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Lettre du 12 février

3. Catherine II à Grimm. Voir Larivière, Catherine II et la Révolution française, pp. 133 et suiv.

le deuil, on va processionnellement jeter des fleurs devant le portrait de la reine martyre que Mme Vigée-Lebrun expose, •encadré de crêpes noirs1; de grands seigneurs reçus jadis à ; Versailles et à Trianon élèvent dans leurs parcs des monuments à la mémoire de la martyre, et Souvarof, à la frontière, attend impatiemment Tordre d'écraser « les Robert Pierre et les Calot- Gerbois2 ».

Sous ce déchaînement, nous retrouvons chez tous les lettrés un sentiment analogue à celui qui, tout à l'heure, était exprimé par Kotchoubey. Comme Joseph de Maistre, ils pleurent les victimes de la Terreur, mais avant tout ils redoutent, dans sa victoire, « l'abrutissement inévitable de l'espèce humaine3 >). Ils constatent — comme le faisait de son côté Mme de Staël — le progrès de la vulgarité des manières et des opinions, notent le recul du goût, de la raison, de la langue elle-même. « Elle se corrompt avec une rapidité alarmante, écrit Grimm; la langue de Racine et de Voltaire aura incessamment un air étranger4. » Ils prévoient enfin la ruine prochaine des arts et des sciences. « Elle me paraît inévitable, écrit Karamzine. Si quelques étincelles se conservent sous la cendre, qu'en sera-t-il pour le monde? Ah! nos descendants, quel sera votre sort? » Ce qui est sûr, c'est que les vastes espérances du xvnf siècle sont évanouies à tout jamais. « Siècle de civilisation, je ne te reconnais plus! dans le sang, dans les flammes, au milieu des massacres et des destructions, je ne te reconnais plus5 ! »

Quelques Russes se demandent alors si la civilisation, compromise en son foyer, ne devra pas être sauvée par le pays qui l'a reçue le dernier, et se trouve, par un hasard providentiel, très loin de « l'abominable grabuge » des Français. « Heureux,

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