CHOIX ET ACHAT DES ARBRES
Cette question est d’une importance capitale dans la création d’un verger. Si l'on ne plante pas de bons arbres et des variétés excellentes et éprouvées, on n'obtiendra aucun résultat malgré l'attention et les soins donnés aux autres détails de la conduite du verger.
Lorsqu'on veut se procurer de bons pommiers, il est préférable de se rendre soi-même chez un pépiniériste le plus près possible de chez soi. On peut y aller per ‘int la saison de la végétation, dans le but d'examiner à loisir les différentes variétés en vente; puis à l'automne, au moment de l’arrachage des arbres, on revient de nouveau et l'on fait un choix de bons sujets, que l’on se fait expédier, à moins qu’on ne les amène aussitôt soi-même, ce qui serait beaucoup mieux. A l'arrivée des arbres, on vérifie le contenu de l'envoi, et, si l’on n’a pas satisfaction, on retourne les arbres avec réclamation. Il y a avantage réel à agir de la sorte, car, il arrive fréquemment que, soit faute d’avoir telle ou telle variété, soit erreur de livraison, un fournisseur envoie des sujets qui n’ont pas été demandés.
Nous ne saurions trop déplorer ce fait, que l’on cherche à introduire, dans la province, la culture de certaines variétés, telles que Baldwin, King, Nortliern Spy, Rhode-Island Greening, Stark, etc., etc. Ces variétés de pommes ont pour origine un climat plus tempéré que le nôtre; elles exigent une longue saison de végétation et nous savons par expérience, que, vouloir s’obstiner à les cultiver, c'est courir au devant d’un échec certain. Les arbres poussent assez bien pendant quelques années; mais viennent un ou deux hivers rigoureux, les tiges annuelles meurent et la récolte s’en ressent d'autant. Il a fallu l'expérience, pour démontrer la rusticité de certaines variétés de pommiers. On peut dire aujourd’hui sans crainte de se tromper, comme l'affirmait M. Macoun, parlant à l'assemblée annuelle de la Société Pomologique du Nouveau-Brunswick en 1910, ‘qu’un arbre qui est tendre, ne sera pas rendu plus rustique en étant élevé dans une pépinière où le climat est rigoureux l'hiver”. C'est donc un préjugé de croire que les pépiniéristes de la province de Québec peuvent élever des variétés qui deviendront plus rustiques que ces mêmes variétés provenant de pépinières étrangères.
Toutes choses égales par ailleurs, un pommier réputé vivace comme le pommier McIntosh et élevé dans une pépinière de la province, serat-il plus rustique que le même arbre provenant d’une pépinière de la province d'Ontario? En soi, on peut dire que la provenance d’un pommier d'Ontario ou de Québec n'est pour rien dans le rusticité d’un arbre, si cet arbre, comme le McIntosh, est également vivace dans les
deux provinces. Toute la question repose sur le fait suivant: s'assurer que les arbres ne sont pas arrachés avant que le bois ne soit complètement aoûté. Dans les régions plus chaudes du Canada et des Etats- Unis, la saison de végétation est bien plus longue que dans la province de Québec. Les pépiniéristes de ces localités peuvent donc élever leurs arbres sur un sol bien plus riche qu'ici et avoir des arbres bien aoûtés. Si l’on plantait par exemple, dans la province de Québec, des greffes dans les sols les plus riches, les arbres auraient une végétation telle, qu'ils n'auraient jamais le temps de môûrir leur bois et infailliblement, en hiver, ces arbres gêleraient.
