CCCLXXI. — MAZZARA (royaume de naples
Antoine Salomoxe, Évêque de Mazzara, répondant aux différentes questions de l’Encyclique de Sa Sainteté sur l’Imma- • culée Conception de la Mère de Dieu, déclarait, premièrement, que le clergé et le peuple lidèle de son diocèse avaient une très-grande dévotion envers la Bienheureuse Vierge Marie conçue sans péché; qu’ils célébraient avec une piété extraordinaire la fête de son Immaculée Conception, et qu’ils désiraient vivement qu’il fût enfin décrété par l’Église et le Siège Apostolique, que la Vierge Marie a été conçue sans la tache originelle; secondement, que, pour ce qui le concernait personnellement, il avait les mêmes sentiments que les fidèles de son diocèse ; que leurs vœux, leurs désirs lui étaient communs ; qu’il croyait et confessait comme eux que Marie a été conçue sans tache, et qu’il était prêt a défendre ce privilège, même au prix de son sang.
Ensuite, après quelques réflexions propres h prévenir les difficultés qu'on pouvait opposer hune définition dogmatique, s’appuyant sur l’Écriture sainte, sur la Tradition qui remonte aux temps apostoliques, sur la doctrine des Docteurs aussi distingués par leur science que par leur piété, sur le sentiment de l’Église catholique, sur l’enseignement de toutes les Universités et des Théologiens, sur le vif désir des fidèles, sur l’opportunité des temps, sur les faveurs et les bienfaits récemment obtenus par l’intercession de la Vierge Marie
(!) Massa inarüiina, 5 juin 1 HS9 : Pareri, elc.,vol. I, pag. 272.
invoquée principalement sous le titre de son Immaculée Conception, il priait Sa Sainteté de se prononcer en faveur de cette insigne prérogative de la Mère de Dieu : « Très-Saint Père, il n'est rien qui Vous empêche de définir, du haut de la Chaire Apostolique, cette pieuse croyance, qui est, pour ainsi dire, vraiment catholique. Car Vous êtes l’arche mystique de la nouvelle alliance, dans laquelle sont renfermées les tables de la foi. C’est a vous h les ouvrir, à les interpréter, h les expliquer, lorsque le bien de l’Église le demande Tels sont,
Très-Saint Père, mes vœux et mes désirs, les vœux et les désirs de tons les fidèles de mon diocèse, pour ce qui regarde la Bienheureuse Vierge conçue sans la tache originelle; c’est h Vous, qui êtes l’Oracle vivant de tous les dogmes de la foi, h nous satisfaire; et nous vous prions instamment de nous exaucer (lh »
CCCLXXII. — MEATH (uu.akdf.1.
Jean Cantweu., Évêque de Mealli, écrivait au Saint Père, le 4 janvier 1850, que le clergé et le peuple fidèle de son diocèse croyaient comme lui, d’une foi ferme, que la Très-Sainte Mère de Dieu a été conçue sans aucune souillure du péché, et qu'ils ont toujours eu horreur de l’opinion contraire. Ce Prélat pensait que, pour définir dogmatiquement cette insigne prérogative de Marie, on avait de fortes raisons, sinon dans les saintes Écritures, du moins dans les Pères, dans la coutume universelle de l’Église et dans le sentiment commun des fidèles ; queeelte définition contribuerait beaucoup h la louange et à la gloire de la Très-Sainte Mère de Dieu, et pour cela même au bien de l’Église ; que si Sa Sainteté jugeait h propos
(1) Ilæcsunt, H. ati-simc Pater, mea et omnium me« diœcesis fidelium vota ne desidem in Bcalam Virginem sine originalt labc conceplam, queia satisfncere Tni est, qui omnium fidei doginalum vivons es oraculum, quodquc ni eflicias Te enixius dcprecamur. Mazarto , tfi# 20 auguiii 1849 : Pareri, etc., vol. II. pag. 49.
de se prononcer sur ce point, son jugement serait un sujet de joie et d'allégresse pour tous les catholiques (1).
Quelque temps après, l’Évêque de Meath, assistant au Concile tenu par les Évêques d’Irlande, souscrivit la lettre par laquelle les Pères de ce Concile, renouvelant leurs instances, priaient le Chef de l’Église de définir, par un décret dogmatique et infaillible de la Chaire Suprême du Prince des Apôtres, que la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu a été conçue sans aucune tache du péché originel ; nt dogmalico et infallibili decreto Bealissimam Virginem Deigenitricem absqueulla l>eccati originalis labe fuisse Conceptam defmias (2).
