Voir plus loin, p. 486 et suiv
en traduction, sont innombrables. La Russie possède son théâtre national, elle a les chefs-d'œuvre d'Ostrovski; elle applaudit des pièces norvégiennes, viennoises, anglaises, que d'ailleurs nous applaudissons aussi ; c'est tout de même le répertoire de nos théâtres de second ou même de troisième ordre qui fait le fonds de sa consommation théâtrale. Qui comptera les représentations de Madame Sans Gêne, de Pétersbourg jusqu'à Irkoutsk? celles de Divorçons ou de Joséphine vendue par ses sœurs? Déjà dans les années soixante, des esprits chagrins gémissaient du succès de la Belle Hélène 4; tout récemment encore un publiciste patriote rappelait, en le flétrissant, ce temps infâme où des généraux russes constellés de décorations s'agenouillaient devant Judic en fredonnant « car ce cygne était mon papa2! » Malgré ces plaintes, la postérité de ce cygne a longtemps dévasté la Russie et, si l'opérette a fini par y reculer — comme à Paris — c'a été simplement pour laisser la place à d'autres genres français. Reprenons le journal si fâché des succès de Judic; dans un seul numéro, nous y apprendrons que ce soir on jouera, ici, la Dama skaméliami, là les Kornévilskia Kolokola, ailleurs la Dama ot Maxima; que, de plus, des scènes moins importantes donneront, l'une un grandiozny baletny divertissment, l'autre, les farsy des frères Batignolles, qui sont du dernier parijski janr et font une kolossalny furor par leurs sensatzionnie triouki et leurs pikantnya chansonetkP : de sorte qu'il semble, devant ce déluge, que le genre le plus populaire, en Russie, ce soit encore le genre « franco-russe ».
En définitive, dans la classe plus nombreuse et plus mêlée qui remplace la société d'autrefois, il y a maintien de nos modes,
1. Prince Krapotkine, Autour d'une vie, p. 123. — Cf. Messager historique, mai 1907; Messager russe, août 1890, etc.