PRÉFACE VII
Aucun libre-penseur n'a tenté une critique plus révolutionnaire du catholicisme. La thèse de M. Loisy, très forte, très séduisante, renouvelle le catholicisme et tendrait à le rendre acceptable pour les protestants et même pour les libres-penseurs h sentiments religieux...
Aussi le public a-t-il été dérouté en voyant tant de hardiesse aboutir à la soumission.
Évidemment Loisy n'a pas renoncé à une seule de ses idées, mais placé au centre de la thèse évolntionniste, il sait que toute évolution demande du temps et il pense que si le catholicisme ne veut finir comme une superstition àTusage des esprils incultes, il devra s'adapter aux découvertes historiques.
On peut dire qu'un esprit pénétré de la grandeur et de la lenteur du développement des institutions humaines peut faire bon marché de sa vie individuelle : Loisy sait que ses ouvrages demeurent et qu'ils déposent dans l'esprit des jeunes des semailles qui germeront et donneront d'amples moissons.
Mais ce n'est pas de ce point de vue que nous devons étudier ici les événements récents. ïls nous ont permis d'apercevoir combien les esprits les plus cultivés sont induits en erreur sur les questions relatives à la croyance, par une psychologie superficielleé
T.ii PRÉFACE
Les doctrines intellectualistes ont pénétré la pensée publique et la plupart sont persuadés qu'un conflit de croyances peut se résoudre par quelques démonstrations. Psychologie simpliste et fondée sur un déterminisme mécanique! Non, la volonté n*est pas comparable au plateau d'une balance qui penche dès que cesse l'équilibre apparent des raisons.
Non, la croyance n'est pas le résultat d'un déterminisme aussi simple. Il n*y a pas ici de poids invariables.
Un nombre considérable d'idées et de sentiments vivent dans notre mémoire grâce au langage. Mais comme des fleurs coupées mises dans un vase, elles n'ont qu'une vie précaire et elles ne plongent plus de racines dans la terre végétale des sentiments réels.
Si nous faisons abstraction de ces idées et de ces sentiments sans vie^ les idées qui sont nôtres et vivantes, les sentiments qui sont nôtres et vivants, diffèrent profondément des idées et des sentiments que les autres hommes désignent par les mêmes noms.
Chaque idée mienne, chaque sentiment mien, reçoit son énergie du plus intime de moi-même, et ma vérité, dans les choses de la sensibilité et dans les croyances non susceptibles de vérification objective, difîère de votre vérité par quelque chose d'indéfinissable, comme les vins issus de deux vignes