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ACTE DEUXIÈME

dont je ne me remettrai jamais... en supposant que j'y survive, Oii ! je ne fais pas de mélodrame. Mais je ne suis plus à l'âge où l'on recommence sa vie, et tu as brisé la mienne. Privé de l'unique rayon qui éclairât ma destinée, désormais seul, sans but, sans famille, sans espoir, je ne vois guère plus qu'une chose ù faire : aller réfugier mon chagrin entre les bras de celle qui fait tout oublier. (Un temps, il attend patiemment Veffet de son petit discours ; mais la jeune femme l'estant muette, il commence à se troubler. Des inquiétudes lui viennent. Il reprend enfin, d'une voix larmoyante qui cherche à apitoyer :) Car enfin, te représentes-tu ce qu'elle va être, mon existence?... la succession des mornes journées de bureau croulant sinistrement, les unes sur les autres, dans l'éternel recommencé des mêmes besognes imbéciles?... les dimanches, les affreux dimanches, tués minute par minute, à coups de bâillements et de cigarettes, sur la molesquine défoncée des petits cafés d'habitués?... et les retours, la journée finie, par la pluie, la neige, la tempête, vers un logement à jamais déserté... une salle à manger vide... une chambre à coucher vide?... (// s' émeut y les larmes le gagnent. Silence et immobilité de Margot. Nouveau silence. Il soupire longuement, puis poursuit :) Alors, non? Tu ne veux pas venir? C'est une idée bien arrêtée ?... Tu sais cependant oii je vais si tu me laisses passer seul cette porte '? [Mutisme de Margot.) Je la passe?... [Même jeu.) Je la franchis? [Même jeu.) C'est bien! (// va à la porte du fond, s'arrête net, et, quittant son pardessus qu il pose au fond: ) Et puis non, toutes réflexions faites, je n'attenterai pas à mes jours. Ce n'est pas que je tienne à ma peau — je la vendrais cinq sous si je trouvais un acheteur — mais le même coup qui guérirait mon mal mettrait à jamais dans ta vie un remords qui l'empoisonnerait : cette considération

me dicte ma conduile. ].e nouveau gage de tendresse que Je te donne ainsi aujourd'hui ne te trouvera pas insensible, je l'espère, surtout venant après tant d'autres dont je te laisse le soin d'évoquer le souvenir... J'ai cru pouvoir me permettre cette petite observation avant de prendre de toi le suprême congé auquel il faut bien que je me résigne... [Après avoir espéré vainement une parole qui le retienne :) puisque je vois que tu me l'imposes... [Mutisme de Margot.) J'ajouterai, non sans amertume, que je croyais occuper plus de place dans ton cœur. (// gagne le fond du théâtre, met la main au bouton de la porte et, tout à coup :) Voyons, nous n'allons pas nous quitter en ennemis ; ce serait bête et monstrueux. Nous avons eu des torts mutuels : c'est l'histoire de tous les ménages. Peu importe auquel de nous deux en revient la part la plus grosse. Que ce soit à toi, c'est probable ; mais, je veux laisser ce point dans l'ombre. Un fait est : la fonction du sage est de prêcher la raison au fou, comme la mission du plus vieux est d'aller au-devant du plus jeune. Eh bien, je vais au-devant de toi... Je vois ta jeunesse menacée, j'ai le devoir de t'ouvrir les yeux. Réfléchis à ce que tu vas faire : prends bien garde à l'irréparable!... Écoute; rien n'est perdu encore; mon âme n'est pas fermée à toute pitié et peut-être le pardon que je sens germer dans mon cœur monterait-il vite à mes lèvres si un bon mouvement de ta part... une parole de regret... un petit quelque chose, enfin. [Silence de Margot.) ie ne suis pourtant pas exigeant. Dis un mot!... [Silence.) Non ?... [Silence.) Veux-tu que je te pardonne pour rien ?... Non ?... (Silence.) Adieu donc et cette fois pour toujours. Je m'en vais la conscience tranquille. J'ai tout fait ! Advienne que pourra. (// prenrf son chapeau et son pardessus et il sort. Marguerite a un regard à la porte qui se rouvre presque aussitôt. Lauriane rentre et,

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