Rien de plus erroné que de prétendre que les arbres élévés dans nos pépinières sont plus rustiques que ceux cultivés dans l'Ontario, sous prétexte que ceux-ci ne sont pas acclimatés. L'acclimation n'a rieu à faire ici puisqu'on suppose que la variété est acclimatée dans les deux provinces et personne ne songerait à planter ici des Yellow Newtown, qui ne sont pas rustiques. ©i l’on achète des arbres dans les pépinières étrangères et dont le bois a bien mûri, ces arbres ne sont pas inférieurs en quaïté aux nôtres. Nous disons même plus: nos arbres, s'ils sont forcés en pépinière dans un sol trop riche, n'ont pas le temps nécessaire de mûrir leur bois et en conséquence, les arbres des pépinières étrangères peuvent surpasser les nôtres. Un autre poiuat à considérer, c'est que, pour avoir de beaux arbres, bien vigoureux dans notre province, nous devons perdre un an, car nos arbres de trois ans ne sont guère plus gros que les arbres d'Ontario de deux ans; parce que là-bas, les pépinéristes ne sont pas obligés de rabattre la tige des greffes après la première année de végétation. Si nous n'avions la précaution de rabattre la tige de la greffe après sa première année de végétation en pépinière, nous n'aurions la plupart du temps que des tiges grêles, dont le cœur serait noirâtre. Ce préjugé contre les arbres provenant d’Ontario, qui n’a pas sa raison d'être, provient de ce que les cultivateurs de la province de Québec se laissent tromper par le premier venu qui se dit agent de quelques pépinières en Ontario. On montre à l'appui, une belle brochure avec de jolies gravures colorées, représentant différentes variétés de pommes plus ou moins rustiques et on achète ces arbres à un prix inférieur. Naturellement, on en reçoit pour la valeur de son argent. Il est donc très imprudent d'acheter des arbres dans ces conditions. D'abord, on ne peut se baser pour un achat sur la présentation d'une gravure ou les dires d'un agent; on devrait toujours se mettre en relations avec uue maison de confiance sans passer par des intermédiaires. Dans ces conditions, on exige des arbres de première choix et on tient absolument à ce que l'on ait la qualité et la variété demandés. Comme il est assez difficile de reconnaître les variétés, il faut donc s'en rapporter au vendeur, d’où, la nécessité de ne s'adresser qu'à des pépiniéristes en lesquels on puisse avoir toute confiance. Un agent, même avec de la bonne volonté, peut commettre facilement des erreurs et, pour peu que les arbres ne soient pas bien étiquetés, et que la bonne volonté fasse c Sfaut, alors....Non, ne courons pas de risques. ...Mieux vaut avoir £ faire directement au producteur. En nous confiant ainsi à une maison
jouissant d’une parfaite réputation, on lui donne des instructions auxquelles elle aura intérêt à se conformer.
On ne peut pas facilement trouver dans la province des pépinières qui pu:sent fournir la quantité d'arbres nécessaires à la plantation de grands vergers. Il en existe, mais elles ne sont pas suffisantes pour les besoins actuels. Il 7 à trop de personnes dans la province, qui achètent des arbres de seconde qualité des agents des provinces étrangères à prix modiques, pour les revendre ensuite à nos cultivateurs. Ce sont ces intermédiaires qui causent le plus grand préjudice à la prospérité arboricole de la province de Québec. Sachons payer un prix raisonnable, et nous aurons de bons arbres à planter, même en les prenant ailleurs que dans la province. Néanmoins, commençons par favoriser nos pépinéristes, qui produisent eux-mêmes ce qu'ils vendent et s'ils ne peuvent donner satisfaction, ayons recours aux autres maisons de confiance telles que celles établies depuis bien des années à Winona en Ontario.
Nous parlons en particulier de cette région, parce que nous avons vu les cultures de M. Smith et de Brown Bros. Ces messieurs tiennent des pépinières modèles, et sont les premiers à se croire obligés de ne livrer que des arbres rustiques et de bonne qualité. Par ailleurs, nous pourrions citer bien des cultivateurs qui sont obligés de recourir aux pépinières étrangères, ne pouvant trouver, dans la province, les arbres dont ils ont besoin et leurs plantations réussissent très bien, parce qu'ils ont su exiger des arbres de première qualité et payer en conséquence.
