‹ La crucheChapitre 20 sur 54 · ACTE PUF.MIER · texte numérisé non relu

ACTE PUF.MIER

LAIHIANE

Laisse-moi tranquille ! Dans le lac ! ! ! Tu devais voir le ministre!

LAVEHNIÉ

Je l'ai vu. H a été fort aimable.

LAURIANE

Qu'est-ce qu'il l'a dit?

LAVERNiÉ, en se couorant la tète avec son mouchoir. Des choses tout à ton éloge, d'abord ; puis, que tu passerais à ton tour de rùle.

LAURIAXE

Eau bénite de cour 1

LAVERNIÉ, en étendant la main.

Eh ! ça tombe !

LAURIA.NE

Et après?

LAVERNIÉ, en ouvrant son parapluie.

« J'apprécie vivement, m'a-t-il déclaré, les mérites de M. Lauriane, fonctionnaire zélé autant qu'intelligent. Malheureusement, la distinction flatteuse...

LAURIANE, arrachant le ruban et le jetant à la volée. Voilà ce que j'en fais ! Continue...

LAVI KNIÉ

... que vous sollicitez pour lui est l'objet de nombreuses convoitises. Songez donc qu'à lui seul, le ministère auquel appartient votre ami présente trente -sept candidatures dont six au moins sont justifiées. »

LAURIANE

Et il n'a pas ajouté que j'avais une tache dans ma vie?... Jouez donc l'étonnement, tous les deux! [A Margot.) Tu sais bien ce que je veux dire.

30 LA CRICIIE

MAliCOT, à Lavernié.

Au fail ! Vous allez voir, Henri, c'est e ncore à moi qu'il doit ça.

LAL'RIANE

Oui, c'est à toi.

MARGOT

Voilà ! Dois-je rire ou pleurer?

LAURIANE, en se levant.

Tu dois te taire. [Ursule entre avec des œufs sur le plat. Lauriane lui arrache le plat des mains.) Ça va bien, allez! [Ursule sort.) Il n'y en a qu'un qui a le droit d'élever la voix ici. C'est moi. Que tu brises ma carrière, passe encore ! Mais que lu me casses les oreilles, non.

MARGOT, les larmes aux yeux.

Je brise ta carrière, moi !

LAVERNIÉ

Dieu ! que tu es embêtant?

LAURIANE

Car plus je réfléchis, et plus je me souviens ! Avec ton air de ne pas y toucher, sais-tu bien que, grâce à toi, j'ai tout manqué, tout perdu, tout raté, tout gâché! Un mariage superbe, inespéré! Une place merveilleuse au Tonkin! De l'avancement. De l'augmentation! Cette croix!... Cette croix que je désirais avoir pour flatter ta vanité! Autant de rêves envolés! Autant... Enfin, j'en ai ma claque, là ! Ce métier de forçat m'est devenu odieux... [En frappant du poing sur la table.) J'en ai assez ! J'en ai assez ! J'en ai assez !

{Margot se lève et sort tout en larmes.)

MARGOT, entre deux sanglots.

Oh ! moi aussi, j'en ai assez!

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