La Culture française en Russie
Il y a deux siècles que la culture française a pénétré en Russie pour y faire une fortune que nous admirons, mais de confiance, car, jusqu'à présent, les historiens n'en ont retracé que des épisodes. J'ai tâché d'en suivre Vhistoire d'époque en époque, aussi complètement qu'on le peut en cinq ou six cents pages, c'est-à-dire, en définitive, d'une façon fort sommaire. Mon lecteur français trouvera que fai trop glissé sur les détails qui, justement, l'auraient intéressé le plus; de son côté, le Russe, qui sait que « le bien et le mal viennent sur le même traîneau », me soupçonnera d'avoir laissé tomber du nôtre, exprès, nos sous-produits les moins louables. Le fait est que dans c< l'étrange aimant de la France » *, j'ai recherché surtout les raisons de l'esprit et du cœur; je dirais « celles qui ont civilisé », si je ne craignais de rappeler aux Russes les Français qu'ils accusaient, jadis, de vouloir les dresser sur leurs pattes de derrière.
La nouvelle édition de ce livre y apporte peu de changements; quelques corrections, quelques additions, surtout à la bibliographie, en font toute la nouveauté. Je n'y ai modifié aucune appréciation. Je sais bien que telle revue de Pétersbourg m'a reproché des tendances suspectes, et cela, notamment, pour avoir qualifié d' éloquent un écrivain d'un autre bord. J'en prends mon parti d'autant plus aisément que ce livre, dont je craignais qu'il ne choquât, là-bas, des susceptibilités nationales, y a été accueilli, au contraire, avec infiniment d'indulgence et de sympathie. Je suis heureux d'en exprimer ici ma gratitude à nos amis russes.
Emile Haumant, Paris, août 1910-août 1913.