Antiquité russe, XI, 1874, pp. 644 et suiv
grâce à eux que l'indemnité de guerre est réduite de 326 à 26 millions, que nous obtenons une légère extension des frontières de 1792, que le Louvre garde les trésors conquis par Napoléon. « Ils seront plus faciles à visiter réunis à Paris *, » a répondu Alexandre aux réclamations des Italiens. On se répète donc le mot de Mme de Staël que, seuls sincères parmi les Alliés, les Russes n'ont lutté contre la France, comme Tancrède contre Armide, que pour la désarmer, et non pour la blesser, et on leur en sait d'autant plus de gré que cette Armide est fort sensible aux hommages, et qu'ils ne les lui ménagent pas.
Dans les premiers jours, le colonel Orlof remarquait la froideur des salons, de ceux-là mêmes où les visiteurs russes avaient des amis2. Quelques jours plus tard, ils sont reçus partout, fêtés, et si quelques-uns, tels que Fatamane Platof, « un bipède grossier, d'une figure insignifiante, et qui ne savait, je crois, aucune langue européenne3 », font tache dans la société parisienne, d'autres la séduisent par leur bonne grâce, et tout d'abord l'empereur Alexandre. Écoutez-le se plaindre galamment des Françaises. « Je suis arrivé ici avec une grande crainte d'elles ; je sais à quel point elles sont aimables.... Mais je prends leur bienveillance comme je le dois, je me retire. » Et ce qui ajoute au prix de ces propos, c'est qu'ils sont tenus dans le salon de la reine Hortense4. Seuls parmi les Alliés, les Russes ont l'esprit de ne pas s'en tenir aux salons des anciens émigrés ; ils savent causer avec leurs adversaires de la veille, voire avec les vétérans de l'Hôtel des Invalides, que les jeunes grandsducs ne manquent pas de visiter. En 1815, quand le maréchal Davoust sera au ban de la France officielle, un aide de camp d'Alexandre osera, à la Chambre des pairs, lui témoigner « toutes
j 1. Schilder, l'Empereur Alexandre Ier, III, p. 238.