CCCLXXIII.— MEAUX (fi»ancb).
Auguste Au.oo, Évêque de Meaux, répondant h l’Encyclique du 2 février 184!), attestait h Sa Sainteté, dans sa lettre du 1 1 novembre de la même année, qu’une grande partie des fidèles, les religieuses et les prêtres de son diocèse, vénéraient la Bienheureuse Vierge conçue sans péché, avec une piété sincère et la plus vive dévotion ; que, pour ce qui le concernait personnellement, il honorait souverainement la Conception de Marie comme ayant été sans tache; mais il ne pensait pas que, dans les circonstances présentes, une définition solennelle louchant cette question fût opportune; ajoutant toutefois qu’il s’en rapportait entièrement au jugement de Sa Sainteté. «Si le Siège Apostolique, disait-il, porte un décret sur ce point, nous sommes prêt h recevoir avec respect et la plus parfaite soumission la décision de Pierre parlant lui-même par la bouche du Pontife romain ; et ce que déjà nous croyons de cœur, ce que nous confessons volontiers de bouche, une fois que nous serions appuyé sur une aussi grande autorité, nous n’hésiterions pas à enseigner
(1) Daltim apud Mullingar, 4 j.muarii elle ann. 1850 : Paberi, clc., vol. III pag. 211.
(2) Voyez AnMAcn.
qu’on doit l'admettre comme étant alors un article de la foi catholique (1). »
On voit que M. Allou pensait qu'il suffit que le Pape ait parlé pour qu'on soit obligé de croire ce qu’il aura défini comme article de foi.
A l’appui de ce que dit l'Évêque de Meaux de la croyance de son clergé louchant l’immaculée Conception, on peut citer l’Oraison qui se trouve dans le Bréviaire imprimé en 1854, par l’ordre de M. Gallard, son prédécesseur immédiat. Cette Oraison est ainsi conçue : « Dieu qui, pour l’honneur de Noire-Seigneur Jésus-Christ, avez préservé sa Bienheureuse Mère la Vierge Marie de toute tache du péché, nous vous prions de nous purifier par votre grâce, nous qui célébrons sa trèspure Conception. »
En 1734, le Cardinal de Bissy, Évêque de Meaux, prescrivait aux curés, dans le Rituel a l’usage de son diocèse, d’annoncer au Prône, en ces ternies, la fête de la Conception de la Vierge Marie : «Nous célébrons (tel jour ) la fêle de la Conception de la Sainte Vierge. C’est un jour de joie pour nous, puisqu’il nous annonce que nous possédons parmi nous celle qui doit mettre au monde Jésus-Christ notre Sauveur. L’Église n’ honorant rien qui ne soit saint, celte solennité qu’elle a établie et qu’elle observe généralement nous prouve lu pureté de cette Conception, et doit nous animer de plus en plus h une dévotion solide envers Marie (‘2). »
Si nous remontons un peu plus haut, nous arrivons à Bossuet, dont voici quelques pensées sur la Conception de Marie.
« Que dirons-nous de la Bienheureuse Marie? Il est vrai qu’elle a conçu étant Vierge, mais elle n'a pas été. conçue d'une vierge. Cet honneur n’appartient qu'à son Fils. Pour
(1) Si qui«l hac in re ab Apostolica Sede dccrcluin fuerit, Pelrum per Romanuin Pontiiicent lo<|uenlcm liumili obsequio cl promptissimo animo ambre parait su mu s; et cptotijam corde credi mua et orc ullto confiloinur, arliculum fidc calholicn tenendum, tanta freli auctorilate docere non dubita remua... Meldis, die 11 novtmbris 1841) : Parehi, etc., vol. 11, pag. 362.
