Archive Vorontzof, II, p
son secrétaire Bakhtiéief échantillonne des bas de soie, et Simon Narychkine, mauvais grammairien mais bon courtisan, fait emplette, pour l'Impératrice, d'objets qui « ainsi en séparant des dernières modes lui conviendra mieux d'être le modèle des grâces qu'à la poupée qu'un de mes amis ayant le souci de faire faire tout ce qu'il y a de mieux me l'envoie de Paris1 ». Elisabeth y a, d'ailleurs, ses agents attitrés, Mme d'Hacque ville, son chambellan Santi, un Franco-Piémontais que les boutiquiers ont en grande révérence; enfin, à l'occasion, ses diplomates2. Le Bakhtiéief de tout à l'heure court l'Europe en « désobligeante » , avec des chargements de gants, miroirs, rubans, pommades achetées aux Traits galants (?), sur l'ordre de l'Impératrice : s'il ne lui apporte pas de crème de la Barbade*, c'est que la guerre des Français et des Anglais empêche les arrivages de la Jamaïque. D'autre part, à Pétersbourg même, la légende veut qu'Elisabeth guette les vaisseaux français qui entrent dans le port, afin de de faire main basse sur leur cargaison d'étoffes 4 : il en faut beaucoup dans une Cour où l'étiquette exige qu'on change de costume au moins trois fois par jour5!
Sous Catherine II, des courriers font encore la navette entre Paris et la Russie, pour apporter, ne fût-ce que des petits souliers à la belle princesse Catherine Dolgoroukova; mais Potemkine, gui les a commandés, ces souliers 6, sait bien que de tels procédés ne plaisent guère à l'Impératrice. Elle ne perd pas, en effet, une occasion de manifester son peu de goût pour les entraînements de la mode, surtout de celle de Paris. Quand le comte Matiouchkine revient de France tout pomponné, tout « emplumé » , les courtisans se récrient : « l'Amour même ne saurait se pré-