé en 1554 par l’ordre de Ferdinand Ninnus, Archevêque de Grenade : « Lorsque, disait-il, je récite l’office divin, je crois de tout mon cœur ce que je profère de bouche, en répétant : Célébrons l'immaculée Conception delà Vierge Marie, et adorons le Christ Notre- Seigneur qui l’a préservée du péché. Je crois cette vérité, non avec la certitude suprême qui est propre à la foi catholique, et qui ne peut avoir lieu sur cette question tant qu’elle ne sera pas définie; mais je la crois avec la certitude appelée théologique et morale, qui entraîne l'assentiment ferme de tout homme sage et sensé. »
M. Folgueras terminait ainsi sa lettre : « C’en est assez, Très-Saint Père, car il résulte évidemment de tout ce que j’ai dit que le clergé et le peuple fidèle de ce diocèse ont pour l’immaculée Conception de la Mère de Dieu une dévotion fervente et extraordinaire ; qu’ils en célèbrent actuellement la
fête avec bonheur et avec solennité, et qu’ils l’ont fait ainsi depuis bien des siècles, toujours avec le désir de voir celte vérité définie comme article de foi par le Saint-Siège Apostolique. Je déclare que je le désire moi-même, en vue des nombreuses considérations que j’ai exposées, soit en faveur du degré éminent de probabilité et de certitude de ce mystère, soit en faveur de la convenance et de l’opportunité de la décision Apostolique que je sollicite. Néanmoins, Très-Saint Père, je subordonne et soumets mon jugement au vôtre, en toute humilité d’esprit. C’est a vous, le successeur du Bienheureux Pierre, prince des Apôtres, à vous, le véritable Vicaire de Jésus-Christ, le Chef de toute l’Eglise, le Père et le docteur de tous les chrétiens, qu’il appartient de décider celte question par un décret irréformable, sacré et obligatoire pour toute l'Église dont vous possédez la primauté. Si vous le faites, comme j’en ai la ferme confiance, vous remplirez d’une joie nouvelle et parfaite non-seulement l’Église de Grenade, mais encore l’Eglise universelle, et vous vous assurerez pleinement h vous-même la récompense que cette Vierge bénie promet à ceux qui la glorifient (1). »
Cette croyance de l'Église de Grenade ne date point de notre siècle. Au commencement du dix-huitième siècle et dans les siècles précédents, elle était en pleine vigueur dans toute l’Église de l’Espagne. Aussi, en 1714, l'Archevêque de Grenade et le Chapitre de la métropole écrivaient au Pape Clément XI pour le prier de décréter, comme article de foi, le mystère de l'immaculée Conception de la Vierge Marie. Ils fondaient leur demande sur les sacrés canons, sur les Constitutions Apostoliques, sur la dévotion du peuple chrétien envers la Vierge conçue sans péché et sur les titres de la Très-Sainte Mère de Dieu (‘2).
(1) Ad te enim, qui, succcssor B Pétri Principis Apostolorum, verus Chrisli Vienriu», totiusquc Ecclesiæ capnt, et omnium christ ianorum Pater ac Doctor exislis, spécial rem islam irreformabili alque aO omit» Eccletia , eu jus Priimtum tenes, venerando ac servando dccrelo duiinire. Gratuite , die 19 julii ann. 185(1 . pAitf.ni, etc., vol. III, pig. 188.
(2) (îrenade, le fi mars 1711 : Pareri, etc., vol. VIII, pag. 531.
CCLXXIII. — GRENOBLE (fiunce).
Philibert de Bruiiaard, ancien Evêque de Grenoble, est du nombre des cinquante et un Prélats français qui, en 1845, écrivirent au Pape Grégoire XVI pour le prier de définir, comme dogme de foi, la croyance, généralement reçue dans l'Église, touchant l'immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, ajoutant que tous applaudiraient b cette définition, et s’écrieraient : Pierre a parlé par Grégoire : Peints per Gretjorium battus est (I).
Ce Prélat renouvela la même demande dans la lettre par laquelle il répondit b l’Encyclique de Sa Sainteté en 1849, Voici comment il s’exprimait : « Très-Saint Père, il ne pouvait rien arriver de plus agréable pour moi, pour mon bienaimé clergé, pour mon immense diocèse, que d'apprendre par votre Encyclique le projet que le ciel a inspiré b Votre Sainteté de déclarer, par un jugement solennel et définitif, comme article de foi, l'immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, tant pour la plus grande gloire de Dieu que pour l'utilité de l’Église. Dès les premières années de mon sacerdoce, je me suis engagé par serment b défendre, selon mes forces, l’immaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu, d’après l'usage reçu depuis plusieurs siècles dans l’université de Paris. Et il y a neuf ans que j’ai demandé avec instance b Grégoire XVI d’heureuse mémoire la faculté d’invoquer et d’honorer d’une manière expresse la Bienheureuse Vierge, sous le nom d "Immaculée, dans la liturgie sacrée, dans les litanies de Lorette et dans les prières publiques: ce que le Très-Saint Pontife a bien voulu m’accorder.
« De tous les prêtres de mon diocèse, il n’en est pas un seul qui ne soit pour l’immaculée Conception, qui ne défende cette prérogative, qui ne la loue, et ne cherche b l’inculquer aux fidèles, lorsque l’occasion s’en présente. Quant
(t) Voyez Anus.
au sentiment des fidèles, à peine est-il besoin d’en parler; ils ont une vénération particulière envers la Bienheureuse Marie conçue sans tacbe, et ils ne désirent rien tant que d’entrer dans les pieuses confréries de l'immaculée Conception...
« Autrefois, la ville d’Éphèse, l’univers entier a tressailli d’allégresse, lorsque les Pères du troisième Concile œcuménique ont proclamé la Vierge Marie comme Mère de Dieu. De même tous les chrétiens applaudiront lorsque Rome aura parlé; lorsque, Pierre parlant encore par Pie IX, la cause sera finie (1).
« Que Dieu trois fois bon veuille donc, Très-Saint Père, que Votre Sainteté, rendue à la Ville et h l’univers par suite de la défaite des ennemis du Saint-Siège, puisse, de retour dans la Basilique vaticane, imposer cette nouvelle couronne sur la tète de la Reine puissante du ciel et de la terre, et mériter a l’Église affligée le patronage salutaire de la Mère de Dieu et des hommes, par l’invocation de son Immaculée Conception. C’est ce que je désire et demande de cœur et d’esprit, c’est ce que désirent et demandent le clergé et le peuple fidèle de mon diocèse (2). »
En 1850, l’Évêque a souscrit le décret du Concile provincial de Lyon, par lequel les Pères de ce Concile demandaient très-instamment que le Pontife suprême défiait dogmatiquement l’immaculée Conception de la Vierge Marie (3).