CHAPITRE XXXVI
Notre littérature scientifique et la concurrence allemande. — Les sciences morales; la philosophie, la critique, l'histoire.
Les œuvres d'imagination; cause générale de leur défaveur. Les poètes; la réhabilitation des classiques. Les romanciers, leurs traductions; les favoris, Zola, Mirbeau.
Le roman populaire et son rôle.
Jadis, c'est à nos écrivains que revenait, presque entière, la tâche de défendre notre culture. Ils y suffisaient, mais peut-être parce qu'il y avait alors peu d'écrivains russes, et parce que les Anglais et les Allemands ne nous faisaient guère concurrence que par l'intermédiaire de nos traducteurs. 11 s'en faut que les circonstances d'à présent soient aussi favorables.
Dans les années cinquante, notre science a encore son prestige; « il n'y a plus qu'elle que nous estimions en vous », nous ditHerzen4. Un peu plus tard, l'engouement pour les sciences naturelles qui, d'Allemagne, passe en Russie, nous fait reculer : dans Fumée, quand Vorochilof, « tout d'une haleine, au risque d'étrangler », cite à Bambaief ahuri les noms d'une trentaine de savants, il n'y a que trois Français dans le nombre2. Pourtant, en 1870, le slavophile Danilevski, dressant l'inventaire des richesses intellectuelles de l'Europe, ne reconnaît encore la pri-