Lettre de Mêlodore à Philarète
s'écrie Simon Vorontzof, le pays qui est séparé d'eux par le Rhin, l'Elbe, l'Oder, la Vistule, la Dvina et le Dniepr ! Car il vaut mieux être voisin des anthropophages que de cette abominable* République i ! » Le malheur est que ses victoires la rapprochent chaque jour; que, même si l'on essaye de vivre en paix avec elle, « cette nation féroce et scélérate, qui ne songe qu'à troubler tous les pays », fera à la Russie « une guerre sourde et d'autant plus dangereuse par ses espions et ses émissaires2! » Est-on sûr que certaines suggestions n'auront pas prise sur le peuple? « Il est partout ignorant et bête, et ce cri de : Point d'impôt ! parfaite égalité ! est trop attrayant pour qu'il ne se soulève pas. Notre tour viendra3.... » Décidément la guerre vaut mieux qu'une Pougatchovchtchina suscitée par les Français; mais le choc sera rude, même pour les soldats de Souvarof. Kotchoubey entend parler, à Vienne, de la capitulation de Valenciennes. « Le général Ferrari dit qu'il n'a jamais rien vu de plus affreux que les figures qui composaient la garnison de cette place, maigres, pâles, puantes, presque nues, mais avec cela arrogantes comme sont les Français en général, et toujours enthousiastes de leur chimérique liberté 4. »
Pourtant ces sentiments ne sont pas universels; 1793 n'a pas fait oublier partout 1789, et la police n'a pu arrêter toutes les infiltrations françaises. Si surveillés qu'ils soient, les outchiiels propagent encore des idées libérales ; le Brûckner que les Kourakine ont engagé pour 50 000 livres, forme chez eux, à côté des petits Kourakine, le Spéranski, fils de diacre, qui sera si grand admirateur de Napoléon s. Chez les Soltykof, M. de Boudry