‹ La Culture française en RussieChapitre 437 sur 518 · Bévue historique (Rousskoié Obozriénie), 1892, V, p · texte numérisé non relu

Bévue historique (Rousskoié Obozriénie), 1892, V, p

3. Aksakof, ouvr. cité, III. Lettres de Paris et de Munich, passim.

4. « Les jeunes Russes qui se destinent à la carrière scientifique considèrent

guénief, dans Fumée, le futur universitaire, le successeur de Granovski qu'attend la Russie, c'est le Bersénief qui se console de ses peines de cœur avec Y Histoire des Hohenstauffen, de Raumer, tandis que son ami Choubine, « le vif-argent, le Français », s'égare à la poursuite des onze mille vierges. C'est pourtant Bersénief qui a des fils ; c'en est un que le docent qu'Elisabeth Diakonova rencontre, en 1902, dans une pension du Quartier Latin où il soupire après la petite ville allemande où la vie était si paisible, la bière si fraîche et les bibliothécaires si gemûthlich; où l'on ne sentait jamais cette hostilité contre l'étranger que les Parisiens, dit-il, cachent mal sous leurs formes engageantes1.

Cependant, depuis quelque vingt ans, un nouveau courant s'est dessiné. Dans ce les années quatre-vingts », nous avons vu apparaître dans nos Facultés d'abord des Israélites russes, qui, à la vérité, recherchaient nos diplômes précisément pour ne pas retourner en Russie; ce n'était pas encore le printemps qu'apportaient ces hirondelles. Mais, un peu plus tard, l'Institut Pasteur et encore plus la Tour Eiffel persuadent la vraie Russie que la science française n'est pas morte; le rapprochement politique des deux pays garantit l'étudiant, — jusqu'à un certain point — contre le risque d'être suspect à son retour de Paris. Il y vient donc et trouve que la Sorbonne de Modestof a maintenant des élèves, des conférences, même des séminaires! Le bruit de ces merveilles se propage, et de Varsovie, de Pétersbourg, de Moscou, du Caucase, de l'Asie centrale, de la lointaine Sibérie, un flot de jeunesse accourt vers Paris. Ce qui l'attire, c'est le souci du diplôme, la renommée de tel maître, la soif de telle science, mais encore plus, et sans qu'elle s'en rende bien

que la science allemande est la première du monde, sauf en chimie et surtout en mathématiques, où Ton reconnaît notre compétence. On déclare l'enseignement de nos universités très inférieur à celui des universités allemandes. » (Paul Labbé, Bévue des Études franco-russes, 1902.) 1. Elisabeth Diakonova, Journal, p. 219.

compte, le prodigieux bourdonnement d'idées de la grande ruche : ce qu'elle veut en emporter, comme ses devanciers du xvme siècle, c'est « le secret de la civilisation et de la liberté1 ».

Qu'il y ait des déceptions, c'est inévitable, et l'avenir seul dira si beaucoup de ces pèlerins ont profité de leur pèlerinage. Le fait certain — maintenant que les vrais étudiants prennent le pas sûr les mystiques du début — c'est que notre culture y gagnera. Revenus en Russie, l'élève de nos Instituts scientifiques, le docteur de nos Facultés diront qu'il y a aussi de la Science chez nous, et qu'elle y est plus accueillante qu'ailleurs : Metchnikof et Wyroubof ne sont-ils pas devenus nos maîtres? De son côté, l'élève de la Sorbonne promue professeur de français ne parlera sans doute pas à ses élèves que de notre grammaire — de nos jours, le rôle du professeur de langues vivantes va plus loin — et c'est elle, en définitive, qui formera l'opinion sur nous de ces petits qui lui disent, à sa première classe, tout hérissés : « Mais, mademoiselle, nous ne voulons donc pas être des Français2! »

Le mal est que, de notre côté, nous ne préparons guère ce professeur à sa tâche. A Paris, où les jeunes Russes affluent, où telle Faculté les enregistre par centaines, se préoccupe-t-on de leur donner ce que leur confiance attend de nous? Ce qu'ils veulent, ce qui leur est indispensable, c'est, avec la connaissance de notre langue, celle de notre culture et de notre histoire, dût-elle être, pour commencer, un peu superficielle; l'ensemble une fois débrouillé, ils sauront combler les lacunes. Ce qu'ils veulent encore, c'est, autant que possible, l'initiation à cet art de penser et d'écrire avec ordre que l'Europe nous envie toujours. Tout cela, le leur donnons-nous? Leur faisonsnous comprendre l'histoire de la civilisation française? leur apprenons-nous à écrire? avons-nous tâché d'adapter quelques

1. Voir Ivan Strannik, Les Mages sans étoile, pp, 90 et suiv.

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