Voyage d'un officier français prisonnier..,, p. 120, etc
Les jours s'écoulent ainsi, au milieu d'hôtes souvent devenus des amis : seul, Vandamme, à Moscou, commettant d'incartades et suscite tant de commérages, qu'on menace de l'envoyer en Sibérie1. Mais déjà la paix de Paris est signée, et la libération des prisonniers commence. Partout ce sont des adieux touchants. « Nous ne quittâmes point Bougourousland, écrit l'officier mécontent des dames tatares, sans remercier avec effusion les magistrats et les habitants pour les bons traitements que nous en avions reçus pendant dix-huit mois 2. » À Mgline, le major Breton compose des vers à la louange de la comtesse Goudovitch; Laflize écrit une description détaillée de la maladie du comte pour la soumettre aux spécialistes de Paris. Puis les colonnes se forment et s'ébranlent aux cris de « Vive l'Empereur! », avec des drapeaux qui portent l'inscription « Nous le reverrons » : beaucoup de soldats sont persuadés, en effet, que la paix n'est point faite, quoiqu'on dise, et qu'il s'agit d'un simple échange de prisonniers3. Mais ils sont encore loin de France que la nouvelle des désastres leur arrive, et enfin celle de Waterloo. Il faudra rentrer la tête basse ; à qui ne veut ni s'y résigner, ni se coucher et mourir, comme le grenadier de Heine, il ne reste qu'à rebrousser chemin vers le seul pays d'où la haine des Français et de l'Empire ait disparu. C'est à quoi se décide Laflize, par patriotisme, dit-il, et nous n'en doutons pas; notons pourtant, qu'aussitôt revenu, il devient le neveu des Goudovitch.
En somme, dans tous ces survivants de. la guerre, il n'y a plus de haine à l'égard des Russes; quelques horreurs que l'on ait vues, c'est encore la reconnaissance qui domine. De l'autre côté, tout est oublié; la destruction de Moscou n'est plus qu'un accident glorieux ou malheureux, selon le point de vue, mais dont il serait injuste de garder rancune aux Français. On les