‹ La Culture française en RussieChapitre 389 sur 518 · Œuvres, V, p · texte numérisé non relu

Œuvres, V, p

littérature sont ridicules; que, dans les genres frivoles, les Français ont cent fois plus d'esprit que les Russes, et que cela ne les empêche pas d'avoir l'esprit pratique et scientifique : « Tout ce qui est expérience, observation, recherche, est développé au plus haut degré chez eux 1 » . Il se peut qu'en pure spéculation ils soient, comme le dit Herzen, à deux siècles derrière les Allemands, mais en action ce sont les Allemands qui retardent, et sans doute il était impossible qu'il en fût autrement2. « Si vous aviez connu en 1830, disait Heine aux Français, ne fût-ce qu'une partie de la philosophie allemande, vous n'auriez jamais fait vos journées de Juillet. Il y fallait une concentration de pensées et de forces, une généreuse unité, une certaine vertu, une irréflexion que votre vieille école pouvait seule permettre3. »

On convient, d'ailleurs, que son influence généreuse ne s'étend pas sur tous les Français ; qu'il faut excepter les hommes d'État qui, fermés à l'idéal, emploient leurs forces à consolider un régime et une société d'ores et déjà condamnés : « Je me souviens, rapporte Annenkof, que quelques mots dits par moi pour défendre Guizot provoquèrent le rire ironique de tous nos amis4 ». Comment, en effet, pardonner à Guizot et à son roi « leur peu de souci de l'esprit national », c'est-à-dire leur refus de mettre l'État au service de « la France typique, celle qui, dans toutes les questions d'ordre social, politique, moral, cherche la réponse absolue, et veut l'imposer, au besoin, par la force5? » C'est en cette France idéale que l'on espère, en elle que l'on vit. « Nous habitions la Russie, ou plutôt Pétersbourg, écrit Chtchédrine, mais notre vraie vie, notre vie intellectuelle et morale, se passait en France.... Il s'en émanait, de cette France,

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