FOI RELIGIEUSE, CIIOYANCE VOLONTAIRE
La pratique est un secours puissant pour qui veut croire, car il faut pour croire « entrer dans les conditions où la foi s'engendre* »; et une condition (rès efficace, indispensable, c'est de pratiquer.
Il est donc ridicule d'accuser cette méthode d'être une méthode jésuitique. Les jésuites ont admirablement bien compris le rôle de la pratique dans la conquête de la foi, mais ils ne sont point les seuls. C'est parce que Gonfucius a compris, lui aussi, que les gestes et les attitudes ont de la tendance à éveiller les sentiments correspondants, qu'il a imposé aux Chinois leur rigoureux cérémonial. Burke assurait avoir souvent éprouvé que la passion de la colère s'allumait en lui à mesure qu'il simulait les signes extérieurs de cette passion; et, dans son traité d'hypnotisme', Braid dit : c Le plissement ie la peau à la région moyenne du front évoque des images tristes, quelle que soit l'impression maltresse du moment..;; quelle que soit la passion que Ton veut exprimer par Tattitude du patient, quand les muscles nécessaires à cette passion sont mis en jeu, la passion elle-même éclate tout d'un coup. »
Les faits semblables emplissent les traités d'hypnotisme provoqué. Les jésuites se sont montrés de fins psychologues en usant de ces procédés pour
(1) L. Ghoisy. La oo/on/é (brochure remarquable). Lausanne, 1888
(2) Neurypnologie, trad. française de Simon.
venir en aide à la foi. Mais ils ont inventé, ou du moins fort perfectionné la casuistique, et mérité les Provinciales de Pascal : c'est ce qui a donné à leur ordre un si triste renom. C'est se montrer les dignes disciples de leur casuistique, que d'essayer de discréditer un ensemble de procédés fondés sur l'observation et sur Texpérimen talion en l'appelant jésuitique, par cette belle raison que les jésuites ont vu toute la portée féconde de cette vérité.
En résumé, dès qu'on entre dans le domaine du probable, les croyances sont dans une large limite volontaires. Elles le sont, non immédiatement, car ou n'est pas libre de croire sur Tinstant ce à quoi on ne croit point encore : mais entre deux partis possibles, dont aucun n'a pour soi l'évidence, nous pouvons choisir celui que nous voulons choisir; et peu à peu, si notre conduite est intelligente, prévoyante, si nous sommes capables de nous soumettre nous-mêmes d'une façon durable à notre propre décision, nous arriverons à croire fermement, et nos doutes, s'ils subsistent, n'auront pas plus d'efficacité que n'en a sur le philosophe le doute théoriquement invincible qui porte sur l'existence des autres hommes. C'est ainsi que, dans les Alpes, je suis libre ou de faire ce long détour ou de me lancer hardiment sur cette pente de neige rapic