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religieux qui manque d'humilité, un religieux, est un philosophe humble. L'un n*a pas les yeux suffisamment fixés sur cette lugubre raillerie de la mort, l'autre ne la perd pas de vue; l'un jette un voile discret sur les défaillances de la raison humaine, l'autre les relève avec une joie âpre; l'un tire de la contemplation des ruines des systèmes philosophiques une leçon de doute et de scepticisme attristé, l'autre y prend une leçon de courage et de foi. '
Toute la question pour le philosophe, c'est de savôjr si l'orgueil de l'intelligence humaine est légitime ou non. C'est une question de libre arbitre, ear les raisons sont en balance. On peut dire de l'intelligence ce qu'Esope disait de la langue : elle est à la fois ce qu'il y a de meilleur et ce qu'il y a de pire ; la démonstration en est par trop facile. Si on choisit le parti de l'humilité, le fait dominateur de Jésus-Christ et de son œuvre dans le monde saisira l'âme, et on trouvera à foison les raisons intellectuelles, sensibles, morales, sociales de croire.
Et tout le reste suivra. Au bout de peu de temps, l'homme de foi ne s'entendra plus avec le philosophe. Dès le moment de la rupture sur la question de la validité de la raison humaine, chacun suivra sa voie, et au bout de quelques annéej^, l'écart
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deviendra énorme. Le croyant en arrivera à sentir toute la vérité religieuse. C'est ce que les directeurs de conscience constatent en disant que la vérité se découvre entièrement à ceux qui utilisent ses premiers rayons. Les traditions, renseignement, les sentiments religieux se combinent, se fondent ensemble, et forment des états de conscience d'une unité apparente absolue. Alors le croyant sent qu'il est immortel; il sent que Dieu écoute ses prières. C'est pour lui un fait dont la négation est irritante, intolérable, puisque ce fait il le sent.
Au contraire, le philosophe explique ces faits sentis : « Ce que j'avais pris pour la conscience de l'immortalité était simplement un moment de vie si débordant d'enthousiasme moral, qu'il avait absorbe le passé et l'avenir. Dans dç tels moments, la distinction de ce qui a été et de ce qui sera n'existe plus; l'on est comme transporté hors du temps... et au lieu de la conscience de l'immortalité, nous avons plutôt le sentiment du mépris de la mort et même (le Tanéantissement... ; ce que j'avais pris pour la conscience d'un Dieu qui m'aime, n'était simplement que la paix intérieure qui accompagne le dévouement au bien *. »
En outre, le philosophe essaie d'expliquer l'origine
(1) Page 338, Stanton Coit. La Religion basée sur la morai Irad. fr., 1801.
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et révolution de cette croyance à rimmortalité*, et dès lors toute entente devient fort difficile ; mais ce développement de deux systèmes divergents n'est que le développement logique, issu d'un acte de scission initiale. Nous n'avons point ici à prendre parti, mais seulement à faire constater que les arguments intellectuels n'ont pas grande valeur en soi : ils valent pour moi ce que ma façon d'être leur permet de valoir, comme ces unités qui, placées devant d'autres chiffres, tout en valant peu eh ellesmêmes, acquièrent une valeur dix ou cent fois plus grande que leur valeur propre. Les idées sont une matière sans vie à qui le sentiment donne la forme et la vie. C'est dire que nos croyances dépendent de nous dans une large mesure.
D'ailleurs ce caractère volontaire de la croyance sera plus net encore si nous songeons que la religion n'est point renfermée dans la conscience, mais qu'elle se traduit au dehors par le culte, c'est-à-dire par des actes multiples, réitérés, qui dépendent absolument de la volonté. Nous avons étudié la prodigieuse influence de l'action sur la croyance; or la pratique religieuse n'est qu'un système d'actes destinés à discipliner le corps, à appuyer la
I (1) Spencer. Principes de Sociologie, t. I, trad. Gazelles.
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croyance, à la préciser, à lui donner une grande vigueur. Nous avons longuement examiné les raisons qui font de la pratique un auxiliaire si important de la volonté de croire. Cette importance n'a nullement échappé aux directeurs de conscience, qui tous recommandent la pratique. La pratique et la croyance se soutiennent mutuellement, et il n*y a pas là de cercle vicieux. Gomme Bossuet le faisait remarquer à Claude : « ne porté-je pas le bâton qui me porte? » « Les œuvres font naître l'amour et l'amour les croyances. » // ne faut pas attendre toute la foi pour se mettre à la pratique, car « croire n'est qu'une question de croître ». Nulle vérité n'a été plus défigurée, Qa connaît le passage de Pascal : c II faut faire croire nos deux pièces..., le chemin de la foi... c'est faire tout comme si on croyait, prendre de l'eau bénite.;, naturellement cela vous fera croire et vous abêtira. » Cette célèbre formule n'est guère comprise, parce qu'il est plus commode de railler que de réfléchir. Pour nous, qui avons démêlé patiemment les efl*ets puissants de la pratique sur la croyance, nous comprenons ce que cela signifie, et nous ne pouvons qu'approuver. Pascal donne lui-même le sens exact de sa thèse en disant : « Attendre de cet extérieur le secours esi superstitieux; ne vouloir pas le joindre à tintériev est être superbe. »