L'hermite en Russie, II, p
licence! Pour d'autres, c'est quelque chose de froid, de guindé dont ils ne peuvent découvrir la cause. Ancelot la cherche d'abord dans le manque de liberté politique. « A Pétersbourg, on n'a pas même la ressource de médire des ministres » ; mais sa remarque prouve seulement qu'il n'est pas encore allé loin dans la confiance des Pétersbourgeois. Puis il avise une autre cause du mal, c'est la supériorité des femmes russes. Elles sont des Julie et des Héloïse, dit-il, plus souvent que les hommes ne sont des Saint-Preux ou des Abélard ; et, comme ils ont conscience de leur infériorité, ils n'osent, dans les salons, s'approcher d'elles : c'est pour cela surtout que le monde de Saint-Pétersbourg est le monde où l'on s'ennuie i.
Les observateurs russes sont d'accord avec les Français pour railler « cette froide, fausse, incolore civilisation de salon2 »; mais, pour eux, le mal provient, non de leurs femmes, mais de cette hiérarchie rigoureuse dont nous avons vu certains d'entre eux se targuer comme d'un avantage sur la France démocratisée. « Oh! Paris! Paris! s'écrie un personnage du Tarantass, où sont tes grisettes, tes théâtres, ton bal Musard3?... Ici, tous te demandent : « Quel est ton tchine? » et si tu réponds : « Secrétaire de gouvernement », nul ne veut plus te regarder3. » C'est peut-être trop dire, et Gogol a plus exactement noté les degrés de la courtoisie russe. « Ces originaux-là — les Français et les Allemands — parleront avec le millionnaire et le débitant ile tabac presque sans changer de ton... Chez nous, les sages savent, devant le seigneur de deux cents âmes, parler autrement que devant celui de trois cents... Montez, montez encore, allez aux millions, et toujours ils trouveront des nuances4. »
La protestation n'est donc plus celle des gallophobes d'autrefois ; s'il y a encore des patriotes pour gémir sur l'insensibilité