Antiquité russe, 1901, juin
les formes du respect dû à un illustre guerrier i » . Il y a là de quoi toucher même un grognard en demi-solde, et le fait est que le colonel Combes, grand duelliste, ne regrette qu'une seule des victimes qu'il a faites parmi les Alliés : c'est un jeune officier des Cosaques rouges2.
Mais la plupart des Russes ne connaissent pas les salons ; ils ont d'autres soucis. « Le jour de la capitulation, raconte Facteur Brazier, j'étais de garde à la barrière Saint-Martin. Les premiers mots que m'adressa un jeune officier kalmouck qui parlait à peine le français, furent pour me demander le Palais-Royal et le théâtre de Brunet3. » Le lendemain, jour de l'entrée officielle des Russes, tous les officiers se sont donné rendez-vous, pour le soir, chez Véry. Ils y dînent joyeusement — la contribution de guerre permet de ne pas regarder au Champagne. Puis chacun vaque à ses affaires; pour celui-là, c'est l'Opéra et la représentation que nous avons déjà décrite; pour celui-ci, c'est Brunet, ou le café, sous la colonnade, où trône une caissière qu'on lui assure être une ex-maîtresse de Louis XVI; pour beaucoup, ce sont les tripots et les ce sirènes » qui, sachant les officiers russes « faibles et généreux », s'attaquent de préférence à eux*. Ils les suivent donc dans leurs « cavernes », et plusieurs auront à s'en repentir 5.
Dès ces premiers jours d'occupation russe, la note à la Karamzine nous est donnée par Batiouchkof. D'abord, il a passé son temps à flâner. « Errer sur les boulevards, déjeuner chez Beauvilliers, visiter les théâtres, admirer un Talma, rire à gorge déployée des fantaisies d'un Brunet, rester en extase devant l'Apollon du Belvédère ou les tableaux de Raphaël, bâiller sur la place Louis XV ou sur le Pont-Neuf, flâner au milieu de la