XCVI. — BETHLÉEM (ëvéché us partihcs
M. Étienne Bagkoud, Évêque de Bethléem (inpartibus), abbé de Saint-Maurice, dans le Bas-Valais. écrivit à Sa Sainteté, le 15 juin 1850. Après avoir témoigné la joie que lui avait causée la Lettre Encyclique, il ajoutait : « Ici, Très-Saint Père, la Bienheureuse Vierge est honorée en tous lieux, tant par le clergé que par le peuple lidèle, sous l'invocation de l’immaculée Conception, dont on célèbre la fête publique et d’obligation le 8 décembre. Tous l’invoquent principalement sous ce titre, qui accompagne ses images, soit sur les médailles, soit dans les tableaux. Nous attestons doue, d'après le culte public et les réponses qui nous ont été faites, que le clergé et le peuple de notre juridiction sont animés d’une trèsgrande dévotion envers la Conception de la Vierge Immaculée, et d'un vif désir de voir cette question définie par le Saint-Siège. Pour nous, Très-Saint Père, dans notre modeste science, nous croyons et nous avons l’intime persuasion que le Saint-Siège peut en toute sécurité proclamer ex cathedra cette vérité comme dogme de foi. Nous désirons et espérons prochainement ce résultat (1). »
XCV1I. — B1ELLA (piémont).
Le clergé et les fidèles du diocèse de Biella montrent, de temps immémorial, une grande dévotion envers la très-glorieuse Vierge Marie, comme l'attestent d’anciens oratoires et les confréries érigées dans la ville épiscopale et dans un grand nombre de paroisses, sous le titre même de YImmaculée Conception. Aussi, déjà depuis plusieurs années, en vertu d'un Induit Apostolique, on invoque publiquement dans les
(1) Agaunii in Vallesia, die 15 jnnii 1850 : Pmkri, clc., rot. III, pag. 306.
Litanies de Lorelle la Sainte Vierge comme Reine conçue sans tache, et on ajoute le mol hnmaculala au mot Conceptione dans la Préface de la Messe de la Conception. C’est ce que Jean-Pierre Losanna, Evêque de Biella, écrivait au souverain Pontife, en 1849. Cependant, comme ce Prélat le rapporte dans sa lettre, plusieurs prêtres de son diocèse, quoique sincèrement attachés il la doctrine de l’immaculée Conception de Marie, et zélés pour tout ce qui peut contribuer à la gloire de la Très-Auguste Mère de Ilieu, craignaient, à raison de la disposition de certains esprits, qu’une définition dogmatique ne tournât au détriment de la foi. Mais, l'Evêque ajoutait: « Toute crainte a disparu aussitôt que les lumières du Saint- Esprit et l'assistance de Marie ayant été invoquées, on a compris, Très-Saint Père, que toute celle affaire était confiée h la sagesse et à la prudence de Votre Sainteté, h celui à qui le sacré dépôt de la foi a été confié avec le soin d’enseigner l’Eglise universelle (1). »
XCVI1I. — BISARCHIO (sahdaigse).
L’abbé Pisuiedda, Vicaire Capitulaire du diocèse de Bisarcliio, le siège vacant, répondant h l’Encyclique du 2 février 1849, s’exprimait ainsi : « Les fidèles de cette ville et de tout le diocèse (ce qui est un bienfait particulier de Dieu |. étant élevés dans la sainte crainte de Dieu, qui est le commencement de la vraie sagesse, ont coutume, depuis leur plus tendre enfauce, de louer Marie toujours Immaculée, et semblent avoir sucé cette pieuse croyance avec le lait de leurs nourrices. Ils ne se contentent pas, dans leurs prières, de prononcer le doux nom de Marie tout seul ; ils mettent leurs délices à la saluer comme Très-Pure ou Immaculée. On entend ces noms retentir fréquemment dans les Eglises que la piété de nos ancêtres a dédiées à Marie en divers endroits, sous le litre de l’immaculée Conception. Très-Saint Père, tel est l’es-
(1) Bugellæ, die 12 dcccmkris 184‘J : Paiieiw, etc., vol. Il, pag. 435.
prit, telle est la croyance commune des fidèles de ce diocèse ; partout, d’une voix unanime, ils proclament que la Bienheureuse Mère de Dieu n’a jamais été infectée de la tache originelle ; que, par un privilège unique de Dieu, elle a été préservée de la disgrâce commune aux enfants d’Adam. Cette croyance est si vive et si profondément gravée dans les esprits, qu’ils regarderaient comme un païen et un publicain celui qui aurait un sentiment contraire. »
Quant à ce qui concerne le clergé, le Vicaire Capitulaire ajoutait qu'il serait facile a Sa Sainteté de juger de ses sentiments; vu que, dans les deux universités de la Sardaigne, savoir, celle deCagliari et celle de Sassari, on exigeait, conformément aux anciens règlements, que tous les élèves en théologie qui aspiraient aux grades académiques promissent solennellement de défendre l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, suivant l'esprit des Saints Pères et le sentiment commun des théologiens et de tous les fidèles.