(2) Rituel du Diocère de Meaux; Paris, etc., 1734, psg. 390.
elle, dont la Conception s’est faite par les voies ordinaires, comment évitera-t-elle la corruption qui y est inséparablement attachée? Car enlin l’Apôtre parle en termes si universels de cette commune malédiction de toute notre nature, que ses paroles semblent ne pouvoir souffrir aucune limitation : Tims ont péché, dit-il, et tous sont morts en Adam, et tous ont péché en Adam (4). Et il y a beaucoup de paroles semblables, non moins fortes ni moins générales. Où chercherons-nous donc un asile à la Bienheureuse Marie, où nous puissions la mettre â couvert d’une condamnation si universelle? Ce sera entre les bras de son Fils, ce sera dans la toutepuissance divine, ce sera dans cette source inlinie de miséricorde qui jamais ne peut être épuisée. Vous avez compris la .difficulté; écoutez maintenant la réponse...
« Certes, il faut l'avouer, Marie était perdue tout ainsi que les autres hommes, si le médecin miséricordieux qui donne la guérison h nos maladies n’eùl jugé à propos de la prévenir de ses grâces. Ce péché, qui, ainsi qu’un torrent, se déborde sur tous les hommes, allait gâter cette Sainte Vierge de ses ondes empoisonnées : mais il n’v a point de cours si impétueux que la Toute-Puissance divine n’arréle quand il lui plaît. Considérez le soleil, avec quelle impétuosité il parcourt celle immense carrière qui lui a été ouverte par la Providence. Cependant vous n’ignorez pas que Dieu l’ait fixé autrefois au milieu du ciel, h la seule parole d’un homme. Ceux qui habitent près du Jourdain, ce fleuve célèbre de la Palestine, savent avec quelle rapidité il se décharge dans la mer Morte. Néanmoins toute l'armée d'Israël l’a vu remonter h sa source, pour faire passage à l’Arche où reposait le Seigneur Tout-Puissant. Est-il rien de plus naturel que celte influence de chaleur dévorante qui sort du feu dans une fournaise? Et l'impie Nabuchodonosor n 'a-t-il pas admiré trois bénis enfants qui se jouaient au milieu des flammes, que ses satellites impitoyables avaient vainement irritées? Nonob-
(4) Rom., V, 42.
stant tous ces exemples illustres, ne peut-on pas dire véritablement qu’il n'y a point de feu qui ne brûle, et que le soleil roule dans les deux d’un mouvement éternel, et qu’il ne se rencontre aucun fleuve qui retourne jamais à sa source ? Nous tenons tous les jours de semblables propos, sans que nous en soyons empêchés par ces fameux exemples, bien qu’ils ne soient ignorés de personne...
« Ainsi, je ne m’étonne pas que le grand apôtre saint Paul ait prononcé si généralement que le péché de notre premier père a fait mourir tous ses descendants... Mais je dis que ces malédictions si universelles, que toutes ces propositions, si générales qu’elles puissent être, n’empêchent pas les réserves que peut faire le Souverain, ni les coups d’autorité absolue. Et quand est-ce, ô grand Dieu! que vous userez plus . h propos de cette puissance qui n’a point de bornes, et qui est sa loi elle-même? Quand est-ce que vous en userez, sinon pour faire grâce à Marie ?
« Je sais bien que quelques Docteurs assurent que c’est imprudence de vouloir apporter quelques restrictions à des paroles si générales. Cela, disent-ils, tire â conséquence. Mais, ô mon Sauveur! quelle conséquence ! Pesez, s'il vous plaît, ce raisonnement; ces conséquences ne sont à craindre qu’où il peut y avoir quelque sorte d’égalité. Par exemple, vous méditez d’accorder quelque grâce h une personne d’une condition médiocre; vous avez ’a y prendre, garde; cela peut tirer ’a conséquence : beaucoup d’autres par cet exemple prétendront la même faveur. Mais parcourez tous les chœurs des Anges, considérez attentivement tous les ordres des bienheureux ; voyez si vous trouverez quelque créature qui ose. je ne dis pas s’égaler, mais même en aucune manière sc comparer â la Sainte Vierge. Non, ni l'obéissance des Patriarches, ni la tidélité des Prophètes, ni le zele infatigable des saints Apôtres, ni la constance invincible des Martyrs, ni la pénitence persévérante des saints Confesseurs, ni la pureté inviolable des Vierges, ni cette grande diversité de vertus que la grâce divine a répandues dans les différents ordres
des bienheureux, n’a rien qui puisse approcher tant soit peu de la très- heureuse Mario. Cette maternité glorieuse, celte alliance éternelle qu’elle a contractée avec Dieu la met dans un rang tout singulier qui ne souffre aucune comparaison. Et dans une si grande inégalité, quelle conséquence pouvons-nous craindre? Montrcz-moi une autre Mère de Dieu, une autre Vierge féconde; faites-moi voir ailleurs cette plénitude de grâces, cet assemblage de vertus divines, une humilité si profonde dans une dignité si auguste, et toutes les autres merveilles que j’admire en la Sainte Vierge; et puis dites, si vous voulez, que l’exception que j'apporte à une loi générale, en faveur d’une personne si extraordinaire, a des conséquences fâcheuses.
