‹ La Culture française en RussieChapitre 428 sur 518 · Nouveau Temps, 1909, n · texte numérisé non relu

Nouveau Temps, 1909, n

pièces où ils ont paru ont suscité des éloges unanimes, à côté desquels il faut pourtant signaler une réserve importante, car elle révèle une différence de goût qui tient peut-être à l'émancipation définitive de l'esprit russe.

Mounet-Sully, dit le critique du Messager du Nord, a dû conquérir de vive force son succès : le public était déconcerté par la forme originale de son jeu et les procédés de sa déclamation tragique.

« Les bons connaisseurs ont apprécié non seulement ses rares dons naturels, mais encore la beauté de sa diction ; ils ont compris, à le voir et à l'entendre, qu'il y a encore un art scénique dans lequel la poésie a naturellement sa place. Mais les autres, de beaucoup les plus nombreux, l'ont d'abord trouvé bizarre et emphatique, et cela parce que le théâtre russe les a déshabitués du souci de l'harmonie des mots et de la plasticité du geste *. »

Une autre revue constate le même fait et l'explique par l'amour de la grisaille : tout ce qui sort de l'ordinaire et du quotidien est aussitôt supposé, en Russie, artificiel et faux; « l'esthétique n'y est pas en faveur 2 » . Or, ce n'est pas seulement à propos du théâtre que cette défaveur est constatée : « dans leurs romans, remarque un critique, les Français aiment à prendre la note un peu plus haut que le naturel. Les Russes de la dernière période, de la période gogolienne, aiment à la prendre le plus bas possible3.... » Nous aurons à revenir sur cette observation, et à nous demander si vraiment elle ne s'applique qu'aux Russes de la période « gogolienne4 ».

Mais, pour un trait qui sépare, il en reste beaucoup qui rapprochent. Boubouroche et Patachon ont beau être honnis par la critique, les gens qui veulent les applaudir, non seulement au Théâtre Michel, mais encore sur des scènes russes,

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