Aussi le diocèse de Bisarchio désirait-il, non moins ardemment que les autres diocèses de l’ile de la Sardaigne, que le Siège Apostolique décernât à la Très Sainte Mère de Dieu, par un jugement solennel, l’honneur de l’immaculée Conception, en la mettant au nombre des dogmes de la foi (I).
XC1X. — BLOIS (francs).
Eu 1849, M, Des-Essarts, Évêque de Blois, écrivait au Pape, en réponse à l’Encyclique du 2 février de la même année, que tous ceux qui pratiquent sincèrement la piété chrétienne sont animés de la plus grande dévotion envers la Très-Sainte et Très-Auguste Mère de Dieu, qu’ils croient à son Immaculée Conception et mettent le plus grand zèle h la vénérer et à la faire vénérer comme Vierge très-immaculée, c’est-à-dire conçue sans la tache originelle. Puis, arrivé à la question qui concerne la croyance des Évêques, il lit la profession de foi suivante : « Je liens pour certain le glorieux
(1) Olhierii, die 27 julii 1849 : Pakeri, etc. , vol. IV, pag. 80.
privilège de l'immaculée Conception, comme aussi certain que s'il était du nombre des dogmes de foi définis par l'Église ; j’adhère à cette croyance du fond de mon âme, et j'espère que j’y persévérerai jusqu’à la fin de ma vie. Je crois et déclare que l’importante question louchant l'immaculée Conception de la Mère de Dieu, vu la piété constante et unanime du clergé et des lidèles et la vénération de toutes les Églises, est déjà depuis longtemps arrivée au point de pouvoir être décidée par le Saint-Siège, si le Souverain Pontife le juge opportun ; de manière que le sentiment qui professe cette même Immaculée Conception soit mis au rang des articles de foi... Clle serait donc parfaitement conforme au désir de mon cœur, celte définition par laquelle le Saint-Siège déclarerait dogme catholique la très-pieuse et la très-consolante doctrine de l'immaculée Conception de la Vierge Marie. Cependant je pense que pour le salut de plusieurs on doit user d’indulgence et de certaines précautions dans la rédaction de celte définition.
Craignant des inconvénients, si on faisait encourir la note d’hérésie par ceux qui refuseraient de reconnaître une définition directe et dogmatique, le Prélat proposait une définition indirecte, qui n’aurait fait tomber l'anathème que contre ceux qui auraient dit que l’Église se trompe, lorsqu'elle enseigne que Marie a été préservée du péché originel. Mais il terminait sa lettre en s’en rapportant entièrement au jugement du Vicaire de Jésus-Christ. «Pour tout ce qui regarde, disait-il, la cause très-grave et très-pieuse de l’immaculée Conception, je le soumets sans réserve à la prudence, à la science et à la div ine sagesse du Saint-Siège. Car je sais, et je le proteste avec joie, Très-Saint Père, que vous avez reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans la personne de Pierre, les clefs du Royaume des cieux, et que c’est à vous, à raison de votre autorité suprême, à proposer les vérités que tous doivent croire sous peine de damnation (1). »
(11 Scio enim etlœtu» proüteor Sanctitati Vcslrœ, Bcitissime Pater, commisMsin
Remontons plus haut : le Rituel de Blois, publié en 1750, par l'autorité de Jean-François-Paul de Caurnartin, Évêque de cette ville, réglait que les curés devaient annoncer, au prône, la fêle de la Conception, suivant cette formule :
« Nous célébrons (un tel jour) la fête de la Conception de la Sainte Vierge. C'est un jour de joie pour nous , parce qu’il annonce le salut qui doit nous être apporté par Jésus- Christ, en nous annonçant la Conception de celle qui doit le mettre au monde. Celte Conception de la Mère de Dieu est toute sainte, et l’on doit, pour l'honneur de son Fils, en éloigner toute idée, tout soupçon de péché. Celle que l’Église tient avoir reçu de Dieu une grâce particulière qui l’a préservée de toute faute même vénielle, pendant tout le temps de sa vie, a bien pu aussi être préservée de Ut tuche originelle par un privilège spécial (1). »