CCCXLII. — LUCERA (royaume i>e naples
On voit par la lettre que Joseph Jannizzi, Évêque de Lucera, écrivait au Souverain Pontife, sous la date du 19 novembre 1849, que ce diocèse ne le cédait à aucun autre en dévotion pour l'immaculée Conception de la Vierge Marie. L’Évêque, le clergé, les simples fidèles, tous croyaient et professaient que cette Bienheureuse Vierge a été conçue sans contracter la tache du péché originel. Aussi tous désiraient qnc celte insigne prérogative de la Mère de Dieu fût mise au nombre des dogmes de la foi par une définition du Siège Apostolique (3).
Ce Prélat avait déjà fait la même demande en 1848 (4).
CCCXLI1I. — LUÇON (fiuhce).
En 1843, René-François Soyer, Évêque de Luçon, écrivit au Pape Grégoire XVI pour le prier de vouloir bien définir
(I) Voyc» Mini.
(ï) Voyci Balthore.
(3) I. u cerise, <lie 19 nov. 1849 : Pinriu, elc., vol. II, pag. 374.
(4) Lucerise, IV Kalendas oclobris 1843 : Pareri, etc., vol. IX, p»g. 14’.
comme dogme de foi la croyance généralement reçue dans l'Église touchant l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, ajoutant que tous applaudiraient à celte définition et s’écrieraient : Pierre a parlé par Grégoire, Petrus per Gregorium locutus est (1). Déjà en 1841 il avait obtenu de ce vénérable Pontife la faculté d’ajouter à la Préface de la Messe le mot Immaculée au mot Conception.
Son successeur, Jacques-Marie Joseph Baillés, avait les mêmes sentiments. Dans son Mandement pour la publication de l’Encyclique du 2 février 1849, il s’exprimait en ces termes : « Il nous a été donné, N. T. C. F., de contempler un magnilique spectacle. Le successeur de Pierre, forcé de s’éloigner de la métropole du monde chrétien, est accueilli avec bonheur sur une plage hospitalière. Là, il s’oublie entièrement lui-méme, pour ne se souvenir que des grandeurs de Marie. Les yeux tixés au ciel, il sollicite, et il convie tous ses enfants de solliciter avec lui, par les plus ardentes prières, une gloire nouvelle pour l’incomparable Mère de Dieu. Quelque agitée que soit la barque de Pierre, le magnanime pilote poursuit avec un calme inaltérable la réalisation des pieux projets qu’il forma, dès les premiers jours de son pontificat, en 1 honneur de la Très- Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie... Quel spectacle pourrait être plus propre à relever nos courages abattus ?
« Mais, en même temps, quoi de plus consolant, et pour nous qui venons, par les ordres de ce grand Pontife, réclamer le juste tribut de vos prières, et pour vous qui hâterez par votre ferveur ce moment, où la pieuse croyance gravée au fond de tous les cœurs se gravera, comme un dogme infaillible, dans le symbole de la foi chrétienne? »
Puis, après avoir prouvé la vérité de l’immaculée Conception de la Vierge Marie par la doctrine des Pères et des Docteurs de l’Église, M. Baillés continue :
(4) Voyei Arb\<.
« Nous pourrions, N. T. G. F., vous faire entendre le témoignage d'un grand nombre d’autres saints Docteurs, mais la croyance à l’immaculée Conception de Marie est si bien établie dans le plus intime de vos âmes, que vous éprouveriez une sorte de surprise en nous voyant insister sur une vérité que vous regardez â bon droit comme incontestable.
« Une nouvelle preuve que ce glorieux privilège est propre ‘a la Bienheureuse Vierge Marie, c’est cette persuasion-lâ même, c’est cette conviction générale de tous les fidèles, conviction implantée si avant dans leur âme que rien ne serait capable de l’en arracher. N’e sommes -nous pas, en effet, profondément convaincus qu'entre toutes les créatures de Dieu nulle n'est sortie de ses mains plus pure, plus chaste, plus innocente, plus exempte de toute souillure, de toute tache que Marie? Ne sommes-nous pas tous convaincus qu’il n’y eut jamais rien de commun entre Marie et l’enfer, entre cette Reine toute pure du ciel et le prince des ténèbres, entre la très-sainte âme de Marie et le péché? Or. saint Paulin, Evêque de Noie, nous apprend que le sentiment de tons les fidèles.ne saurait être peu de chose, parce que le Saint Esprit anime chacun d’eux de son souffle divin (1 !.. .
« Il n'a plus suffi de nos jours a la piété des fidèles de célébrer la solennité de la Conception de Marie : les Pasteurs de l’Église, et en particulier notre vénérable prédécesseur, pour satisfaire leur dévotion et celle de leur troupeau fidèle, ont sollicité du Vicaire de Jésus-Christ la faculté de proclamer celte Conception Immaculée, tantôt dans le titre de la léte, dont le degré a été élevé, tantôt dans le texte solennel de la Préface, tantôt dans les Litanies de la Sainte Vierge, dites de Lorelle; en sorte que cette vérité si consolante, consignée, dès le berceau de l’Église, dans les plus antiques liturgies, célébrée par une fête spéciale, dès le cinquième siècle, dans l’Église d’Orient, et quelques siècles après dans l'Église grecque et dans l’Eglise latine, est aujourd’hui sur toutes les lè-
(t) Epist. IV.
vrcs. De nos jours, la piété chrétienne offre à Marie le libre hommage de sa pieuse croyance, en appelant de tons ses vœux le moment solennel où cet hommage, rangé par le Vicaire de Jcsus-Chrisl parmi les dogmes de la foi chrétienne, lui sera offert avec non moins d’amour, mais avec celte inébranlable fermeté de la foi. qui sera si glorieuse pour la Mère, si consolante pour les enfants (1).
Aussi, à peine ce Prélat eut il connaissance de la proclamation du dogme de l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, qu'il adressa une Lettre Pastorale au clergé et aux fidèles de son diocèse pour faire chanter le Te Deum en action de grâces. Celte Lettre commence ainsi : a Les vœux du monde catholique sont accomplis... Le Vicaire de Jésus-Christ, le successeur du Prince des Apôtres, celui dont les oracles sont in faillible s, promulguait le 6 de ce mois le décret qui range parmi les dogmes de notre foi la croyance â l’immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge (2). »
Si nous remontons plus haut, nous rencontrons, cry,i768, Claude-Antoine-François Jacquemet Gauthier d’Ascyse, livêque de Luçon, qui prescrivait aux curés de son diocèse d'annoncer au Prône la fêle de la Conception de Marie de la manière suivante : « Le 8 de ce mois (de décembre) se célébrera la fête de la Conception de la Très-Sainte Vierge. Nous devons en ce jour admirer la grâce spéciale que Dieu a faite à Marie rn la préservant du péché originel. Il était en effet digue du Fils de Dieu que la Mère dont il devait naître fût plus sainte qu’aucune des créatures et qu elle n’eût point de part à leur corruption (3). »
(1) Mandement de Mgr l'Évèquc de Luçon pour la publication de l'Encvcli.|uc de N. S. P. le Pape IX, sur l’immaculée Conception de la Très Sainte Vierge. Luçon, 17 ocl. 1849 : Pahcui, etc., vol. VU, pag. 241 .
(2) Instruction pastorale du 18 décembre 1854.
(3) minci du Diocèse de Luçon, etc. ; Luçon, 170$, part. I. pag, 250.