Nous sommes suffisamment renseignés maintenant sur la question de savoir où acheter nos arbres si nous ne les avons pas élevés nousmême dans la pépinière.
Quand faut-il acheter les arbres?—On devrait toujours donner sa commande de bonne heure, à l'automne, si on ne l'avait pas fait auparavant durant le cours de l'été. A cette époque, on risque moins d’être mal servi, et, si on le peut facilement, on se fera expédier ces arbres à l'automne, pour être mis en jauge jusqu’au printemps. Il est très important d'insister sur la bonne maturation des arbres. Très souvent, les pépiniériste ont la fâcheuse habitude d’effeuiller leurs arbres trop tôt, avant la chute naturelle des feuilles à l'automne. Ce procédé affaiblit un arbre et bien des insuccès, dans la plantation d'un jeune verger, sont dus uniquement à cette cause. De tels arbres manquent de vitalité et ne feront jamais de bons sujets. Insistons donc pour qu'on n'effeuille pas les arbres; ils auront alors tout le temps nécessaire pour mûrir leur bois.
Doit-on planter les arbres à l’automne, dans la province de Québec?—Nous pouvons répondre négativement. Pour peu que l'on ait de l'expérience dans la conduite et la plantation des vergers, on verra bien qu'avec nos hivers, il est toujours dangereux de planter les arbres à demeure, à l'automne. Ceux-ci, d'ailleurs, ne parviennent généralement pas à temps chez l'acheteur pour qu'il soit permis à ce dernier de procéder avant l'hiver, à la plantation définitive.
Aussitôt la réception des arbres, on les mettra en jauge sur un terrain un peu élevé, où les eaux ne séjournent pas longtemps. Si
la quantité n'est pas trop importante, il veut mieux délier chaque paquet, en ayant soin de bien étiqueter le premier et le dernier arbre de chaque variété différente mise dans la jauge. Les arbres sont alors étendus en rangs dans une tranchée assez large, de façonà incliner les rangs les uns
vers les autres. A mesure
qu'on recouvre de terre la
tranchée précédente, on
en ouvre une suivante, etc.
La tranchée doit être
suffisamment large pour
recevoir les arbres sans
que leurs racines soient
enchevêtrées. En rem-
blayant, on a soin de
mettre la terre en contact
intime avec les racines en
la foulant énergiquement.
Les arbres sont extraits
de la jauge au moment
de leur plantation au prin-
temps; s'ils y restent assez
longtemps, ils émettent
des radicelles comme s'ils
étaient à demeure.
Quels arbres acheter?
—Est-il nécessaire d’'insister sur l'intérêt qu'il y a à n'employer que des arbres vigoureux et parfaitement sains. Une écorce lisse continue, sans meurtrissures, des racines développées et ramifiées témoignent d'un état satisfaisant. Est-ce à dire qu'il faille planter des arbres déjà d'un certain âge et assez gros ?—Non, voilà certainement un autre préjugé que l'on rencontre un peu partout dans la province de Québec, Combien de fois n'avons nous pas entendu des cultivateurs nous dire qu'ils voulaient planter de gros pommiers ? On ne songe pas, quand on parle ainsi, aux désavantages qui résultent de la plantation de tels arbres. Aux EtatsUnis et dans beaucoup de régions du Canada où l'on s'occupe de faire de la pomologie avec succès, on ne planté guère que des arbres d'un an de pépinière, (ici deux ans) de trois pieds de tige, Sans aucune ramification.
A quel âge doit-on planter des pommiers?-—Au printemps de 1913 un producteur de fruits qui possède 200 acres en verger et
Fig. 53. — Paquet de pommier de 2 ans.
qui se proposait d'en planter encore 100 acres l’année suivante, affirmait qu'il ne plantait que des arbres de deux ans (ne possédant qu'une tige sans ramifications). Cet arboriculteur prétendait qu'il y avait une supériorité de bénéfice de 10 à 30%, selon que l’on commençât, soit avec des arbres agés de deux ans, soit avec ceux detroisans. Si cet avantage est réel, bon nombre de cultivateurs dans la province de Québec doivent se tromper en plantant des arbres âgés de plus de deux ou trois ans.
