‹ La Culture française en RussieChapitre 391 sur 518 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

La révolution de 1848 et la réaction.

Napoléon III et Nicolas Ier; la guerre de Grimée, le rapprochement qui la suit.

La révolte de la Pologne; la guerre de 1870, l'attitude du gouvernement et de la

société russe. — L'évolution vers l'alliance. Ses adversaires. Les ennemis de la France napoléonienne, puis de la République

bourgeoise. Les invectives de Gorki.

La révolution de Février éclata alors que la plupart des hommes marquants de la colonie russe étaient absents de Paris. Aussitôt Tourguénief et Bakounine revinrent de Belgique où ils s'étaient rendus, l'un pour suivre Mme Viardot, l'autre après son expulsion de France par le ministre de l'Intérieur, Duchatel * ; Herzen accourut de Rome, où des cris de Evviva la Republica francese! au bal masqué, l'avaient averti des événements. En route, ils rencontrèrent, l'un, dans le nord, un Commissaire de la République, très haut empanaché2; l'autre, dans le midi, le

1. Sur cette expulsion, préface de sa Correspondance, pp. 39 et suiv.

2. Voir VHomme aux lunettes fumées et Nos gens m'ont envoyé (traduit sous ce titre : Monsieur François), dans Reliques vivantes et Œuvres dernières de TourguénieJ, éditée, chez Hetzel.

frère de l'archevêque Sibour avec lequel il but à la république universelle1. Ils se retrouvèrent à Paris, ivres d'espérance; autour d'eux on imaginait déjà Nicolas Ier devenu constitutionnel et formant un cabinet responsable2.

Ces illusions durèrent peu. Bakounine disparut le premier, chargé d'une mission mystérieuse qui semble bien n'avoir été qu'une nouvelle expulsion, mais élégante3. Tourguénief, indifférent, s'en alla en Brie finir les Récits d'un Chasseur. Herzen vit les journées de Juin, songea à se faire tuer sur une barricade; puis, calmé, attendit les perquisitions de la police et l'expulsion qui s'ensuivit4. Londres devint alors le refuge des émigrés russes, doublement exilés maintenant que Paris leur était interdit.

En Russie, l'annonce de la Révolution avait produit d'abord une panique dans la société élégante et riche. Comme en 1793, elle crut à l'imminente fin du monde. « Voici, peut-être tranché, s'écriait-on, le destin de l'Europe, de l'humanité3! » Cependant les libéraux chantaient :

« Partons, mon ami Guizot!

Vraiment, ce n'est pas trop tôt 6. »

Et Biélinski reprochait à ses amis de ne l'avoir pas retenu à Paris, en 1847, pour y jouir du spectacle unique qui se préparait. Mais, bientôt après, ce sont d'autres nouvelles. Voici Lamartine, ce pâle Lamartine au pouvoir ! mais non, il n'y est déjà plus ! c'est un général maintenant qui, dans son petit doigt, est aussi méchant que Paskiévitch tout entier7. On le regrette pourtant, cet ogre, quand il est remplacé par un prétendant au trône, La réaction

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