‹ La crucheChapitre 50 sur 54 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

revenu une fois encore à la jeune femme :) Et si je l'épousais, Marguerite ?

MARfiOT, slupéfaile.

Moi?

LAURIANE

Pourquoi pas?

Tu es foii!

LAURIANE

Fou?... A cause? Ce qui est fou, c'est d'avoir tant tardé à faire une chose raisonnable. Vois-tu, j'ai un défaut; je n'en ai qu'un mais je l'ai bien : je ne suis pas un expansif ; j'ai l'horreur des démonstrations. Tout notre malheur vient de là. Pareil à beaucoup d'hommes — car c'est nous les grisettes, les romances et les petites fleurs bleues! — j'ai la pudeur d'une sentimentalité que tu ne m'as jamais soupçonnée et que je dissimule comme une tare! Eh bien, il est temps que tu me connaisses, je suis las de t'être étranger! {Tombant à ses pieds.) Marguerite, tu m'es plus chère que tout ! Méirguerite, je n'ai que toi au monde! Marguerite, si tu m'abandonnes, c'est le sol qui s'ouvre sous mes pieds! Je te supplie d'être ma femme!

MARGOT, avec un accent de douloureuse et profonde lassitude.

Relève-toi et finissons-en. Toutes ces paroles m'étourdissent.

LAURIANE, se levant.

Ce sont des paroles sincères.

MARGOT

Il est possible qu'elles le soient, possible qu'elles ne le soient pas, je n'en sais rien, toi non plus peut-être, et au fond qu'est-ce que cela peut faire? puisque fatalement.

inévitablement, elles auront raison de ma faiblesse. Oh! sur ce point, je n'ai aucun doute à avoir, aucune illusion à garder; je ne tenterai môme pas d'une lutte où je suis d'avance vaincue. Il y a des gens qui naissent vaincus, j'ai le malheur d'être de ceux-là; je n'ai qu'à en prendre mon parti. Tu veux m'épouser? Épouse-moi. Cela me laisse indifférente et ce n'est pas, sois-en convaincu, la perspective du mariage qui me ramène entre tes mains dont je me croyais libérée. J'y reviens, parce qu'une puissance plus forte que toutes mes forces me donne l'ordre d"y revenir, parce que la nature m'a refusé le pouvoir de répondre : « Je ne veux pas » à quiconque me dit : « Je veux » et parce que ma résolution est pareille à ces pierres de grès qui s'émiettent sous le doigt et deviennent du sable. J'avais mon petit bien que je croyais à moi, bien conquis et bien acquis. Tu le veux? Le voici, je te le donne. Comme avant cinq minutes tu me l'aurais repris, j'aime mieux t'en faire cadeau tout de suite et qu'il n'en soit plus question. Vois-tu, il n'y a pas à se débattre ; quand on ne peut pas on ne peut pas. [Elle se lève.) Et maintenant, allons-nous-en, car mon dernier écheveau de courage est à bout, et j'ai bien mal à la tète.

LAURIANE

Marguerite 1

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