Après tout, quand on songe à ce qu'est réellement un arbre de deux ans, il n'y a pas à s'étonner des avantages qui résulteraient de sa plantation. Les pépiniéristes ne greffent jamais sur un sujet provenant de semis âgé de moins d’un an. Cette greffe, plantée en rangs de pépinière, pousse pendant un an, et au commencement de la seconde année en pépinière, la tige est rabattue et la greffe pousse de nouveau encore un an. En somme, en comptant depuis le semis jusqu'à l'arrachags, il y a réellement trois ans. Donc ce qu’on entend par un ärbre de deux ans, c'est la tige d’un pommier qui a poussé toute une saison sur des racines de trois ans. Et un arbre de trois ans est ce même pommier laissé une autre saison en rangs de pépinière.
Voici dans quelles conditions on doit chercher à planter un verger dans le but de faire le commerce des fruits: Les arbres doivent 1. coûter aussi peu que possible, tout en étant excellents; 2. exiger peu de déboursés pour planter; 3. pousser vigoureusement et grossir vite; 4. rapporter de bonne heure; 5. produire le plus de fruits possible durant une longue période d'anaées; 6. produire des fruits de qualité supérieure; 7. être formés avec soin, ce qui veut dire que les branches charpentières ne doivent pas casser sous le poids des fruits.
La plupart des pépiniéristes de la province de Québec écimaient jusqu'ici la tête des arbres de deux ans de pépinière au printemps, à quatre pieds et plus du sol, et aujourd'hui on le fait encore dans bien des endroits. Pour favoriser la formation d’une haute charpente, on avait soin de supprimer tous les rameaux situés en dessous de trois pieds de haut, formant ainsi toutes les branches charpentières dans le quart supérieur de la tige de l’arbre. Quand ces arbres arrivaient finalement à leur destination entre les mains du culti ar, ces derniers devaient nécessairement accepter l'arbre déjà rmé avec ces rameaux situés tous dans l’espace (l’un pied dans le : t d’une longue tige dénudée. C'est ainsi qu'on se trouvait presque .orcé de planter des arbres dont les branches fourches ne tardaient pas à plier sous le poids des fruits et à casser.
Parcourons la province de Québec et nous trouverons rarement, même dans les vergers réputés les meilleurs, des arbres dont les branches charpentières sont bien distancées 1° long du tronc des arbres. Ordinairement, presque toutes Îes branches partent du même endroit sur la tige. Nous en voyons un exemple ren.irquable dans la gravure à la page suivante.
Nous croyons que l'on remédierait vite à «et état de choses en ne plantant que des arbres de deux ans de pépin‘ère. Un arbre de deux ans a tous ses boutons intacts au moment où on le reçoit; on
peut facilement écimer la tête à trois pieds du sol et ne laisser pousser que les branches charpentières disposées À une certaine distance entre trois pieds de hauteur (la distance de la plus haute branche du sol) et un pied et demi à deux pieds du sol, la distance de la branche la plus basse. (figure ..) En supposant qu'on ne laisse pousser que cinq rameaux au plus, en comptant le prolongement (si on le conserve),
Fig. 54.—Arbre mal équilibré. Les branches charpentières partent d'un même point.
quatre si on le supprime, on se trouve a avoir une distance de quatre pouces et demi dans le premier cas et six pouces environ dans le second. On évitera sûrement ainsi les fourches. On’ Pourrait nous dire que le pépiniériste en général pourra mieux former la charpente d’un arbre que le cultivateur. Cela est vrai, mais à Ja condition qu'il forme ses arbres d’après la manière que nous avons décrite dans la première partie de ce livre, en les écimant de deux ans à trois pieds de hauteur au lieu de quatre. Et, par ailleurs, quand un cultivateur se décide à planter un grand verger, c’est à lui d'acquérir toutes les connaissances oi pourront l'aider à former une belle charpente dans ses arbres.