« Et combien y a-t-il de lois générales dont Marie a été dispensée! N'est-ce pas une nécessité commune a toutes les femmes d’enfanter en tristesse et dans le péril de leur vie? Marie en a été exemptée. N’a-l-il pas été prononcé de tous les hommes généralement, qu’ils offensent tous en beaucoup de choses? In multis offmdimus omnes (I). Y a-t-il aucun juste qui puisse éviter ces péchés de fragilité que nous appelons véniels? Et, bien que cette proposition soit si générale et si véritable, l'admirable saint Augustin ne craint point d'en excepter la très-innocente Marie (‘2|. Certes, si nous reconnaissions dans sa vie qu’elle eût été assujettie aux ordres communs, nous pourrions croire peut-être qu’elle aurait été conçue en iniquité, tout ainsi que le reste des hommes. Que si nous y remarquons au contraire une dispense presque générale de toutes les lois, si nous y voyons, selon la foi orthodoxe, ou du moins selon le sentiment des Docteurs les plus approuvés; si, dis-je, nous y voyons un enfantement sans douleur, une chair sans fragilité, des sens sans rébellion, une vie sans tache, une mort sans peine; si son époux n’est que son gardien, son mariage le voile sacré qui couvre et protège sa virginité, son Fils bien-aimé une fleur que son
il) J«c., III, 2. — (2) De NM. cl Oral., n’ 42.
intégrité a poussée; si, lorsqu’elle conçut, la nature étonnée et confuse crut que toutes les lois allaient être abolies ; si le Saint-Esprit tint sa place, et les délices de la virginité celle qui est ordinairement occupée par la convoitise, qui pourra croire qu’il n'y ait rien eu de surnaturel dans la Conception de cette Princesse, et que ce soit un seul endroit de sa vie qui ne soit point marqué de quelque insigne miracle?...
« En vérité, cette opinion (de l’immaculée Conception de Marie) a je ne sais quelle force qui persuade lésâmes pieuses. Après les articles de foi, je ne vois guère de chose plus fissurée. C’est pourquoi je ne m’étonne pas que celte célèbre école des théologiens de Paris oblige tous ses enfants a défendre celte doctrine. Savante compagnie, cette piété pour la Vierge est peut-être l’un des plus beaux héritages que vous ayez reçus de vos pères. Puissiez-vous être â jamais florissante! Puisse cette tendre dévotion que vous avez pour la Mère, à la considération de son Fils, porter bien loin aux siècles futurs cette haute réputation que vos illustres travaux vous ont acquise par toute la terre! Pour moi, je suis ravi de suivre aujourd’hui ses intentions. Après avoir été nourri de son lait, je me soumets volontiers â ses ordonnances; d’autant plus que c’est aussi, ce me semble, la volonté de l’Eglise (1). » Ainsi parlait le grand Bossuet, longtemps avant la définition dogmatique de l’immortel Pic IX.
CCCLXXIV. — MELF1 et RAPOLLA (royaume de napi.es).
Les Vicaires capitulaires des diocèses de Melfi et de Rapolla se sont empressés d’écrire au Saint-Père dès le 2 avril 1849, en réponse h l’Encyclique du 2 février précédent. Ils exprimaient d’abord a Sa Sainteté et la joie extrême que leur avait causée la connaissance de ses intentions, et la ferveur de leurs prières en vue d’un résultat favorable b la gloire de Marie et b celle de toute l’Église catholique. Ils disaient que
(1) P' Sermon pour la lôte «le la Conception de la Sainte Vierge.
leur vœu était entièrement conforme au sien, et se félicitaient de ce que cette question allait être mise hors de toute discussion. Ensuite ils représentaient la dévotion des lidèles et du clergé comme inexprimable, et attestaient que, dans ces deux diocèses, il n’y avait à peu près personne qui ne fût pénétré de la croyance à l’immaculée Conception (1).