‹ La crucheChapitre 46 sur 54 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LAVEJ{NIÉ

Je suis un bon garçon, de commerce doux et facile. Devantles insistances réitérées de monsieur, j'ai envoyé mes scrupules voir ailleurs si j'y étais, et je suis devenu ton amant, pour son plus grand bien, pour le mien, et pour le tien également, je l'espère. Bon ! A cette heure, autre musique. Monsieur, qui veut bien faire des libéralités à quiconque n'en usera pas, et se couvrir de gloire à bon compte, tombe ici comme un mascaret, m'accablant d'injures et de reproches et parlant de carte à payer. Tu m'aimes?

MARGOT, très gcnée.

Mon Dieu...

LAVERNIÉ

Réponds. Tu m'aimes?

MARGOT, tout bas.

Oui.

LAVERNIÉ

Tu en es bien sûre ?

MARGOT, de même.

Bien sûre.

LAVERNIÉ

Donne ta bouche. (// la baise aux lèvres.) C'est signé, Margot. De cet instant, tu es ici chez toi et voici ta chambre à coucher. Quitte ton chapeau. Ote tes gants, [Un temps.)

LAURIANE

Ahçà!... mais... et moi?

LAVERNIÉ

Toi?

LAURIANE

Oui, moi?... Qu'est-ce que je deviens, moi, dans tout ça? Et de quoi est-ce que j'ai l'air? « Ote tes gants! Voici

la chambre ! C'est signé ! » Tu aurais pu me consulter. J'avais le droit de placer un mot, je pense.

LAVERMlî

Ton rôle est joué. Tu peux te retirer. Bonjour.

LAURIANE

Je m'en irai quand ça me plaira.

(7/ quille son pardessus.)

LA VERNIE

A moins que tu ne me mettes hors de moi.

LAURIANE

Auquel cas?

LAVERNIÉ

Auquel cas, moi, je te mettrai hors d'ici.

LAURIANE

Je me moque de tes menaces comme de toi-même. Je passerai le seuil de cette porte quand j'aurai parlé à madame.

LAVERNIÉ

Qu'est-ce que tu veux lui dire ?

LAURIANE, avec éclat.

Cane te regarde pas. Si nous avons des secrets, je dois te les livrer? Non, mais tu es extraordinaire ! Veux-tu lire ma correspondance? [Tirant de sa poche vn trousseau de clefs.) Tiens, voilà les clefs de chez moi !

LAVERNIÉ, après une courte réflexion.

Garde tes clefs. Je te demande pardon. J'oubliais que tu peux avoir, toi aussi, tes affaires à mettre en ordre et de petits comptes à régler. Règle-les donc en paix, et surtout en silence, si tu désires, comme je le crois, ne pas envenimer l'incident de complications fâcheuses, que je regretterais autant que toi. Au cours des discours qui

Page 1