Si l'on considère ensuite que de bonnes racines, aussi intactes et nombreuses que possible, sont pour quelque chose dans la reprise d'un jeune pommier, l'on se convaincra facilement des avantages qui résultent de la plantation d'un arbre plus jeune. Les racines des arbres de deux ans de pépinière sont plus fines, plus courtes et plus fibreuses que celles des arbres de trois ans et à plus forte raison de quatre ans. Quand on arrache un arbre de deux ans, il v a bien moins de ces racines fines et courtes mutilées par Îles outils que dans l'arrachage des arbres plus âgés, lorsque toutes les racines s'étendent davantage dans le sol et qu'on est obligé de les couper pour arracher l'arbre convenablement. La reprise des jeunes arbres est donc plus assurée.
L'équilibre entre la tête et la racine n'est que peu rompue lors de l’arrachage d'un arbre de deux ans: aussi à la taille, après la plantation, il suffit de couper la tige unique des arbres de deux ans à trois pieds du sol et de supprimer avec un outil quelconque ou les doigts quelques yeux trop rapprochés les uns des autres pour permettre aux autres de développer des rameaux assez éloignés pour éviter les fourches.
Le prix des arbres, surtout si on les prend en grandes quantités est un point qui vaut bien la peine d'arrêter l'attention du cultivateur RE économe. Les arbres de deux ans, Fig. 55.—Formationdelacharpented'un de trois à quatre pieds de hauteur, arbre, FRE ARR Pure coûtent en moyenne $25.00 le cent
; | tandis que ceux de trois ans de 11 à 16 lignes d'épaisseur au collet coûtent toujours $35.00 le cent au moins. Si l'on compare le prix du transport des arbres de trois ans, le temps exigé pour les tailler après la plantation etc., on peut dire que les arbres plus jeunes coûtent un quart meilleur marché. ‘Garden Magazine Oct. 1913. L'on serait porté à croire qu'il y a avantage à planter des arbres plus âgées sous prétexte qu'ils peuvent rapporter plus vite. Ici encore l'expérience prouve le contraire. Il y a une dizaine d'années seulement, aux Etats-Unis on ne plantait que des arbres de deux ans (trois ans dans la province de Québec); mais aujourd'hui, dans les meilleures sections fruitières, on ne plante que des arbres d'un an. (Les arbres d'un an aux Etats-Unis correspondent à nos arbres de deux ans dans la province de Québec et n'ont qu'une tige sans ramifications, on les appelle ‘a whip’’, M. A. Green, de Rochester affirmait très souvent qu'on ne devait jamais espérer des récoltes de pommes avant que les arbres n'aient huit ou neuf ans de plantation dans le verger. Il sagit ici de bonnes récoltes qu'on peut livrer au commerce.
C'était là l'opinion générale de tous ceux qui, comme M. Green, plantaient des arbres ayant déjà des ramifications. Or, avec les mêmes variétés, dans les mêmes sols, plantées dans les mêmes conditions, M. J. Lewis de Pittston, Pa., créa un verger de vingt acres dont les poinmiers étaient tous d’un an à l'exception de quelques rangées de deux ans lors de la plantation. Au printemps de 1913 les arbres étaient plantés depuis cinq ans et ceux d'un an de pépinière rapportaient en moyenne quarante pommes chacuns tandis que les soixantes arbres plus âgés lors de la création du verger, ne rapportaient pas cent pommes entout. Et ce n'est pas là le seul exemple qu'on puisse donner. Aussi on plante aux Etats-Unis, dans certains états surtout, uniquement des arbres d'un an.
