‹ La Culture française en RussieChapitre 404 sur 518 · Ivan Tourguénief, Fumée, p. 317 de la trad. franc · texte numérisé non relu

Ivan Tourguénief, Fumée, p. 317 de la trad. franc

notre destinée sera la même4, et notre mort, sans doute, servira l'humanité. « Les Parisiens ne peuvent périr inutilement, disait tout à l'heure Bakounine : qu'ils fassent sauter Paris ! »

Quoi que nous pensions du conseil, nous devons constater que, depuis soixante ans, les prophètes de la Russie nouvelle — Tolstoï excepté — nous clouent périodiquement au pilori ; que les jeunes générations n'ont pas cessé d'entendre dénoncer « la grande trahison » des Français ; que hier encore la majorité des deux premières Douma appartenait aux partis qui se sont fait une habitude de cet anathème. On en conclurait que « l'intelligence » tout entière a glissé dans la gallophobie, si l'on ne savait déjà à quel point ses habitudes et ses goûts dépendent peu de certaines boutades. Fone Vizine et Rostoptchiné nous ont accablés jadis de traits qu'ils avaient souvent empruntés à des Français; Gorki fait de même, en s'inspirant d'Octave Mirbeau2; l'écoute-t-on mieux que Fone Vizine et Rostoptchine? Notre influence en Russie a résisté aux gallophobes en caftan national, en plaid ossianesque, en lunettes hégéliennes : il faut attendre encore avant de décider que la blouse du prolétaire l'a mise en fuite.

i. Renan, La réforme intellectuelle et morale, p. 236.

2. Une des trouvailles de Gorki, c'est la chambre tapissée de peau de nègre où îa Belle France reçoit son visiteur. Elle vient des Vingt et un jours d'un neurasthénique; M. Mirbeau l'avait déjà vue chez le général « Achinard ».

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