‹ La Culture française en RussieChapitre 260 sur 518 · Baggi, Memorie, I, p · texte numérisé non relu

Baggi, Memorie, I, p

major Cassagnard les accompagnera sur son violon; après quoi, il reparaîtra, avec d'autres Français, dans les Fourberies de Scapin. Il est enfin un talent, ou un don, que l'opinion européenne de ce temps ne conteste pas à nos ancêtres; c'est celui de plaire aux dames. Mais là-dessus ils sont discrets, et leurs Mémoires ne parlent que du charme qu'ils ont subi. Les dames nous font bonne mine, raconte Laflize; c'est sans doute que nous ne les négligeons pas, comme beaucoup de Russes, pour la dame de pique. Il ne prétend pas, d'ailleurs, que cette courtoisie soit toujours innocente; à preuve son camarade Baratier qui, plus expansif que d'autres, en sa qualité de cuirassier, s'échauffe certain soir, et en dit tant sur ses « feux » à la dame du logis, qui rit de tout son cœur, que Laflize, inquiet malgré cette gaîté, ne voit qu'un moyen d'arrêter la scène; c'est d'aller chercher la flûte du cuirassier : après tout, les aveux en musique sont encore ceux qui font le moins de bruit. Quelques jours plus tard, on rencontre de jeunes personnes récemment sorties du célèbre Institut de Smolny, et, cette fois, c'est le major Breton qui s'enflamme : « Des filles comme cela, si intelligentes, si aimables, si cultivées, et parlant quatre langues, nous n'en trouverions pas en France ! » Le toujours sage Laflize l'exhorte au calme, et cependant, à l'écart, il fait la cour à la nièce de la comtesse Goudovitch1. Dans ce concert sympathique, la seule note discordante est donnée par un officier envoyé du côté d'Astrakhan. Il y constate, d'abord, que « les femmes tartares paraissent avoir peu de goût pour les Français » ; ensuite, que les femmes de la noblesse russe sont sages, pour la plupart, mais que « la faute en est aux dieux qui les ont privées de sensibilité et du don de plaire2 ». Il se jure donc de rester fidèle « aux aimables Françaises », et on l'en louerait, si son pathos ne faisait songer à certain renard de la fable.

Page 1