À certaines exceptions près, comme dans la partie de la province située À l'est de la ville de Québec où il se peut qu'on doive planter des arbres plus âgés, il nous semble qu'on a tout à gagner en ne plantant que des arbres de deux ans.
Peut-être que les pépiniéristes eux-mêmes s'opposeront à la vente de jeunes pommiers, parce que le public n'étant pas encore habitué à en planter exclusivement, ils seront obligés de garder en pépinière des arbres de deux et de trois ans. Mais à toute chose, il faut un commencement et nous sommes certain que le jour où l'on comprendra l'importance d'exécuter la plantation de jeunes arbres dans la province de Québec, les cultivateurs rechercheront les arbres de deux ans de préférence aux autres.
Enfin nous ne voudrions pas laisser ce sujet sans répondre à une objection qui parait à première vue, assez sérieuse. Chaque fois que nous avons voulu suggérer aux cultivateurs la plantation des arbres de deux ans, on nous parlait de la neige qui, dans certaines parties de la province de Québec couvre la terre à une grande hauteur pendant l'hiver. Ces arbres seraient presque complètement enfouis sous la neige. Eh bien? Nous n'y voyons aucun inconvénient; au contraire, la neige est une des meilleures protections pour les arbres fruitiers, et les groseilliers, les gadelliers et les framboisiers ne sont-ils pas entière ment recouverts par la neige? Si réellement, on avait à craindre que les rameaux fussent brisés par le verglas ou la neige fondante, nous conseillerions alors de lier les rameaux ensemble pendant l'hiver ou encore de les attacher séparément au tronc de l'arbre. On évitera ainsi les brisures toujours possibles; mais l'expérience montre que ces petits arbres supportent très bien les rigueurs de l'hiver.
Si l'on ne se décidait pas à planter des arbres de deux ans sans ramifications, il faudrait au moins, n'en jamais planter de plus âgés que trois ans. Les jeunes arbres de trois ans, dans la province de Québec, ont la tête de la charpente trop haute déjà formée par le pépiniériste, et nous avons déjà dit qu'il fallait former cette charpente de façon à avoir la branche du haut de la tige principale ou du tronc, à trois pieds du sol environ. Les autres branches charpentières sont échelonnées à une certaine distance les unes des autres sur la tige. Ne plantons pas de pommiers dont les branches charpentières partent d'un même point, ce qui provoquerait infailliblement des cas-
sures aux fourches des arbres, en hiver, ou pendant au'ils sont chargés de fruits.
Il ne faut pas oublier que toutes les variétés de pommes ne poussent pas aussi vigoureusement les unes que les autres en pépinière. Certaines variétés, comme la Fameuse et la McIntosh, sont des arbres à végétation lente et difficile en pépinière, tandis qu'une fois dans le verger, ces arbres poussent vigoureusement. Au contraire la Wealthy et la Duchesse poussent rapidement en pépinière et lentement dans le verger. Il faut tenir compte de ces observations, lors de l'achat des arbres. Pourvu qu'un arbre soit sain, de vigueur moyenne selon son espèce, il est bon. N'exigeons pas de gros arbres. Jamais en pépinière, on n'obtiendra un Mclntosh et un Wealthy du même âge, ayant la même vigueur.
Arbres gelés. Il se peut que des arbres arrivent un peu en retard à l'automne et qu'ils aient souffert des gelées en cours de route. Alors on les place tout emballés dans une cave à température basse, de façon à les faire dégeler lentement, avant la mise en jauge ou la plantation. Il ne faut pas, cependant, que la température de la cave soit inférieure à 30° Farenheit environ.
Les arbres qui ont subi de longs transports présentent souvent une écorce ridée, fanée. Ilest bon, dans ce cas, de les coucher horizontalement dans une tranchée, en les recouvrant de huit à dix pouces de terre fine; on arrose copieusement ensuite à plusieurs reprises; après sept ou huit jours, ils ont reprit leur aspect normal et peuvent être mis en jauge ou plantés.